L’apprentissage de l’écriture

Le geste graphique

Delphine Brousse, 2000


 

Faire écrire
Niveau : École maternelle (MS-GS)
Mots clés : Écriture, Geste graphique, Motricité fine

 

Sommaire des mémoires

Mots clés

 


 

Introduction

I.  Préparation au geste graphique

I-1.  Le clown

I-2.  La pâte à modeler

I-3.  Chanson à gestes

I-4.  Activités de coordination oculo-manuelle

II.  L’apprentissage du geste graphique

II-1.  Un parcours et sa représentation

II-2.  Graphismes complexes

III.  Maîtrise affinée du geste graphique

III-1.  Peinture

III-2.  Élaboration d’un album

III-3.  Initiation à l’écriture

Conclusion

Bibliographie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

Quels que soient les attraits et l’utilité des moyens modernes de communication, il est néanmoins fondamental que l’enfant apprenne à écrire et qu’il possède parfaitement l’écriture manuelle, qui fait partie des apprentissages de base indispensables. Les activités que j’ai proposées en MS-GS s’inscrivaient dans une pédagogie d’initiation qui a mis l’enfant sur le chemin des découvertes fondamentales par des explorations et des pratiques. La pédagogie d’initiation a pour but de stimuler l’enfant et d’éveiller son intérêt. Elle permet de décomposer les actes complexes (ex : tracer la lettre "1") en éléments plus simples (ex : travailler le tracé des boucles en motricité, en faisant le geste aérien…).

D’autre part, la progression dans les exercices, l’imitation et la répétition facilitent les acquisitions. Il est important également de valoriser l’écriture. En effet, au début de mon stage, la majorité des élèves m’a dit ne pas aimer les séances d’écriture, considérées comme ennuyeuses. Il a donc fallu trouver un moyen pour parvenir à motiver et à intéresser les élèves.

C’est ainsi que j’ai décidé de travailler à partir d’un projet (la réalisation d’un album) et sur le thème du cirque puisque c’était un domaine qu’ils venaient de découvrir. Quand l’enfant a compris que l’on écrit parce que l’on a quelque chose à dire (dans le cas présent : décrire à travers un album l’univers du cirque), il se motive pour l’apprentissage. De plus, le fait de savoir qu’ils allaient réaliser eux-mêmes leur propre album, pouvoir l’emporter chez eux et le montrer à leurs parents était gratifiant et a permis de mobiliser tous les élèves.

Lors de mon stage en moyenne et grande section j’ai, dès le premier jour, recueilli les connaissances graphiques des élèves (10 en moyenne section et 16 en grande section). J’ai pu constater qu’ils connaissaient déjà de nombreux graphismes et que parmi les graphismes les moins réussis, il y avait les boucles à l’endroit, les boucles à l’envers et les croix. J’ai organisé ma démarche en trois étapes : celle de la préparation des gestes graphiques, celle de l’apprentissage, celle enfin de la maîtrise affinée de l’écriture.

 
 

I.  Préparation au geste graphique

I-1.  Le clown

Réalisation
Une des premières activités proposées fut la réalisation d’un grand clown composé de différentes matières. L’objectif de cette activité était de développer le toucher ainsi que la sensibilité des doigts des élèves. J’ai présenté un grand clown mesurant environ 1,50 mètre sur une feuille et expliqué qu’il fallait habiller ce clown de différentes matières (feutrine, crépon, coton, éponge, papier de verre…) La classe était divisée en deux. Un groupe découpait les vêtements et l’autre groupe les collait sur le clown. J’avais moi-même choisi la matière à utiliser pour chaque vêtement afin que les matières soient réparties correctement sur le clown ( ex : du papier ondulé pour le pantalon). En effet, comme je proposais des matières diverses, d’aspect différent, il fallait éviter que toutes les matières douces se situent dans la partie supérieure et toutes les matières rugueuses dans la partie inférieure.

