Travailler autrement
En quoi la collaboration d’un enseignant documentaliste et d’un enseignant disciplinaire est-elle favorable aux élèves ?

Cécile Heckel-Dupin de Saint-Cyr, 2003


Enseigner, éduquer, former

Niveau : Lycée (seconde)
Mots clés : Collaboration, Documentation, Interdisciplinarité


INTRODUCTION

I - Amener les élèves à utiliser le CDI

    A - Le CDI : un espace d’apprentissage pour les élèves

        1 - Maîtriser l’espace documentaire

        2 - Acquérir une méthode de recherche

        3 - Devenir autonome

    B - Le travail d’équipe : une pratique nécessaire mais difficile à mettre en œuvre

        1 - Le travail de collaboration inscrit dans les textes de loi

        2 - Les obstacles du travail en équipe

        3 - Les attentes des enseignants pour un travail en collaboration avec le documentaliste

II - Documentation et Histoire : notre travail de collaboration

    A - Naissance du projet : Notre travail en amont de la séquence

        1 - Préparation des séances : une fiche de séance

        2 - Rassembler les outils nécessaires à la recherche documentaire

    B - Notre travail pendant les séances et entre les séances

        1 - Notre travail pendant les séances

        2 - Transmettre des méthodes

        3 - Notre travail d’analyse à la fin de chaque séance

    C - Évaluation des élèves

        1 - Évaluation des élèves par les enseignants

        2 - Évaluation des élèves par les élèves eux-mêmes

III - Une collaboration à renouveler et à améliorer

    A - Un bilan positif pour les élèves

        1 - Prise de conscience de l’utilité des méthodes

        2 - L’intérêt d’un cours "bicéphale"

        3 - L’appréhension d’une culture

    B - Difficultés rencontrées pendant la séquence

        1 - Spécificités d’un travail au CDI

        2 - Le documentaliste, un enseignant pas comme les autres

Conclusion

BIBLIOGRAPHIE

WEBographie

 

Introduction

Mon arrivée dans le "9-3 ", comme on dit ici, ne se fit pas sans émoi. Pendant deux ans : mon année de licence et mon année de préparation du CAPES, j’ai observé, écouté cette vie dans la banlieue Nord de Paris. Les villes de Saint-Denis, Villetaneuse, La Courneuve, laissent en moi des images que je ne peux pas oublier. Comment les familles vivent-elles dans ces immeubles, dans cet environnement ? Quelle est la vie de ces gens ? De ces élèves ? Des familles séparées, des élèves battus, des élèves qui doivent nourrir une famille, des familles entassées… Le lycée doit leur paraître bien grand par rapport à leur logement.

" Le lycée, il est riche ! " s’exclame un élève qui passe devant les ordinateurs du CDI.

" Vous êtes riche, vous, madame, vous avez du travail… "

A les écouter, il y a un fossé entre leur vie au lycée et leur vie familiale. Ils ont des walkmans et des téléphones portables, mais ces signes ostentatoires ne masquent pas la réalité.

L’école doit leur donner une chance de réussir, l’école doit être pour eux le lieu où cette réussite sociale espérée peut se construire. Le CDI me semble être un lieu idéal en cela : Le documentaliste offre un accès à des documents variés, à l’information d’actualité et à la Culture. Cette richesse fait, du CDI un lieu de « chance », un lieu "riche", un lieu à fréquenter pour réussir. Le documentaliste, de surcroît, peut offrir une aide précieuse aux élèves dans leur travail, notamment en ce qui concerne les méthodes. Or, un des secrets de la réussite, ne tient-il pas dans l’approche méthodique de son travail ? Dans son organisation ?  

L’enseignant de discipline et le documentaliste, en s’associant, forment une équipe qui peut avoir du poids face aux élèves. D’une part, la dualité les intrigue positivement ; d’autre part, ils se sentent valorisés parce que deux personnes se consacrent à eux. Le lycée Jacques Brel de La Courneuve accueille 1046 élèves et 90 enseignants. C’est un lycée d’enseignement général et technologique. J’y ai été nommée professeur documentaliste à la rentrée 2002. Nous sommes trois documentalistes. Le CDI est vaste : sa superficie est d’environ 350 m². Si l’on entend, par "discipline", une matière enseignée, alors la documentation n’est pas une discipline. Cependant, la pratique me fait dire que de plus en plus de documentalistes enseignent des techniques documentaires. Ceci étant, si l’on dit qu’une discipline est constituée d’ensembles cohérents, de concepts, de notions, et de méthodologies qui lui sont propres, alors, la documentation est une discipline.

La documentation est une discipline fondée sur le document. Les méthodes transmises en documentation nécessitent cependant un support disciplinaire. La recherche documentaire a une méthode propre, mais cette méthode ne peut se matérialiser que par la médiation d’un contenu disciplinaire. Ainsi, cette méthode de recherche prend du sens lorsqu’on lui donne de la matière, elle doit s’appuyer sur un sujet d’étude.

