Le journal à l’école

Maëlle Bobe et Frédéric Lebec, 1998


 

Faire écrire
Former des lecteurs
Niveau : Écoles maternelle (MS et GS) et élémentaire (CE1 et CE2)
Mots clés : Lecture, Pédagogie différenciée, Pluridisciplinarité, Production de texte

 

Sommaire des mémoires

Mots clés

 


 

Introduction

I.  Organisation des travaux en groupes autour de l’étude de la presse

II.  Évaluation

III.  Comment aborder la presse à l’école

IV.  Lire et produire des journaux à l'école maternelle

I.  Un mois pour une première approche de la presse en CE1

Conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

Au cours d'un séjour en classe de montagne avec deux classes de moyens-grands, nous avons pu observer la réalisation d'un journal de bord individuel et les répercussions positives que ce support produisait dans les acquisitions de l'enfant et sur son environnement familial proche. Nous avons cru aussi constater au cours de nos « nombreux » stages dans différents niveaux de classe que la familiarisation avec la presse était bénéfique aux apprentissages. Nous nous sommes donc proposés de réfléchir sur les usages et les apports d’une étude de la presse à l’école.

Nous remarquons d’abord que la presse fournit un support transdisciplinaire et permet d'atteindre des objectifs divers conformes aux objectifs généraux des instructions officielles. Elle permet en outre une ouverture de l'école sur le monde extérieur.

De plus ce support authentique est rencontré dans le milieu familial. En effet Les revues TV, les catalogues, les prospectus, les hebdo gratuits, les pubs, les annuaires, les journaux appartiennent à la vie quotidienne des enfants. Or ils ont le sentiment que tous ces supports sont réservés au monde des adultes. C'est pour cela que l'utilisation de ces supports est un passeport pour pénétrer dans l'univers des grands.

Nous nous sommes interrogés sur l'attrait de ce support pour l'enfant et sur l'intérêt pour le maître d'exploiter ce support en classe, d’une part pour accompagner l'élève dans ses apprentissages, et les faciliter si possible, d’autre part, pour former le futur citoyen.

Nous recourrons, pour élaborer nos réponses à ces questions, à nos propres approches de la presse pendant nos stages en responsabilité en grande section et CE1, deux classes charnières du cycle 2.

 
 

I.  Organisation des travaux en groupes autour de l’étude de la presse

Pour devenir un citoyen autonome, il faut confronter ses idées avec celles d'autres personnes, parce que chacun a une histoire personnelle particulière et traduit à sa manière ce qu' il a lu. Pour construire son avis, il faut faire preuve d'un comportement d'écoute, de tolérance, avec une attitude critique. Pour devenir un citoyen responsable, il faut assumer ses choix en ayant conscience de l'incidence qu'ils peuvent avoir sur soi, les autres et l'environnement.

 
 

II.  Évaluation

Dans le cadre de travaux sur la presse, elle se fera par référence constante aux journaux étudiés, ce qui permettra aux enfants de se corriger de façon autonome en comparant leurs productions à ces écrits authentiques. Ils prendront ainsi conscience des spécificités du langage écrit grâce à ce va et vient entre l’écriture et la lecture. Dans le cadre d’un journal scolaire, elle permettra d'améliorer, de perfectionner pour donner satisfaction aux lecteurs et faire progresser les auteurs. Elle se fera à la fois par les commentaires et les appréciations des lecteurs, et au sein de l'équipe journalistique, favorisant l'autocritique, et donc la remédiation à ses imperfections. L'enfant journaliste sera confronté à trois évaluations : l'évaluation formative de son instituteur, à l'évaluation de l'équipe et il devra affronter le regard critique du lectorat. La presse apporte encore un atout supplémentaire dans le sens où l'évaluation ne sera pas perçue comme une sanction mais comme un besoin pour progresser dans l'intérêt de tous et de chacun.

 
 

III.  Comment aborder la presse à l’école

1. Pour ouvrir l'école sur l'extérieur ?

Lire le journal comme les élèves, participer à des conversations sur l'actualité, donner son opinion permet à l'enfant de se valoriser. Si l’on demande aux enfants d'apporter différentes formes de presse écrite à l'école, on peut espérer ainsi, tisser du sens entre l'école et la maison, et augmenter la probabilité pour chacun de se sentir reconnu dans le milieu scolaire comme ayant droit à exister, à apprendre.