Jeu avec le clown
Une fois le clown entièrement habillé, j’ai proposé un jeu : les élèves , chacun leur tour, avaient les yeux bandés et devaient décrire les sensations ressenties lorsqu’ils touchaient une partie du clown. Ils devaient également, s’ils le pouvaient, décrire la forme et nommer la partie du clown touchée. Lors de cette activité, les élèves ont été enthousiastes. Tout d’abord, ils ont été surpris de la grandeur du clown : "il est plus grand que nous !". En effet, comme il s’agissait de réaliser un clown pour la classe entière, il était nécessaire qu’il soit assez grand. Le jeu a intéressé les élèves ; ils ont employé , en général, le même vocabulaire pour décrire leurs sensations face à telle ou telle matière ( par exemple : pour la feutrine : c’est doux ; pour le coton : c’est doux et mou ; pour le papier de verre : ça gratte, ça pique ).

Cette activité a tout d’abord permis de revoir les différentes parties du corps. Les élèves ont également pu exprimer verbalement les sensations qu’ils ressentaient . Le fait de proposer différentes matières a permis d’éveiller différentes sensations. Mais il était utile de proposer également des matières très proches pour affiner davantage la sensibilité de leurs doigts. Ainsi, la feutrine et le coton sont deux matières douces, mais le coton est plus mou que la feutrine et les enfants l’ont bien remarqué et formulé.

 
 

I-2.  La pâte à modeler  

Fabrication et activités de motricité fine
Une autre activité a été proposée aux élèves dans le but d’affiner leurs sensations tactiles. Ils devaient à l’aide de pâte à modeler, faire une boule représentant le nez d’un clown puis prendre la boule entre le pouce et l’index, et la faire tourner en traçant un rond sur leur pouce. Ensuite, en gardant la boule sur le pouce, ils devaient la faire tourner en changeant de doigts (passer de l’index à l’auriculaire et inversement). Au départ, les élèves avaient du mal à coordonner les mouvements de leurs doigts mais après plusieurs essais, ils y sont parvenus ; ils arrivaient même à réaliser cet exercice de plus en plus vite. Dans l’acte d’écrire, la main est très sollicitée, il est donc important de travailler cette partie du corps de manière spécifique. En effet, une main bien entraînée acquiert l’habileté nécessaire pour manier et tenir des objets de plus en plus fins. Et les deux activités ci-dessus (découpage, collage, pâte à modeler) permettent cet entraînement manuel.

 
 

I-3.  Chanson à gestes

L’activité suivante visait à ce que l’élève ait une bonne connaissance de son corps et arrive à coordonner ses mouvements. Il est possible de développer ces deux aspects en proposant des séquences de motricité mais aussi en apprenant une chanson à gestes. J’ai choisi une chanson intitulée "Le clown", au cours de laquelle les élèves devaient mimer les différentes caractéristiques du personnage : le nez rouge, le chapeau, les grandes savates… La parole qui accompagne le geste renforce la mémorisation ; de plus, le fait de mimer les différentes parties du corps permet de mieux connaître son propre corps et a des effets bénéfiques au niveau de la coordination. Celle-ci a besoin d’être affinée puisque tout le corps est concerné dans l’acte d’écrire. En effet, l’enfant doit avoir le tronc fixe pour donner plus d’assurance dans le tracé, mais le bras ne doit pas être "soudé" au corps pour que la main bénéficie d’une certaine souplesse. Au contraire, le bras doit être indépendant et libre de ses mouvements.

 
 

I-4.  Activités de coordination oculo-manuelle

Activité de laçage
Par le biais des trois activités suivantes, j’ai envisagé de développer la motricité fine ainsi que la coordination oculo-manuelle des élèves.

La première activité était une activité de laçage. A partir du grand clown réalisé avec la classe entière, j’ai décidé de fixer à ses chaussures des lacets. Une fois le clown accroché au mur, tous les matins, un élève était chargé de faire les lacets de "Pépé" (surnom donné au clown par les élèves). La majorité des élèves ne savait pas faire les lacets, c’était donc l’occasion d’apprendre. Cependant comme le clown était accroché au mur (en position verticale) la vision qu’ils avaient en faisant les lacets du clown était différente de celle qu’ils avaient en faisant leurs propres lacets, et cela a posé quelques difficultés à certains. Cette activité a permis de faire travailler les poignets, les mains, les doigts (faire des boucles, tourner…) ; l’enfant en laçant des chaussures doit prévoir en devançant le geste donc travailler sa coordination oculo-manuelle.