L’histoire est une discipline où le document est essentiel. Le document est l’essence même de l’histoire, il me semble. Associer documentation et histoire me paraît dès lors pertinent. J’ai donc été ravie de travailler avec Mme Jacob, professeur stagiaire en histoire au lycée Jacques Brel. Je me centre sur la méthode de la recherche documentaire mais nous allons voir par la suite que l’élève doit connaître et savoir utiliser un ensemble de méthodes de travail s’il veut réussir. Marie Monthus est documentaliste et auteur d’un ouvrage intitulé Apprendre l’autonomie au CDI. Elle revendique un enseignement en documentation privilégiant la transmission de méthodes. Elle nous donne une large définition de ce concept. De manière consciente, nous allons transmettre un ensemble de techniques ordonnées, de méthodes, aux élèves, pour les conduire sur la voie de l’instruction. Ces méthodes, ce sont les outils dont l’élève va apprendre à se servir pour travailler. L’enseignant n’a donc d’autre tâche que de lui expliquer comment on se sert de ces outils et de le laisser travailler à sa guise. Il s’agit de méthodes de travail à l’usage des élèves pour qu’il arrive à travailler seul. Avec Mme Jacob, nous avons d’abord travaillé assez tôt dans l’année, et de façon ponctuelle, avec sa classe de seconde. Lors de ces premières séances, les élèves se sont familiarisés avec le CDI - Ces séances ne sont pas constitutives de mon mémoire- Puis nous avons entrepris un travail avec des objectifs communs. Ces objectifs étaient les suivants : aider les élèves à acquérir une méthode rigoureuse de travail ; les inciter à entrer dans le monde de l’écrit. Notre collaboration consistait à exploiter notre complémentarité. Nous leur apportions deux  savoirs différents : pour sa part, des connaissances en histoire ; pour ma part, des clés permettant d’accéder à ces connaissances.

C’est ainsi que je me suis interrogée sur l’incidence de notre collaboration, et de la collaboration, en général, de deux enseignants, sur le travail des élèves. En quoi la collaboration d’un enseignant documentaliste et d’un enseignant disciplinaire est-elle profitable aux élèves ?

Par le travail qui suit, j’espère suggérer des pistes, des idées, aux enseignants ou aux documentalistes désireux de travailler en collaboration. Ce mémoire pourrait aussi s’adresser aux élèves de 2de 1 du lycée Jacques Brel, dans la mesure où je réponds à quelques-unes de leurs nombreuses questions.

Dans un premier temps, nous verrons comment et pourquoi amener les élèves au CDI, dans un deuxième temps, nous présenterons notre projet de travail en collaboration puis, dans un troisième temps nous établirons le bilan de notre travail de collaboration.  

I - Amener les élèves à utiliser le CDI

A - Le CDI : un espace d’apprentissage pour les élèves

1 - Maîtriser l’espace documentaire

Avant tout, l’élève doit apprendre à se repérer dans l’espace documentaire. Faire une recherche documentaire au CDI suppose de connaître l’espace CDI. Se familiariser avec "les étagères", avec les différents modes de classification. Savoir qu’il n’y a pas un mode de classement mais qu’il y en a plusieurs : le classement alphabétique pour les romans, le classement par thèmes pour les dossiers documentaires, le classement par date pour les périodiques, le classement par supports (dictionnaires, périodiques, manuels, cédéroms, bandes dessinées.) L’organisation de l’espace documentaire à beau être différente d’un CDI à l’autre, celui qui sait aisément se repérer dans un espace et qui connaît les différents classements et les logiques de classement, saura s’approprier plus facilement un autre espace documentaire. Les différents lieux : CDI, bibliothèques municipales, bibliothèques universitaires fonctionnent de la même façon, suivent la même logique. Ainsi, la classification dite de Dewey est reprise dans beaucoup d’espaces documentaires : La BPI, le CDI du lycée Jacques Brel à La Courneuve.

Savoir se repérer dans un univers de documents, permet d’aller plus rapidement vers l’information recherchée. L’élève qui connaît les différentes classifications saura aisément s’orienter dans n’importe quel espace documentaire.

2 - Acquérir une méthode de recherche

Une méthode de recherche doit s’appuyer sur un sujet d’étude. Lorsque le documentaliste enseigne aux élèves cette méthode de recherche, il s’appuie sur une discipline : dans le cas présent, l’histoire permettra aux élèves d’apprendre à utiliser cette méthode rigoureuse de recherche. Il s’agit de faire prendre conscience aux élèves qu’il faut penser sa recherche, la rationaliser. Cette méthode peut paraître fastidieuse au premier abord, mais il faut comprendre que si elle est appliquée systématiquement, alors elle devient naturelle et prend bien moins de temps qu’on ne le pense. Cette méthode est une condition sine qua non de la réussite d’une recherche.