On pourra aussi, lors d'une étude de quartier, faire repérer les lieux de diffusion de la presse et les visiter. Tout ceci contribue à ouvrir l'école sur l'extérieur. De plus, comme nous l'avons dit précédemment, la presse est une ouverture sur le monde par ses contenus.(Étude de l’actualité en CE1 : La « Une »). Enfin en CE1 : pour sensibiliser les enfants à la presse, on peut aussi s'abonner et lire un journal s'adressant aux enfants, comme par exemple Mon Quotidien, afin de créer des habitudes de lecture, d'ouverture pour faire ressentir la nécessité de savoir ce qui se passe ailleurs.

2. En éducation civique

Grâce à l'introduction de la presse dans la classe, nous avons essayé d'aider les enfants à acquérir des compétences citoyennes, des aptitudes au débat démocratique, à travers la mise en place de travaux de groupes aussi bien en GS qu’en CE1. En effet cette situation leur a donné le sens de la participation au débat, leur a appris à se former une opinion dans la confrontation avec le point de vue des autres, cela a exigé d'entendre les autres, de comprendre les raisons qui ne sont pas les siennes et de reformuler son ou ses propre(s) choix pour intégrer le point de vue de l'autre. C’est ce type d’organisation que nous avons mis en pratique en classe comme le préconise les IO en éducation civique.

Les médias sont des supports de lecture surtout efficaces dans l'apprentissage continu de la lecture. Mais ce sont des outils de lecture parmi d'autres. Ils sont utilisables seuls ou en liaison avec les autres outils, et apportent autre chose autrement. Avec un support différent de ceux traditionnellement utilisés en classe, par appropriation d'un objet réservé aux grands, par des sujets partant de l'environnement de l'enfant et de ses préoccupations, les médias peuvent être un moyen d'incitation à la lecture, notamment en maternelle grâce à une lecture iconique ou une lecture d’images (Pratique GS : événements tristes ou heureux). Cet axe sera plus approfondi en CE1, les enfants ayant une meilleure connaissance de la langue écrite, on pourra intégrer dans nos différentes activités, la lecture de titres et de textes courts (Pratique CE1: la mise en page).

En élémentaire l'enseignant utilise l'actualité comme une opportunité motivante, une entrée en matière de l'enseignement : une tentative qui se voulait quotidienne a été mise en place en CE1 avec un calendrier.

3. La presse et la lecture

Les médias sont aussi des outils d'amélioration de la lecture, ils permettent un travail sur le vocabulaire, la structure des écrits (pratique CE1 : écriture d’un fait divers). En effet, la presse permet d'entrer dans différents types de textes par la variété des écrits proposés : il y a ceux qui décrivent, ceux qui racontent, ceux qui cherchent à faire faire. Tout ceci peut aider les élèves à se repérer, à savoir choisir l'information, à la comprendre.(Ceci a été mis en exergue par l’étude des rubriques et la création de la publicité de Mon  quotidien).

La lecture du journal est une situation de lecture authentique à partir d'un support particulier parce que différent chaque jour par ses textes et ses photos. Quotidiennement, à travers ce support, selon le but que l'on se donnera, on pourra faire une lecture repérage, une lecture compréhension ou une lecture comparative.

Dans la lecture repérage, on recherche un renseignement particulier, un symbole, une photo ou encore une mise en page spécifique qui conduit au contenu.

Pour une lecture compréhension, l'enseignant lit l'article et les enfants doivent répondre aux questions « qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi... » (Pratique CE1 : fait divers) qui permettront d'aborder la notion d'événement.

Dans une lecture comparative, il s'agit de retrouver un article sur le même événement dans d'autres journaux, ou ce qui est différent dans plusieurs éditions du même journal. (cf. pratique : comparaison des « Unes »).

La presse favorise la mise en oeuvre de différentes lectures, mais aussi le lien lecture-écriture.

Il est très important de passer alternativement de la lecture à l'écriture (sous forme de dictée à l'adulte en maternelle, ou de manière autonome.) Cela aidera l'élève dans son apprentissage de la langue à la fois orale et écrite.