Activités de tracé
Les deuxième et troisième activités consistaient à tracer des traits. Les élèves devaient tracer les rayures d’un chapiteau pour le décorer (le départ et l’arrivée de chaque trait étant indiqués) et tracer les rayures de la veste d’un clown. Ces deux activités feront partie des pages de l’album constitué par chaque élève.

C’est entre 3 et 4 ans que se perfectionne la coordination des mouvements de la main et des yeux ; les trois exercices de motricité fine ci-dessus permettent des mouvements où le regard suit le trajet de la main donc développent la coordination oculo-manuelle qui est une condition nécessaire pour la mise en place de l’écriture.

Toutes ces activités visent le développement des facultés nécessaires à l’écriture. Lorsque l’enfant développe la sensibilité de ses doigts, cela pourra lui permettre par la suite, de varier la pression de son tracé. Lorsqu’il coordonne les mouvements de ses yeux et de sa main, il s’entraîne à un geste fréquent en écriture, qui deviendra automatique par la suite.

Développer la motricité fine, la coordination oculo-manuelle, le toucher ne peut que permettre à l’enfant de s’entraîner à des gestes, à des mouvements, à des sensations qu’il devra réutiliser en situation d’écriture.

 
 

II. L’apprentissage du geste graphique

 

Les activités précédentes peuvent être considérées comme des gestes, des mouvements permettant d’entrer plus facilement dans l’apprentissage du geste graphique. Les activités qui vont suivre sont davantage centrées sur l’apprentissage du geste graphique lui-même : elles ne se limitent pas à des tracés "droits", comme des traits, mais concernent des tracés plus complexes. Ces tracés vont certes solliciter les savoir-faire mentionnés précédemment, mais ils vont subir des variations, ( comme des vagues, des boucles ), et nécessiter des mouvements différents.

 

II-1.  Un parcours et sa représentation

Une activité de motricité a ainsi été proposée, dont l’objectif était d’appréhender l’espace avec son corps. Les élèves devaient vivre corporellement un mouvement tout en suivant un parcours. Dans un deuxième temps, ils devaient représenter sur une feuille le parcours effectué et les différents mouvements réalisés.

Le parcours commençait par un zigzag entre des plots, puis venait une rotation autour de chaque plot ; enfin il se terminait par de la marche sur une corde.

Le but de cet exercice était de conduire les élèves à s’intéresser à ce qui se passe lors d’un parcours et de stimuler leur représentation mentale.

Le dessin du parcours (des vagues, des boucles à l’endroit et à l’envers) n’a pas été facilement réussi. En général les vagues ont été représentées plus facilement que les boucles. Certains élèves n’ont tracé qu’une partie du parcours, d’autres le parcours en désordre et quelques-uns sont restés passifs. Cependant, cette activité a été l’occasion d’échanges, de réflexions. Cela a permis d’expliciter la situation par le langage. Même si le résultat graphique a été décevant, l’effort de représentation a été enrichissant. Avec l’aide des élèves, j’ai représenté graphiquement le parcours au tableau et expliqué le cheminement mental.

 
 

II-2.  Graphismes complexes

Les activités à venir ( les 3 éléphants, l’éléphant, l’otarie, la crinière du lion ) ont pour objectif de travailler des graphismes présentant des difficultés pour les enfants ; en l’occurrence les boucles, les croix et les guirlandes d’arcades.

La première activité consistait à tracer des vagues pour représenter le chemin parcouru par trois éléphants slalomant entre des plots. Dans l’ensemble cet exercice a été bien réussi. Les élèves qui avaient quelques difficultés ont pu s’entraîner plusieurs fois puisqu’il y avait trois éléphants c’est-à-dire trois parcours à tracer.

Dans la deuxième activité, les élèves devaient décorer le tapis et le plot d’un éléphant en traçant une ligne de boucles à l’endroit, une ligne de croix, une ligne de boucles à l’envers. Avant de réaliser cet exercice, les élèves pouvaient s’entraîner sur une feuille de brouillon, ce que d’ailleurs la majorité des élèves a fait.

