Hélène Gény, 2001

L’expression écrite liée à l’utilisation d’Internet en cycle 3


Niveau : École élémentaire (CM2)

Mots clés : Interactions écriture-apprentissages, Ordinateur, Pluridisciplinarité, Production de textes


Introduction

Pourquoi introduire Internet dans une classe ?

Internet dans l’organisation pédagogique

La place d’Internet dans l’école où j’ai travaillé

Analyse de la pratique

Conclusion

Bibliographie


Introduction

Alors qu’Internet fait progressivement son entrée dans les classes des écoles élémentaires en France, on est en droit de se demander en quoi il apporte un plus dans le cadre des apprentissages des élèves et en quoi il est susceptible de faire évoluer sensiblement les pratiques pédagogiques des enseignants l’intégrant dans leurs démarches.

Afin de conduire ma réflexion, je me suis appuyée sur des activités d’expression écrite menées dans une classe de cycle III, troisième année. Elle était équipée de matériel informatique depuis deux ans et participait à un projet lié à l’étude de paysages, dans lequel l’enseignant souhaitait intégrer la dimension d’Internet.

Globalement, j’ai participé à une étape de ce projet qui comportait des séances d’expression écrite via Internet et j’ai profité cette pratique pour tenter d’apporter des éléments de réponse quant à l’utilisation d’Internet dans un projet d’écriture :

- en quoi Internet est-il susceptible de modifier l’organisation pédagogique de la classe ?

- quels peuvent être ses apports aux activités d’expression écrite ?

J’ai ainsi tenté de montrer, à travers mon analyse, qu’Internet peut devenir un nouvel outil pédagogique au service des élèves et de l’enseignant.

Pourquoi introduire Internet dans une classe ?

a) C’est un outil pluridisciplinaire

Son utilisation met en jeu des compétences transversales de type procédural (appropriation de l’interface, du mode de fonctionnement des logiciels), mais aussi organisationnelles (compréhension de la présentation de l’information sous forme d’arborescence dans les sites sur la Toile, des liens hypertextes présents afin de la relier).

À travers l’analyse, la création de sites, la recherche d’information via les moteurs de recherche (système d’opérateurs booléens), sont développées des compétences de logique, de planification, d’esprit critique vis-à-vis de la masse d’informations diffusées.

Il favorise le développement de l’autonomie des élèves.

En créant un site, les enfants s’approprient un moyen de communication du futur non pas simplement comme utilisateurs (consultation de sites, recherches, courrier électronique) mais en tant que créateurs, acteurs. Ils peuvent en dominant l’utilisation de ce média s’en servir afin de s’exprimer, et ainsi relativiser les informations qu’il diffuse.

Toute communication et diffusion d’information impliquent des compétences relatives à la maîtrise de la langue qu’elle soit orale ou écrite, et des projets qui font du langage écrit un moyen et non une fin sont un excellent moyen de développer la maîtrise de l’écrit.

La diversité des productions diffusées ou transmises fera appel aux champs de compétences correspondants.

L’exploitation de ces productions mises en ligne sous forme de site, des retours éventuels de lecteurs, ou encore des mesures d’audience pouvant en résulter peuvent offrir de nombreux champs de compétences à exploiter avec les élèves pour l’enseignant (géographie, histoire, éducation civique, mathématiques, arts plastiques, sciences, etc.).

b) Il contribue à l’ouverture de l’école sur le monde

Il permet d’établir une communication avec un terminal lui aussi relié à Internet n’importe où sur la planète.

Relativement simple d’utilisation, pouvant transmettre rapidement de l’écrit, du son, de l’image fixe ou animée, il offre une fenêtre sur le monde à l’école.

Que ce soit à travers le courrier électronique, les forums, les listes de diffusion, la consultation ou la création de sites, la possibilité offerte de faire connaître à d’autres personnes ce que l’on a réalisé dans le cadre de la classe est très gratifiant. C’est valorisant, quand on est diffuseur, mais cela permet aussi après avoir consulté les productions d’autrui, d’adopter en retour un regard plus excentré et critique sur ses propres productions

L’importance quantitative des sites présents sur la Toile représente un potentiel d’information considérable (d’inégale qualité).

c) Il accroît le caractère social de l’écrit

Il offre des situations de communication " vraies ". De par l’ampleur du réseau qu’il constitue, le potentiel de lecteurs des productions mises en ligne est immense, les possibilités de retours extérieurs sur les productions diffusées (courrier électronique, messages laissés sur le livre d’or du site) sont réelles. L’écrit est alors interactif. À l’aide de rapports d’audience du site créé, on prend connaissance de la pluralité géographique des visiteurs, et de leur nombre.