Il est donc souhaitable d'amener les jeunes en de nombreuses occasions à produire des textes écrits grâce à l'étude de la presse, qui pourra se finaliser par un journal d'école ou de classe (Pratique GS) :

En lisant, en analysant ses difficultés, l'enfant pourra prendre conscience qu'il n'est pas lui-même lisible. Il peut donc être amené à modifier son écrit en pratiquant l'écrit, l'enfant pensera qu'il écrit pour être lu et qu'il doit être lisible. De plus, en essayant de résoudre ses difficultés d'écriture il éprouvera le besoin de se référer à des modèles linguistiques, ce qui le conduira à la lecture.

Avec des élèves plus âgés on pourra commencer par une séance de découverte autonome d’un journal, qui permettra d'avoir une vue d'ensemble et suscitera l'envie de connaître ce support.(Pratique CE1).

Nos objectifs respectifs ont été convergents. En effet, nous avons abordé tous les deux l’étude de la presse avec des pratiques communes aux deux niveaux :

- Travail en groupe.

- Découverte de ce nouveau support par l’intermédiaire des sens et tant que matériau utilisable en production plastique.

Les finalités ont été divergentes, puisque en CE1 le travail était plus centré sur l’étude de la presse alors qu’en grande section l’aboutissement a été la réalisation d’un journal de classe.

 
 

IV.  Lire et produire des journaux à l'école maternelle

Pourquoi introduire la presse à l'école maternelle ?

C'est peut-être d'abord pour répondre à la curiosité des enfants, à l’égard de la presse elle-même : faire surgir des questions qui, une fois posées, participent à la structuration de la pensée, faciliter le repérage, témoigner de l'importance de l'information dans un pays démocratique. C'est en même temps, pour utiliser un support qui paraît favorable à l’apprentissage des codes de l’écrit : il permet en effet, d’observer les caractéristiques d'un type d'écrit rencontré dans le milieu familial. C'est formuler des hypothèses en s'appuyant sur des indices à propos d'écrits inconnus. C'est, à ce niveau, acquérir un certain nombre de mots usuels repérables dans les parties fixes du journal (titre, noms de localités, rubriques, dates...). Ou bien, en ce qui concerne les « écrits » produits par les enfants eux-mêmes : c'est percevoir les fonctions de communication différée de l'écrit (journal pour la maîtresse), c'est produire pour devenir eux-mêmes lecteurs critiques. Au-delà de la découverte d'un usage de l'écrit infiniment plaisant, l'enfant s'insère ici dans une école qui fonde ses apprentissages sur la motivation, le travail d'équipe, le débat, donc une école qui est bien animée par un projet de citoyenneté.

En tout cas réaliser un journal, même s'il n'a pas encore en grande section le véritable aspect du journal de classe, implique l'étude des journaux en général et de certaines caractéristiques en particulier Cette étude induit à prendre conscience des démarches que suppose l’acquisition des compétences de lecteur. Quand au journal de classe lui-même, il permet à l'élève de se sentir valorisé (trace de ce qu'il a fait en classe), de quitter le statut de consommateur pour devenir concepteur réalisateur.

Il permet aussi un travail de groupe en réalisant le journal de la classe à la manière d'un véritable journal (plusieurs auteurs, rôles différents des différents acteurs).

De la maison de la presse au projet d’un journal de classe

A. Les acquis antérieurs des enfants

Mon projet au cours d’un stage en responsabilité dans une grande section était de conduire les enfants vers la réalisation d'un journal de la classe tenu pendant le mois afin d'informer la maîtresse de nos activités. Les enfants avaient, quelques mois auparavant, participé à une classe de montagne pendant laquelle ils avaient tenu un journal de bord individuel dans le but de montrer à leurs parents les activités menées durant le séjour et de garder une trace de ce qu'ils avaient fait. Je ne partais donc pas sur un terrain vierge puisque les enfants avaient peut-être déjà pu percevoir à travers cette réalisation deux rôles importants du support journal : son aspect informatif et sa fonction de communication différée. C'est ainsi que la situation de découverte avait été amorcée déjà avant le début du stage.

B. Le premier bain de presse

La première étape a consisté en l'installation d'un coin « maison de la presse » dans la classe. Depuis quelque temps la maîtresse à qui j'avais parlé de mon projet avait demandé aux enfants d'apporter des journaux et des revues. Ces documents s'accumulaient donc dans un coin attisant leur curiosité. En arrivant dans la classe, j’ai donc posé la question suivante :

« pourquoi la maîtresse vous a-t-elle demandé d'apporter des journaux ? » (Écriture du mot au tableau, il y restera tout le mois.)