Les exercices concernant l’otarie et le lion avaient pour but de travailler différents graphismes. Dans le ballon de l’otarie, les élèves devaient tracer des pics et des boucles à l’endroit. Une des difficultés était de tracer ces deux graphismes verticalement. Sur une autre feuille, les élèves devaient représenter la crinière du lion en utilisant une guirlande d’arcade tout en tournant autour de la tête du lion. Bien entendu, pour ces activités les enfants avaient la possibilité de s’exercer sur une feuille de brouillon.

Tout ce travail graphique a été réalisé progressivement. Les élèves ont vécu certains graphismes dans l’espace (séquence de motricité) puis ces mêmes graphismes ont été travaillés sur papier (vagues, boucles) ; des phases d’entraînement ont été nécessaires pour la majorité des enfants. Puis certains graphismes ont été tracés en variant les positions (verticalement dans le ballon de l’otarie, en tournant pour la crinière du lion).

Ainsi, petit à petit, les activités se sont complexifiées. Et dans l’activité peinture proposée aux enfants, les élèves ont eu l’occasion de réinvestir leurs connaissances graphiques. Sur une feuille Canson, à l’aide d’un gros pinceau et d’un pot de colle blanche, les élèves devaient tracer deux graphismes de leur choix (en occupant le maximum d’espace). Ensuite, après avoir choisi deux coloris de peinture en poudre, ils devaient saupoudrer leur feuille de peinture en poudre en utilisant une passoire, d’abord avec la première couleur, puis avec la deuxième couleur. Ensuite, il suffisait de souffler pour faire apparaître les graphismes colorés en relief . Les graphismes les plus souvent tracés ont été les vagues, les boucles, les ronds et les croix.

Cette activité , qui a plu aux enfants, les a obligés à réfléchir (choisir deux graphismes et deux coloris) et à travailler rapidement avant que la colle ne sèche. Cela a nécessité également de la précision lors du saupoudrage puisqu’il fallait doser les mouvements du poignet pour faire bouger la passoire. Toutes ces compétences : réflexion, rapidité, précision sont des compétences mises en œuvre dans l’acte d’écrire. Après avoir assimilé différents graphismes et différents gestes, il est utile d’affiner le geste graphique et de proposer une initiation à l’écriture puisque les mouvements réalisés précédemment se retrouvent dans le tracé des lettres.

 
 

III.  Maîtrise affinée du geste graphique

Les priorités à ce niveau sont l’amélioration du geste qui doit devenir plus souple et plus régulier, et des positions qui doivent être mieux adaptées.

 
 

III-1.  Peinture

L’activité peinture décrite maintenant , consistait à s’exercer à des tracés de plus en plus précis. Après avoir lu l’album Elmer, j’ai proposé aux élèves de représenter la dernière scène du livre. Dans cette scène de nombreux éléphants ont la peau peinte de différentes couleurs, avec des motifs variés, sauf un éléphant, Elmer, qui est représenté en gris. Chaque enfant devait peindre un éléphant et le décorer à sa manière ( j’ai moi-même décidé de peindre Elmer, l’éléphant gris). Une fois le fond de l’éléphant entièrement peint d’une seule couleur, les élèves devaient décorer leur éléphant en utilisant différents outils. Chaque élève avait à sa disposition de gros pinceaux, des pinceaux fins et des cotons-tiges. Les élèves choisissaient le ou les outils qu’ils voulaient. Le résultat a été satisfaisant. Les motifs de décoration ont été variés, les couleurs également et les enfants ont vite constaté qu’il était plus judicieux d’utiliser un outil fin pour réaliser des tracés nets et précis. Il aurait été intéressant de proposer, en plus des différents instruments, différents supports. En effet, le type de support peut modifier la position du corps et le geste de l’écriture. Par exemple, si un élève écrit au tableau, il sollicite beaucoup son épaule, mais ni le bras, ni la main, ni les doigts ne prennent appui sur le tableau. En proposant différentes situations (tableau, table, petite feuille, grande feuille…) j’aurais pu observer les positions des élèves et voir en quoi elles pouvaient être différentes.