Outil performant de communication, il permet de mettre en valeur les productions.

Le travail coopératif ou en groupe qu’il permet peut amener à l’apparition d’experts favorisant la prise de conscience de ses propres compétences et procédures pour les élèves.

En expliquant dans ces écrits diffusés à un large public potentiel ce qui est réalisé à l’école, on permet à ces derniers de participer à ce qui est la vie quotidienne du groupe classe, et par là même on prend conscience que tout ce que l’on fait a de l’importance.

Internet dans l’organisation pédagogique

a) Écrire pour communiquer

L’ordinateur, au service des projets de communication, permet aux élèves d’expérimenter la nature sociale du langage écrit. Les situations de communication réelles sont facilitées par les performances techniques de ce média. La motivation des élèves n’en est qu’accrue. Peuvent être menées dans ce cadre des activités de correspondance scolaire, d’écrits coopératifs avec plusieurs classes, de la création d’un site sur la Toile, de correspondance entreprise à la suite de la découverte du site de la classe. Il peut alors y avoir chez les élèves un retour sur leur travail très constructif.

La consultation de sites de d’autres écoles, leur lecture, interpelle les enfants, suscite chez eux des réactions, leur pose des questions. Tout naturellement naît alors le désir de partager réactions, expériences, vécus… Et ainsi l’écriture trouve sa place au sein de la classe (courriel, site, liste de diffusion, discussion en direct).

Dans le cadre de leurs recherches (exposés par exemple au cycle des approfondissements), les enfants se posent une multitude de questions. Outre les moyens habituels dont ils disposent (BCD, ouvrages encyclopédiques, dictionnaires etc.), Internet leur offre le moyen de trouver des réponses à certaines questions via l’utilisation raisonnée des moteurs de recherche et l’accès à des sites qui peuvent proposer des éléments de réponse.

b) La collaboration, le travail par projets

Le travail de groupe convient bien aux activités d’écriture liées à Internet grâce à la motivation que ce média suscite auprès des élèves. Ces groupes peuvent comprendre deux ou trois membres. En effet, après avoir clairement défini les tâches qui doivent être réalisées à l’ensemble de la classe, les élèves sont amenés à se répartir en groupe. Ce mode d’organisation engendre de nombreuses interactions verbales s’accompagnant de rétroactions, voire de rétrocontrôles. Les élèves y confrontent leur point de vue, y échangent leurs réflexions autour de ce qui devient finalement leur production après plusieurs jets validés par l’enseignant.

La création ou l’enrichissement d’un site Internet doit s’inscrire dans le cadre d’un projet de classe, voire d’école ; le site s’en fait l’écho et peut ainsi rebondir au gré des échanges qu’il a engendrés. Ce n’est qu’à ces conditions qu’il aura du sens. Le fait que ce type d’activités s’inscrive dans le cadre d’un projet devrait amplifier la motivation déjà présente auprès des élèves.

La place d’Internet dans l’école où j’ai travaillé

L’équipement

Lors de la dotation en matériel informatique, les enseignants ont choisi d’en disposer librement dans leur classe respective. Ce matériel se compose de deux unités centrales, une imprimante couleur, un numériseur et une liaison Internet pour l’ensemble.

Le choix de ce mode d’organisation s’explique par la volonté des enseignants d’avoir le matériel en permanence à disposition, à proximité. Ainsi, il peut être utilisé dès qu’une activité s’y prête, utilisé par des élèves individuellement ou en groupes pour effectuer des recherches, des exercices de remédiation, saisir du texte, etc. Selon les enseignants, ce mode d’organisation est beaucoup plus souple que celui basé autour d’une salle spécialement dédiée à ces outils pour l’ensemble de l’établissement car celui-ci nécessite la mise en place d’un planning rigoureux.

Les activités liées à Internet

1) Le site crée sur la Toile

Voir la page d’accueil du site des Loustics amadouriens.

Réalisé à partir de juin 1999 par le CM2, ce site est en évolution constante. Avec ses nombreuses rubriques, il reflète assez fidèlement la vie du groupe classe : il permet entre autre de travailler l’expression écrite.