Les enfants se sont interrogés, puis soudain l’un d’entre eux a parlé des magasins qui vendent des journaux. « C'est pour jouer au marchand de journaux, » m’ont-ils dit. La décision a été prise de créer un coin kiosque à journaux. J'ai installé des journaux dans les présentoirs, sur un banc. Y étaient présentés des quotidiens régionaux et nationaux : le Parisien, le Monde, des journaux économiques, sportifs, des hebdomadaires, des mensuels. L'installation matérielle a été pensée de façon à ce que le coin « presse » s'installe à côté du coin bibliothèque. Les enfants qui avaient l'habitude de s'installer dans le coin bibliothèque au moment d'activités libres sont venus fréquenter ce coin « journal ». Ils se sont installés, ont choisi, ont regardé les images, ont feuilleté. Ils ont joué à « la maison de la presse » : on vend, on achète, on rend la monnaie...

Remarque : Il aurait été intéressant de visiter une maison de la presse. C'est ce qu'on peut appeler « le bain de presse », accompagné d'une lecture quotidienne d'un article de journal.

C. La découverte du matériau journal

J’ai choisi de commencer l’étude de la presse dans cette grande section par une approche du journal en tant que matériau à travers les arts plastiques. Mon objectif était de faire émerger les représentations des enfants sur ce papier journal.

Le papier journal est d'abord un support de travail qui va permettre aux enfants d’en découvrir des caractéristiques telles que la texture (que l’on peut comparer à celle d’autres papiers) ou l’encre qui noircit les doigts. Le papier journal est un matériau qu'ils connaissent en-dehors de l'école, à la maison. Ce matériau peu cher, courant, est facile à travailler et constitue un support de création. Pourtant quelque chose a perturbé les enfants : pour eux, le papier journal ne représentait qu'une matière éphémère que l'on jette. C'est aussi un outil ménager que l'on utilise par exemple dans la cuisine, pour allumer un feu...

Un élève m’a dit que dans sa famille on s'en sert pour la litière du cochon d'Inde. Un autre élève a remarqué que dans la classe on l'utilisait pour ne pas se salir lorsque l'on faisait de la peinture !

L'intérêt était donc de les déstabiliser en essayant d'avancer avec eux dans leur représentation afin qu’ils suggèrent l’idée de travailler avec ce papier. Une entrée possible était de les amener à remarquer que si dans le journal il y avait des pages ternes, salissantes, il y avait aussi des pages avec des photos couleur.

J’ai proposé d’observer ensemble différents journaux que j’ai choisis spécialement pour faire apparaître ces contrastes. L'idée est venue alors de travailler sur ces contrastes du journal entre le noir et blanc et la couleur.

J’ai mis en place deux activités à ce propos :

- Une activité de découpage des images en couleur du journal et de collage sur fond noir.

- Une activité de peinture (lettres en couleur) sur feuille de papier journal.

Et je les ai également laissé jouer avec le matériau dans un atelier où la seule consigne était :

« Que peut-on faire avec ces feuilles de journaux ? ». Les enfants ont expérimenté des activités de pliage, de découpage, de froissage, de transformation en boulettes, développant leurs habiletés motrices. Ils ont présenté ensuite leur travail aux autres enfants et l'on a choisi une technique que tous ont adoptée. Celle de la transformation du papier journal en boulettes de papier.

Comme on étudiait en parallèle Boucle d'or et les trois ours l'idée est venu d'habiller un ours en boulettes de papier.

Remarque : Ce travail a motivé les enfants au départ. Il était intéressant au niveau des habiletés motrices fines, mais il s’est révélé laborieux à la longue, sans doute parce-que le gabarit était trop grand et que la surface à couvrir demandait beaucoup de temps.

D. La familiarisation avec le maniement du journal comme tel

A propos du développement des habitudes motrices et coordinatrices, la manipulation du papier journal en tant que matériau d'abord comme nous l'avons vu, mais aussi en tant que type d'écrit, est fort intéressante.