 
 

III-2.  Élaboration d’un album

L’apprentissage de l’écriture et de la lecture doit se faire simultanément car la lettre fait partie d’un mot qui lui-même fait partie d’une phrase et transmet un message appelé à être lu. C’est pourquoi il m’a semblé important, outre ces activités graphiques, de proposer aux élèves un projet permettant un réinvestissement en lecture et en production écrite. Le projet était de confectionner un album comportant des textes et des illustrations. Comme à tout album, il était important de lui donner un titre. La concertation entre élèves a fait choisir le titre "Le cirque" à l’unanimité. Les élèves n’ayant pas encore abordé l’apprentissage des lettres, j’ai décidé de proposer deux activités permettant un premier contact avec les lettres en privilégiant leur reconnaissance.

Ecriture du titre
A partir de plusieurs étiquettes sur lesquelles étaient notées des lettres (en écriture "bâton" pour les élèves de moyenne section) ou des syllabes (pour les élèves de grande section), les enfants devaient reconstituer le titre "Le cirque" et le disposer correctement sur la page de couverture. Les élèves de grande section ont l’habitude d’écrire leur prénom en cursives ; il était donc naturel de leur proposer un titre écrit ainsi. Cependant , par définition, cursive = attaché , et proposer aux enfants des étiquettes représentant des lettres détachées auraient pu être perturbant ; c’est pourquoi, j’ai décidé de proposer sur les étiquettes des syllabes.

Un autre problème a dû être résolu : respecter le sens de gauche à droite de l’écriture. Il a fallu trouver une solution pour que les élèves placent correctement les différentes lettres afin d’écrire le titre de gauche à droite, et laissent un espace entre "Le" et "cirque". Pour cela, je leurai proposé une feuille sur laquelle apparaissaient les silhouettes des différentes étiquettes. Les élèves de moyenne section ont sélectionné facilement les lettres nécessaires à l’écriture du titre (puisqu’elles étaient très différentes et qu’il n’y avait que 5 lettres intruses). Par contre, cela a posé plus de difficultés aux élèves de grande section car les syllabes proposées étaient assez ressemblantes (ex : sir, cir ; que, qui). Certaines erreurs ont été commises. Toutefois, comme les élèves devaient me montrer leur titre avant de le coller, j’ai pu à ce moment leur faire remarquer qu’il y avait une ou plusieurs erreurs et leur permettre d’apporter des corrections.

Les tampons
Le même type d’activité a été réalisé mais cette fois à l’aide de tampons représentant différentes lettres. Ces tampons devaient servir à écrire sur le dessin du clown : "qui est-là ?" . Après avoir choisi les bonnes lettres (sans oublier le point d’interrogation) il fallait tamponner en respectant le sens de l’écriture, l’ordre des lettres et les espaces entre les mots. L’utilisation des tampons a obligé les élèves à réguler la pression exercée par leur main afin d’obtenir des lettres lisibles et entières. Ceci permet d’augmenter la force digitale des enfants et par la suite ils pourront apprendre à tenir un instrument scripteur sans le serrer trop fort, sans crispation mais avec une fermeté suffisante.

 
 

III-3.  Initiation à l’écriture

Fabrication de lettres
Tous les élèves (moyens et grands) savaient écrire leur prénom, et en connaissaient ainsi les lettres. Les prochaines activités sont axées sur une initiation à l’écriture, l’apprentissage de lettres, de mots et de phrases en relation avec le monde du cirque. Toutes ces activités ont eu un déroulement identique.

La première étape consistait à recouvrir les lettres écrites sur un support, en modelant des boudins en pâte à modeler. Ma présence était nécessaire afin de vérifier que les élèves commençaient bien par la gauche pour former les lettres ; ensuite les élèves devaient en fermant les yeux toucher chaque lettre pour mieux en intérioriser la forme.

Tracé aérien
Dans une deuxième étape, les élèves devaient vivre le trajet des lettres dans l’espace. Chaque lettre était notée au tableau , par l’enseignante, qui décrivait les différents mouvements effectués. Après, seule, je réalisais le geste aérien en verbalisant pendant que les élèves placés derrière moi observaient. Ensuite, je recommençais le tracé de la lettre et tous les élèves effectuaient le mouvement. Pendant ce temps, je pouvais circuler et rectifier certaines erreurs. Ce dispositif a été utilisé pour écrire les lettres "o, a, i" du mot otarie et les mots entiers : "le lion" et "bravo".