La mise en ligne des exposés, des fiches de lecture, a contribué à ouvrir l’école sur l’extérieur, mais aussi et surtout à donner du sens aux écrits des élèves. La diffusion des poèmes découverts dans le cadre de leur classe, leur illustration, leur mise en forme, et leur enregistrement sonore ont permis de valoriser ce type d’écrit en y associant la nécessaire part d’imaginaire des élèves.

Le principal axe de travail de l’année scolaire en cours est le projet de lecture du paysage sur lequel porteront mes interventions et analyses. La mise en ligne de ce dernier, son enrichissement, suivent fidèlement le rythme des découvertes et des apprentissages des élèves. Un effort louable de compréhension de la langue écrite par les élèves transparaît si l’on met en parallèle le travail effectué sur la toponymie locale.

La rubrique intitulée " l’info du jour " présente un intérêt dans le sens où elle est entièrement sous la responsabilité de deux élèves (et ce pour une durée d’un mois) qui sont chargés de sa rédaction et de sa mise en ligne quotidienne. Enfin, tout un travail de compréhension des modes d’organisation des informations sous la forme d’arborescence a dû et a pu être mené avec les élèves, les amenant ainsi progressivement à développer des compétences de lecture face à ces masses d’informations interconnectées.

2) Le projet " Les paysages culturels du Quercy "

Commencé en octobre 2000, ce projet se donne pour objectif d’" apprendre à lire un paysage, le comprendre " et vise à faire " acquérir une méthodologie et des clés en toponymie aux élèves ". Il m’a paru donc intéressant d’observer à travers son déroulement comment il pouvait conduire les élèves à développer des compétences en expression écrite.

Ce projet comprend la diffusion, par les enfants, sur le site de l’école, de l’ensemble des travaux, activités et actions liées à ce dernier au fur et à mesure de leur avancement.

a) Les actions menées

Le projet mené par l’enseignant et les élèves de cette classe a donc débuté en septembre de l’année scolaire 2000-2001. Lors de mes interventions, tout un travail avait été effectué préalablement, et ce, selon différents aspects.

- Émergence des représentations des élèves à propos de la commune : qu’évoque pour vous le nom de votre commune ?

- Classification de ces dernières en neuf grands domaines.

- Visite d’un musée de plein air : l’écomusée de Cuzals, qui présente le mode de vie agricole des siècles passés. Analyse d’un micro paysage.

- Présentation d’une étude des toponymes de la commune à partir d’une carte détaillée (1/25 000) couvrant l’ensemble de la zone considérée.

- Classification des toponymes et de leur signification en grands domaines. Mise en parallèle avec celle des représentations effectuées au début du projet.

- Analyse des différents modes de représentation de l’environnement (cartographiques à différentes époques, clichés aériens).

- Analyse géologique du secteur géographique.

- Étude précise d’une zone déterminée de la commune : ferme typique. Déplacement sur le terrain, prises de vue, représentations graphiques.

 Étude comparative de relevés cadastraux de la zone concernée à différentes époques.

- Illustrations graphiques de l’espace étudié : mise en parallèle sur le site avec des représentations photographiques.

Tout ce travail réalisé dans le cadre du projet, avec pour finalité sa diffusion sur le site de l’école, a été transdisciplinaire. Les activités d’écriture ont couvert des domaines aussi variés que : l’expression libre, la géographie, l’histoire, les sciences…

b) Étude d’un agrosystème

Lors de mes interventions dans la classe, les élèves et l’enseignant, dans le cadre de ce projet, en étaient à l’étude de l’agrosystème. J’ai observé et participé à la mise en place générale de cette étude. Cette dernière se décomposait en trois phases principales : la préparation en classe d’une sortie sur le terrain, la sortie elle-même, et la trace écrite destinée à être diffusée sur le site Internet de l’école.

- Préparation de la sortie

Le but de la sortie est explicité aux enfants : il s’agit de réaliser un inventaire écrit et illustré (emplacement des bâtis particuliers) des différentes parcelles de terrain et de leurs fonctions respectives.

L’enseignant et moi-même avons proposé aux élèves deux modes distincts d’organisation pour cette collecte d’informations sur le terrain : soit de façon individuelle, soit sous la forme de groupes de taille restant à définir. Ils ont choisi immédiatement l’organisation en groupe (de trois éléments environ). Ce choix peut s’expliquer par le fait qu’ils ont l’habitude avec leur enseignant de fonctionner ainsi à de fréquentes occasions.