Ceci s’est fait au coin lecture lorsque les enfants venaient consulter librement les journaux et les lisaient par terre ou debout ou assis ou attablés. Le but était de leur faire découvrir des stratégies permettant un maniement aisé du journal qui présente par ses doubles pages, ses pages empilées et intercalées, un obstacle pour eux, ne serait-ce que par le rapport de taille entre eux et le journal.

Remarque : Ce que je peux appeler le feuilletage du journal est une activité très importante de la découverte de la presse. On peut aussi l'insérer dans les objectifs de structuration de l'espace et du temps. Par exemple, on peut déterminer l'endroit de l'envers, les devants du dos, la façon de plier le journal, le titre, la façon de le placer dans le présentoir. Mais après cette découverte du journal par l'intermédiaire du matériau, et grâce aux différents sens, il est important de rattacher alors toutes les activités à une notion de projet pour que les enfants donnent du sens à leurs apprentissages.

E. L’identification des fonctions du journal et l’émergence du projet

Comme je l'ai déjà dit, les enfants n'étaient pas étrangers à la notion de journal. Néanmoins une interrogation sur les fonctions spécifiques du journal était de mise.

« A quoi sert donc le journal ? »

Les réponses ont été alors très diverses et j’espérais que la lecture du livre Le loup est revenu qui faisait bien ressortir l'aspect informatif du journal guiderait les enfants dans leurs réponses :

- « Cela sert à lire. »

- « Cela sert pour connaître les programmes de télévision. »

- « Cela sert pour savoir s'il y a la guerre. »

Le rôle informationnel a donc émergé. J’ai demandé s'il n'y avait que des choses tristes dans le journal. On m’a dit qu'on y parlait aussi de sport, de météo. (C’était des pistes de travail que l'on pouvait exploiter plus tard.) Il était alors intéressant de parler du « journal de bord » mis en place en classe-montagne.

Petit à petit au cours de la discussion, les enfants ont décidé de faire un journal de classe pendant le mois où j’étais présent, pour informer leur maîtresse, mais aussi les parents. Ainsi le journal projeté constituait la mémoire du groupe classe en gardant trace des travaux faits. Il pouvait servir d'échange entre les classes : on le donnerait à lire aux autres classes. Il pourrait favoriser la liaison famille-classe dans la mesure où les parents y trouveraient un compte-rendu des activités de la classe.

 
 

V.   Un mois pour une première approche de la presse en CE1

Durant mon stage en responsabilité, j’ai eu une classe de CE1 à Choisy-le-Roi ; le projet que j’avais décidé de mener pendant ces quatre semaines portait sur la découverte de la presse par les enfants en m’appuyant plus particulièrement sur quelques quotidiens, notamment le journal Mon Quotidien que nous avons reçu et lu tous les jours durant ce mois. J’ai aussi pu récupérer cinquante invendus du journal Le Parisien sur lequel nous avons fait un premier travail approfondi.

La classe a donc effectué tout un travail autour de ce support, de ses contenus, de sa structure. L’objectif final était de faire produire un écrit aux enfants en articulation avec des lectures : nous avons travaillé sur la rédaction d’un fait divers.

Pendant la première semaine mon but a été de familiariser les enfants avec ce support, d’apprendre à le connaître et à l’utiliser. Cette approche s’est faite par l’intermédiaire de la météo, en effet le second thème de mon stage était : « Le temps qu’il fait, le temps qui passe. »

J’ai donc décidé de créer un calendrier géant (Document 2) où tous les jours les enfants notaient à tour de rôle la température, le temps et un événement. Ce dernier a été délaissé au fur et à mesure du stage, cette notion paraissait difficile d’approche pour des enfants de cet âge. Au début j’ai laissé les enfants libres de représenter le temps comme ils le désiraient.

Par ailleurs les enfants ont appris des auto-dictées dont les phrases étaient au départ tirées de la rubrique météo du Parisien qu’ils possédaient. On en est arrivé à observer puis à analyser cette rubrique et on a remarqué qu’il y avait une légende utile pour décoder la carte géographique.