Écriture d’une phrase
En ce qui concerne la dernière activité, c’est-à-dire l’écriture d’une phrase entière "le spectacle est terminé", il y a eu un entraînement (par geste aérien) pour les lettres "s" et "t" avant de réaliser dans l’espace la phrase entière, en insistant sur les espaces entre les mots. Ensuite, la phrase a été écrite sur une feuille en suivant un modèle.

Cette initiation s’est faite progressivement. Lorsqu’on écrit, tout le corps est en mouvement : c’est pourquoi amener l’enfant à connaître davantage son corps et à apprendre à le mobiliser ne peut être que bénéfique.

Quelques propositions complémentaires
Afin d’améliorer le développement du schéma corporel, d’autres activités axées sur la trajectoire et le sens de l’écriture pourraient être envisagées en complément ; ( elles s’inspirent des propositions faites dans Manuel d’apprentissage de l’écriture, Maternelle et CP, D.Berthet, Retz,1996 )

Une première activité, en salle de motricité, propose des déplacements gauche-droite par des pas de côté. L’enseignant montre l’exercice en tournant le dos aux enfants. Par petits groupes, les enfants s’entraînent à ce déplacement latéral.

Une deuxième activité, en classe, propose à l’enfant d’exécuter les mêmes mouvements latéraux de gauche à droite, mais en même temps que le pied glisse, il trace au tableau un petit trait horizontal. La main qui écrit doit rester dans l’axe.

Une troisième activité, en salle de motricité, concerne "les lettres marchées" ; une lettre en grande dimension est tracée sur le sol (ex : le "l") le point de départ est indiqué, l’enfant marche en suivant le sens du tracé, guidé par la voix de l’enseignant. Cela permet d’intérioriser la trajectoire.

Une quatrième activité est celle de la boucle dans l’espace : en exécutant les mouvements latéraux de gauche à droite, l’enfant doit monter le bras vers la droite, le tourner vers la gauche pour faire la boucle et redescendre en même temps que le pied gauche vient rejoindre le pied droit. Il doit exécuter l’exercice en verbalisant : "je monte, je tourne à gauche, je descends, je repars à droite …".

Enfin une cinquième activité demande à l’enfant de réaliser le même mouvement que dans l’activité précédente ; mais pendant le temps d’arrêt entre les deux pas, pieds joints, il doit tracer une petite boucle.

Marcher en même temps que la main imite l’écriture, permet d’assimiler le mouvement de translation gauche-droite. C’est ce que permettent de travailler, progressivement, ces cinq activités. De plus, l’enfant développe son schéma corporel par le déplacement de son corps, par la coordination de ses mouvements (pieds, bras, mains) ; il intériorise également la trajectoire des boucles et prend conscience du sens de l’écriture.

 
 

Conclusion

En définitive, on peut affirmer avec J. de Ajuriaguerra, M. Auzias et A. Denner que "la façon d’écrire de l’enfant traduit son mode d’être". L’écriture est ainsi à considérer comme le miroir dans lequel chaque élève se reflète . C’est pourquoi il est nécessaire de respecter les rythmes de l’enfant, ou de proposer des séances de relaxation avant d’aborder une activité qui demande de l’attention.

Chacun est dans son écriture comme il est dans son corps et l’enseignant doit, bien entendu, prendre cela en compte afin de permettre l’harmonie de chaque enfant avec soi-même et avec les autres.

 
 


Bibliographie

J. de AJURIAGUERRA, A. DENNER, M. AUZIAS, L’écriture de l’enfant, Delachaux et Niestlé, 1964.

L. BARON, Du graphisme à l’écriture, Magnard, 1995.

D. BERTHET, Manuel d’apprentissage de l’écriture, Maternelle et CP, Retz, 1996.

G. CALMY, L’éducation du geste graphique, Nathan, 1983.

E. CHARMEUX, L’écriture à l’école, Cédic, 1983.

M. DONNADIEU, Méthodes et contenus pour le graphisme à l’école maternelle, CRDP-Grenoble, 1994.

G. G UILLAUD, M. HIBON, L. LELIEVRE, R. MONIER, Les chemins de l’écriture, Bordas, 1988.

C. HEBTING, De la calligraphie à l’écriture, Magnard, 1994.

L. LURCAT, Études de l’acte graphique, Mouton, 1974.

 

 

 

 

 


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