Chacun des groupes s’est vu attribuer un exemplaire d’un extrait de relevé de cadastre de la zone concernée et du matériel pour la prise de notes. Un groupe avait la responsabilité de la prise de vues photographiques avec l’appareil photonumérique.

Chacun des élèves disposait d’un extrait de la carte IGN correspondante et a visualisé le trajet que nous allions effectuer.

J’ai alors précisé la consigne de façon collective. Elle était la suivante : " À l’aide de l’extrait cadastral en votre possession, du repérage effectué sur celui-ci, vous allez dans chacun de vos groupes réaliser l’inventaire des trois parcelles les plus proches de vous une fois sur place (indication des numéros cadastraux correspondants, présents sur le relevé). Pour chacune d’entre elles, vous devrez indiquer : la nature du sol, la végétation présente, la fonction agricole que vous pensez avoir pu être la sienne, et les différentes constructions avec leur fonction ".

- Déroulement de la sortie

Une fois sur place, il a été procédé à un repérage collectif de notre position sur l’extrait cadastral, à un rappel de la consigne, du temps imparti, du lieu et du moment du prochain rassemblement, et enfin à la répartition de chacun des élèves dans son groupe. Il y a eu cinq rassemblements, donc cinq étapes dans le déroulement de cette séance du fait de la complexité du terrain étudié.

- Trace écrite

Lors d’une séance suivante, les élèves, de façon collective, au sein de leur groupe, ont procédé à la réalisation de la trace écrite relatant leur enquête.

Un élève pour chacun des groupes était chargé de présenter à l’ensemble de la classe le compte rendu établi. Lors de cette confrontation collective, les enfants et les groupes étaient amenés à justifier les hypothèses qu’ils avaient émises quant aux fonctions envisagées des terres et des constructions présentes.

La lecture par l’enseignant d’un compte rendu, réalisé avec l’aide d’un agriculteur de la commune, de la structure parcellaire de cette exploitation il y a environ cinquante ans, a permis aux élèves de vérifier la pertinence de leurs suppositions.

Partant de là, ils ont pu de nouveau, au sein de leur groupe, reformuler leur trace écrite et la représenter à la classe ; celle-ci, par un vote, en a retenu une pour relater et illustrer cette phase importante du projet. Elle a alors été mise en forme (des photographies, illustrations des enfants et documents sont venus en complément après décision collective), et en ligne sur le site de l’école par le groupe en charge de cette tâche pour le mois en cours.

Voir :Structure des parcelles de la Borie d’Imbert sur le site des Loustics amadouriens.

Analyse de la pratique

A. Organisation pédagogique

1) Un projet collectif

Le projet mené par cette classe est un projet collectif qui se déroule en trois phases : la préparation, la réalisation, l’exploitation.

a) La préparation

Il s’agit de la première partie de ce projet, elle correspond à la séance intitulée " préparation de la sortie ". Lors de cette phase, l’enseignant est fortement présent, il est directif, afin de fixer clairement les objectifs, l’organisation (mise en place d’ateliers d’écriture en groupes), les rôles de chacun. C’est là qu’il va tenter de faire anticiper à ses élèves l’insertion de l’information qu’ils vont produire : où va devoir être placé leur compte rendu dans l’arborescence générale du site Internet et quels liens hypertextes vont devoir être crées à l’intérieur du compte rendu. Lors de la mise en page, il faudra songer aux illustrations, à leur nombre et à leur emplacement.

J’ai constaté que cette phase, bien que longue dans la durée, est bien perçue par les élèves car elle est, pour eux, porteuse de sens : en effet, étant habitués dans le cadre de d’autres activités à anticiper sur les tâches à réaliser, ils en perçoivent plus aisément l’intérêt.

b) La réalisation

Il s’agit de la seconde partie de ce projet, elle correspond à la séance intitulée " trace écrite ", à la mise en forme et en ligne des productions réalisées. Logiquement, cette phase est plus courte que la précédente, mais sa durée est pour beaucoup fonction de la longueur de la production à réaliser.