Les enfants ont donc décidé d’en élaborer une pour offrir une meilleur compréhension et interprétation du calendrier collectif aux différents intervenants de leur classe. Au cours de cette semaine j’ai varié les rubriques desquelles mes auto-dictées étaient tirées. Ainsi à la fin de cet exercice de mémorisation les enfants ont dû deviner et rechercher la rubrique concernée dans le journal. La phrase se situait généralement en début d’article pour faciliter leurs recherches et rendre le travail moins fastidieux. Ce travail sur les rubriques s’est poursuivi sur le journal Mon Quotidien afin qu’ils se familiarisent avec ce quotidien, qu’ils en connaissent le fonctionnement, qu’ils le manipulent aisément et prennent plaisir à le lire.

Les enfants ont apprécié ce travail de recherche d’auto-dictées, ils ont expliqué aux autres comment ils s’y prenaient pour les retrouver les phrases, par exemple en s’aidant du sommaire. C’était devenu un jeu pour eux.

Production d’écrit 

J’ai cherché à déterminer des pratiques de classe cohérentes, maîtrisées et efficaces qui permettraient aux enfants de produire en classe des textes diversifiés, bien adaptés à des situations réelles et les plus personnalisés qu’il est possible. J’ai cherché aussi à leur apprendre à les produire de telle sorte qu’ils soient capables ensuite de les produire seuls, sans tutelle, en s’adaptant aux multiples situations nouvelles qu’ils pourront rencontrer. Pour cela il fallait que la maîtresse élabore avec les enfants des outils de systématisation et des critères précis d’évaluation réinvestissables ultérieurement.

L’acte d’écrire engage profondément l’activité du scripteur et celui-ci doit y trouver un sens : le cadre de vie coopérative de la classe avec pédagogie de projet, est l’une des conditions nécessaire de l’efficacité de l’apprentissage.

Le genre grammatical à travers un fait divers

Entre deux séances d’écriture, j’ai décidé de faire de la grammaire à travers un fait divers. Le « nombre » ayant fait l’objet de leur dernière leçon, le genre me paraissait pouvoir être abordé. Il m’a semblé que se serait plus facile en utilisant la rubrique qui leur était devenue familière.

Objectif : Faire émerger la relation déterminant / genre du nom.

Consigne : « Je lisais tranquillement mon article de journal quand tout d’un coup quelques mots se sont envolés. Heureusement je les ai rattrapés. Vous allez m’aider à compléter cet article de presse que je vous ai copié au tableau. Est-ce que quelqu’un peut me dire à quel type de texte on a à faire ? , et à quelle famille appartiennent ces mots volants ? ».

Organisation : individuel, puis par petits groupes.

Matériel : Un texte à trou pour chaque enfant.

- Le texte à trou agrandi sur un format A3 par groupe d’enfants.

- Ce texte est écrit au tableau.

Déroulement : Les mots récupérés sont écrit sur des étiquettes que l’on peut faire tenir au tableau avec des aimants.

Les élèves commencent à chercher seuls et à émettre des propositions sur leur feuille (Voir ci-dessous). Puis je leur donne le grand format collectif sur lequel ils doivent écrire au feutre les mots pour lesquels ils sont en accord. Ce travail s’effectue par groupes de quatre.

Exercice proposé aux enfants :

FAIT DIVERS

COLLISION RUE DU CAP.

Jeudi à 13h Carole au volant d’un _______________ a heurté une ______________ rue du Cap.

La _______________ avait perdu le contrôle de son ________________ du fait de la chaussée mouillée.

La _______________ a été sérieusement endommagée et les ___________________ ont été transportés d’urgence à l’hôpital.

Replace les mots manquants : véhicule, voiture, cammioneuse, automobile, conducteurs, camion.

Cette concertation terminée, un membre de chaque équipe vient expliquer ses réponses et la « stratégie utilisée. »

Cette phase de recherche a fait émerger la règle de grammaire suivante :

« Un nom est au masculin si je peux mettre devant "le" ou "un".

Un nom est au féminin si je peux mettre devant "la" ou "une". »

Dans une séance de structuration, des exercices sur ardoises doivent être fait.

BILAN : Le fait de travailler sur un type de texte qu’ils connaissent les mobilise davantage. De plus comme ils en connaissent le fonctionnement cela facilite la lecture et permet aux enfants de garder toute leur attention sur la résolution du problème.

Je pense qu’il aurait été préférable de donner aux petits groupes les étiquettes des mots envolés, cela aurait permis aux enfants d’intervertir aisément leurs réponses et donc d’essayer toutes les propositions de leurs camarades sans avoir recours à l’écriture.