Les élèves sont alors réellement acteurs, dans le sens où ils agissent concrètement : ils créent un document en utilisant un ou plusieurs objets techniques. L’aspect technologique intervient à ce moment-là. Néanmoins, l’outil informatique utilisé dans ce cadre est au service de l’objectif visé par ce projet, à savoir communiquer : pour les élèves, il ne s’agit pas seulement de réaliser un compte rendu mais de le proposer à des lecteurs virtuels, susceptibles ou non d’en prendre connaissance.

c) L’exploitation

Selon l’enseignant, elle peut être à deux niveaux : en classe, et en liaison avec le monde extérieur. Le projet étant transversal, l’enseignant tente alors d’exploiter au mieux le travail ainsi réalisé en liaison avec les diverses disciplines. S’agissant d’un écrit fonctionnel dont le but avéré est de communiquer, l’évaluation la plus probante pour les élèves serait qu’ils reçoivent un ou plusieurs courriers relatifs à leur production en retour.

2) Une répartition des élèves en groupes

Afin de favoriser la communication, l’entraide, la diffusion de compétences, le développement de l’autonomie chez les élèves, l’enseignant a pris le parti de répartir les élèves en groupes de trois environ.

Lors de mes observations, j’ai constaté que les élèves, presque naturellement, optaient pour ce type d’organisation, que ce soit lors de la phase d’élaboration d’une trace écrite, ou lors de celle liée à sa diffusion sur Internet. Il m’a semblé que ce type d’organisation suscitait un surcroît de motivation dans la réalisation des tâches (confrontation des points de vue, développement de l’argumentation) : les élèves communiquaient entre eux leurs idées, collaboraient pour ensuite, par le biais d’Internet, communiquer à nouveau. La communication se réalise à deux niveaux : en interne dans le groupe avec pour but d’aboutir à une production écrite, et en externe pour diffuser leur travail.

B. Apport d’Internet dans les activités d’écriture

1) Une motivation importante

Dans le cadre de ce projet, les élèves ont rédigé des écrits vrais, s’adressant à un lectorat potentiel très large composé tout aussi bien d’élèves que d’adultes. De par la nature d’Internet et de l’usage qui en est fait, ce lectorat potentiel couvre l’ensemble de la planète. Leurs écrits étant ainsi valorisés, leur engagement dans ce projet n’en est que plus fort. La quantité des écrits produits s’en trouve accrue. La diffusion d’écrits, d’informations sur la Toile suscite auprès des lecteurs une communication en retour avec leurs auteurs. Cette dimension est fortement motivante pour les enfants, une attente importante en découle. Elle est notamment perceptible à travers des activités gérées par les élèves eux-mêmes tous les jours et mises en place par l’enseignant afin qu’ils se prennent en charge, qu’ils intègrent l’outil informatique, la messagerie électronique, la mise en page. Il n’est qu’à observer l’empressement qui est le leur à guetter l’arrivée de tout nouveau courrier, ou message placé sur le livre d’or du site, leur plaisir à découvrir sa provenance (quelquefois lointaine), la satisfaction légitime qui est la leur de réaliser que ce dernier a été composé suite à la lecture d’un ou plusieurs de leurs écrits. La rapidité avec laquelle ils vont répondre à ces courriers, le plus souvent sous la forme d’un texte de remerciement court témoigne de leur engagement dans ce projet de communication.

Cependant le degré de motivation varie d’un enfant à un autre. Pour la majorité d’entre eux il est important, mais certains éléments ont du mal à entrer ou à s’investir réellement dans le projet car celui génère une charge de productions écrites trop importante pour eux. À cette dernière s’ajoute une contrainte supplémentaire qui est celle du respect des délais impartis. Toutefois la réciproque est aussi vraie et des élèves en difficulté dans le domaine de l’expression écrite trouvent dans ce type de projet une signification forte (sujet motivant, parlant pour eux, intérêt des techniques utilisées).

Le logiciel utilisé permet d’obtenir des productions relativement agréables à lire et à consulter, mises en valeur. Le plaisir d’écrire, de produire des écrits s’en trouve renforcé. La réalisation de pages Web constitue en fait un détour pour mieux apprendre à écrire et à réaliser des apprentissages en géographie.