L’intérêt de cet exercice réside dans le fait que la validation des solutions suggérées est effectuée par les enfants en comparant l’article de presse avec leur production. Les enfants progressent ainsi dans l’autonomie et comprennent un peu mieux l’utilité de la grammaire en recourant à des écrits authentiques.(De même comme on a pu le voir pour la mise en page.)

Les arts plastiques : «  Grande feuille deviendra petite. »

Le papier journal n’est qu’un des élément composant l’innombrable famille des papiers, il en est même l’un de représentant les plus médiocres du point de vue de la qualité, mais il est par son faible coût, sa texture, sa nature, son format, générateur d’activités multiples. Le journal étant éphémère, à la fin de l’étude partielle du Parisien, j’ai voulu que les enfants prennent contact avec ce matériau, papier peu raffiné dont on sent les fibres, chaud et agréable à toucher, qui vit, porte un message. On aurait pu utiliser les mots, les phrases, les structures, les images ; On s’est limité à la transformation de celui-ci en le déchirant, découpant, froissant... Pour finir les élèves l’ont peint pour ne plus le reconnaître.

Les enfants avaient pour consigne de réduire une grande feuille de papier journal qu’ils avaient préalablement choisi, en un format plus petit afin de pouvoir l’introduire dans leur cahier. Pour cela ils ne devaient rien jeter, toute la grande feuille devait se retrouver sur ce petit format. Ils pouvaient le plier, le froisser, le rouler, le déchirer, le découper, le coller...

La plupart des enfants sont entrés dans l’activité avec enthousiasme. Un enfant est resté désemparé, il découpait les articles de la page, sûrement il ne comprenait pas l’objectif de cette activité. Je lui est donc montré quelques productions en cours, immédiatement il s’est remis à travailler avec sérénité. Certains enfants sont parvenus au format en pliant la grande feuille, je leur ai proposé d’essayer de mettre du volume dans leur production en griffant, déchirant. Ils l’ont fait avec beaucoup de plaisir.

Dans une deuxième séance, nous avons coloré ces productions. La majorité des peintures étaient abstraites, deux enfants en revanche ont fait deux superbes portraits.

Puis les enfants ont collé sur une feuille de papier Canson noir leur production pour la valoriser et ont écrit un titre sur une bande de papier blanc.

Les enfants ont paru très enthousiastes tout au long de cette activité et fiers de leurs productions. J’ai regretté de ne pas leur avoir apporté ce rapport au matériau plus tôt dans le mois.

 
 

Conclusion

Le but recherché était de sensibiliser les enfants aux contenus du journal, de donner envie aux plus petits de le lire : (quoi de plus motivant alors de lire leur propre journal ?), d’amener les grands à travailler sur la compréhension des informations et leur exploitation, de les initier en tout cas au phénomène de composition de la presse (rédaction, rubriques, articles, mise en page, public visé).

Ainsi nous avons pu vérifier que travailler à partir de la presse pouvait faciliter l’apprentissage de la lecture par le texte et l’image, comme l’apprentissage de l’écriture. L’étude de ce support aide à développer l’esprit critique, l’analyse, la capacité de choix permettant la discussion, la confrontation entre les enfants partagés en groupes de travail à la manière de groupes de rédaction.

La presse a sa place dans toutes les classes :

- elle peut être le point de départ d’autres recherches (exemple : la météo),

- elle peut être le complément d’une méthode quelle qu’elle soit,

- elle peut être un support temporaire ou permanent,

- elle met en évidence les relations qui existent entre les disciplines, elle est surtout un moyen de trouver des interactions entre elles.

La presse met aussi l’enfant en situation de vrai lecteur à partir d’écrits authentiques, elle induit une pédagogie fonctionnelle et permet aisément la mise en place d’une pédagogie différenciée. L’enfant se trouve dans une démarche de production d’écrit collective avec tout ce que cela implique d’un point de vue comportemental et notionnel. Enfin face à la profusion de journaux devant lesquels les jeunes sont parfois désarmés, notre rôle consiste à habituer les élèves à les côtoyer le plus tôt possible pour contribuer à faire de ces enfants des citoyens responsables et exigeants.

 
 

 


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