2) Mise en place de projets d’écriture

La production d’écrits diffusés sur Internet via un site qu’ils ont créé les rend intellectuellement actifs et leur permet d’obtenir une reconnaissance à travers leur travail. Un tel niveau d’implication de leur part n’a pu être effectif que parce qu’ils ont parfaitement intégré le projet proposé par l’enseignant. Pour ce faire, des séances d’explications, de discussions, de questionnements ont eu lieu dans la classe. Lors de ces dernières ont été soulevées les questions des modalités de mise en place du projet, de son déroulement dans le temps, des lieux étudiés, des déplacements, des intervenants, du matériel utilisé, de la répartition du travail, etc., après quoi un vote à main levée a entériné ce choix. Placés ainsi au cœur du projet établi avec l’enseignant, les élèves s’approprient aisément l’outil de communication permettant de donner une dimension supplémentaire à leur travail.

3) Incitation au travail de groupe

La réalisation d’activités liées à Internet (diffusion d’écrits, réalisation de dossiers) se prête bien à une organisation de la classe en groupes de taille variable. Une répartition des tâches est ainsi rendue possible (en veillant toutefois à une dérive de spécialisation des groupes, et des individus). À l’intérieur des groupes (selon leur taille), s’instaure une nécessaire coopération, des interactions orales (où ils acquièrent des connaissances sur l’art de convaincre, de négocier, de parler). Ils mutualisent leurs connaissances dans le domaine de savoir concerné. Par exemple voici le type de propos entendu dans certains groupes :

- Groupe 1

Charlotte : Qu’est-ce que t’as écrit à propos de la vigne ?

Valentin : J’ai mis qu’il y en avait pas mal chez nous et que souvent il y avait une cabane en pierres sèches et des pêchers de vigne.

Charlotte : Moi je préfère ce que dit Teddy.

Valentin: -Pourquoi ?

Charlotte : Parce qu’il explique mieux, il dit tout ce qu’il faut en moins de mots que lui. C’est plus court et il parle aussi des trous dans les murs pour les animaux.

Teddy : On pourrait rajouter la phrase de Valentin sur les pêchers de vigne non ?

Charlotte : Bonne idée Teddy !

- Groupe 2

Nil : Bon qu’est-ce qu’on met en premier ?

Guillaume : J’sais pas moi, t’as mis quoi Ludovic ? Tu me passes ton stylo, je retrouve plus le mien ?

Ludovic : J’ai parlé de la caselle mais c’est pas bien. Tiens le stylo.

Nil : Moi ça commence par " Dans le coin du mur il y a avait une caselle en pierres avec dedans un banc… " et j’ai fait un dessin pour mieux montrer.

Guillaume : Ah ouais montre !

Ludovic : Il est beau ton dessin et c’est une super idée, mais on devrait se dépêcher d’écrire le texte, non ? Vous avez vu l’heure ?

Nil: Oui, il nous reste plus beaucoup de temps.

- Groupe 3

Julie : Comment on fait déjà Sabrina pour faire un lien avec une autre page ?

Sabrina : Tu sais le maître nous l’a redit l’autre jour. Tu cliques sur l’icône avec les anneaux et la boule, celui qui est en haut à droite.

Anaïs : Oui. Mais il faut sélectionner avant le texte, non Sabrina ?

Sabrina : Oui bien sûr. Quand tu l’auras fait dans ce sens, il faudra en insérer un dans l’autre sens, comme un retour vers ici, OK ?

Anaïs : C’est moi qui le ferai, et puis je vérifierai que ça fonctionne en faisant aperçu, d’accord ?

À travers ces différentes interactions orales, plusieurs attitudes sont perceptibles. Dans les premier et troisième exemples, chacun des membres apporte sa contribution à la production. Par ailleurs, on constate que les remarques de Charlotte aident le groupe à atteindre son objectif. Le fait de pouvoir compter les uns sur les autres pour les félicitations et les gratifications ne peut que renforcer les liens entre camarades (" Bonne idée Teddy ! "). L’analyse des dialogues du second groupe nous montre que des efforts sont déployés en vue d’atteindre un objectif commun (" On devrait se dépêcher d’écrire le texte, non ? Vous avez vu l’heure ? "). Il y a aussi un partage des ressources (la présentation du dessin de Nil par Guillaume et le stylo de Ludovic).

4) Développement d’attitudes métacognitives

Dans le cadre du fonctionnement en groupe, les élèves ont une activité réflexive sur leur propre production (conversations entre les membres du groupe) afin d’en percevoir le but cognitif (pourquoi ?, comment ?). Les membres se répartissent équitablement les différentes tâches incombant au groupe. Ainsi, ils s’approprient mieux les procédures d’apprentissage.

Lors des séances auxquelles j’ai participé, les élèves devaient présenter une ou des productions écrites en y incluant des liens hypertexte. Cela a induit chez eux des démarches complexes, telles qu’une certaine capacité d’abstraction, qui leur a permis de clairement visualiser, concevoir et assimiler l’organisation des informations sous la forme d’une arborescence. Pour cela, ils peuvent s’aider de l’arborescence générale du site qui est affichée dans la classe en grand format, ainsi que de celle qu’ils ont en leur possession dans leur classeur, qu’ils ont élaborée en début d’année avec leur enseignant et régulièrement actualisée. La fonction " Afficher les liens hypertexte " du logiciel d’édition de pages permet aussi une visualisation claire de ces liens et de leur organisation complexe.

Du fait de la nature des productions écrites (écrits informatifs), les élèves ont dû prendre en compte les attentes des destinataires, et ce dès la conception de leurs documents.

Conclusion

Tout au long de ce mémoire, je me suis donc efforcée de montrer comment, à travers un projet de l’enseignant, qui incluait l’usage de l’outil informatique et plus particulièrement Internet, il était possible de développer des activités d’écriture, et en quoi l’usage d’Internet pouvait ou non apporter un plus.

Un des aspects essentiels qui ressort de cette analyse est que l’usage de cette technologie semble être un formidable levier dans les apprentissages des élèves, et ceci semble aller de pair avec la démarche du travail en projet : en effet, les élèves se sentent, tout d’abord, davantage impliqués puisqu’ils connaissent les étapes et objectifs du projet et leur motivation est plus importante du fait que leurs productions réalisées lors du projet seront diffusées sur leur site via Internet. Elles s’adresseront ainsi à un public varié et potentiellement très nombreux.

À travers cette analyse, on se rend compte que le projet de cette classe a suscité chez les élèves de nombreuses démarches : recherche, choix et tri des informations, gestion du temps, travail coopératif, développement de la créativité…

Ainsi, l’ordinateur semble encourager la mise en place de méthodes éducatives s’appuyant sur les principes de l’élève actif, de la construction des connaissances et inciter l’enseignant à s’adapter à de nouvelles manières de faire apprendre.


Sommaire des mémoires

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Bibliographie

Ouvrages

Programmes de l’école primaire, Collection " Une école pour l’enfant, des outils pour le maître ", Ministère de l’éducation nationale, direction des écoles, CNDP-Savoir Livre, 1995.

Lecture-écriture et nouvelles technologies, Collection de l’ingénierie éducative, Coordonné par Jacques Anis et Nicole Marty, CNDP, 2000.

B2i (Brevet Informatique et Internet). École-Collège, Bulletin Officiel de l’Éducation Nationale, n° 42 du 23 novembre 2000.

50 activités phares avec les TICE, Équipe informatique 1er degré du Tarn, CDDP Tarn, CRDP Midi-Pyrénées, 2000.

L’école à l’heure d’Internet, les enjeux du multimédia dans l’éducation, Serge Pouts-Lajus et Marielle Riché-Magnier, Nathan pédagogie, 1998.

Revues, périodiques

Enseignement public et informatique (EPI)

Les dossiers de l’ingénierie éducative

Sites Internet

Educnet : http://www.educnet.education.fr/ (Les actions du Ministère de l’Éducation Nationale en matière de TICE)

Réseaux et Multimédia dans l’éducation : http://www.senat.fr/senateurs/gerard_alain/multimed_mono.html

Rapport d’Alain Gérard, Sénateur, remis au Premier ministre à la suite d’une mission relative au développement des technologies nouvelles dans les établissements scolaires : http://www.ac-amiens.fr/college60/afrance_montataire/rapportpouzard1.html

Rapport officiel de l’Inspection Générale de l’Éducation Nationale sur l’utilisation du multimédia dans les enseignements, présenté par Guy Pouzard, Inspecteur Général de L’Éducation Nationale : http://www.educnet.education.fr/actu/igen.htm (Extraits du rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, chapitre 3 : les technologies de l’information et de la communication. Le texte complet du rapport est édité par la Documentation Française. Les enquêtes qui ont permis d’établir ce rapport ont été effectuées au cours de l’année scolaire 1998-1999.)

Le site du mouvement Freinet : http://www.freinet.org


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