Bien que cette méthode soit applicable dans toutes les disciplines, certaines s’y prêtent plus que d’autres. L’élève doit comprendre que c’est une méthode ré-exploitable dans différents travaux présentant donc une dimension heuristique. Je pense notamment à la recherche de documentation sur l’orientation. La recherche d’informations sur les métiers nécessite une capacité à savoir rechercher.

3 - Devenir autonome

J’ai été agréablement surprise à la lecture du livre de Roger Cousinet : Une méthode de travail libre par groupes. Nos objectifs sont quasiment identiques. Seule la période (entre 1920 et 1942) et le public, plus jeune, diffèrent. Voici un extrait où il développe les résultats de son expérience et où il évoque la recherche documentaire.

Il apparaît clairement que la méthode de recherche documentaire rend l’élève plus autonome et acteur de sa formation. Quand l’apprenant sait se servir des livres, sait se repérer dans les ouvrages, sait se servir des clés du livre, autrement dit quand il sait où chercher et comment chercher ; alors il est autonome dans la construction de son savoir.

B - Le travail d’équipe : une pratique nécessaire mais difficile à mettre en œuvre

1                    - Le travail de collaboration inscrit dans les textes de loi

Le documentaliste est un enseignant qui ne peut pas se permettre de travailler seul. Tout projet pédagogique mené au CDI doit se faire en étroite liaison avec les autres enseignants.

Le rapport Tallon de septembre 1974, bien qu’abrogé, permet de voir que dès la création du métier de documentaliste, la collaboration documentaliste / enseignants était déjà essentielle : le documentaliste "ne peut rien faire ou du moins pas grand chose, (…) si ses collègues enseignants n'ont pas conscience du rôle qu'il peut jouer et ne le considèrent pas comme membre à part entière de leurs équipes pédagogiques. "

Plus loin, il est écrit que les documentalistes ont "un rôle proprement pédagogique à jouer, en liaison avec les professeurs, d'initiation aux méthodes de recherche des documents et de travail sur documents, aux techniques audiovisuelles.

La circulaire du 13 mars 1986 intitulée "Missions des personnels exerçant dans les centres de Documentation et d’Information", définit les missions du documentaliste exerçant dans les établissements du second degré. Ce texte stipule dans le titre 2 consacré à l’action du documentaliste, que le documentaliste "est associé au travail des équipes pédagogiques, en particulier dans la mise en œuvre des travaux mettant en jeu une ou plusieurs disciplines, notamment les projets d’action éducative (PAE) ""L’action du documentaliste-bibliothécaire peut ainsi revêtir des formes variées : (…) participation à la conduite d’un PAE, organisation de visites, de rencontres, élaboration de dossiers, préparation d’expositions. Dans tous les cas, il est amené à travailler en étroite collaboration avec les professeurs concernés."

2 - Les obstacles du travail en équipe

Pour certains, travailler en collaboration renvoie à des craintes qui peuvent freiner sa mise en œuvre comme changer ses habitudes de travail, se remettre en cause, revoir ses conceptions pédagogiques. Ainsi, travailler en équipe c’est faire des efforts. Il faut se concerter, se rencontrer en dehors des heures de cours, être disponible, s’investir dans le projet, se partager le travail, se poser des questions, y répondre ensemble. Certains établissements, comme le lycée de l’ENNA à Saint Denis, ont mis en place des heures hebdomadaires obligatoires dans l’emploi du temps des enseignants, pour la concertation. Ceci permet aux enseignants de s’organiser et de discuter à d’autres moments qu’entre deux cours dans les couloirs, à la va-vite.

On s’aperçoit aussi que les obstacles pour travailler en équipe relèvent de la psychologie des personnes : de leur personnalité, leur comportement… Certaines personnes ne se sentent pas prêtes à travailler en équipe, elles n’osent pas ou n’ont pas été formées à cette pratique. Il faut savoir négocier et parfois accepter que l’autre ait trouvé une meilleure solution que la sienne. Et puis on est souvent obligé d’ajuster et de prendre en compte la matière enseignée par le collègue.

3 - Les attentes des enseignants pour un travail en collaboration avec le documentaliste (enquête)

J’ai réalisé un questionnaire à l’attention des enseignants de mon lycée pour savoir quelles étaient leurs attentes et leur collaboration avec le CDI. Les enseignants attendent tout d’abord, d’un travail au CDI, l’acquisition de méthodes de travail. Il apparaît clairement, que pendant les cours, les enseignants de discipline n’ont pas le temps de s’attarder sur la méthode. Bien sûr, certaines disciplines disposent de quelques heures de modules, mais c’est souvent pour aider quelques élèves en grandes difficultés ou reprendre un passage du cours qui n’a pas été compris. Donc, les méthodes sont la plupart du temps laissées de côté au profit de l’apprentissage des connaissances. De plus, les enseignants qui travaillent en collaboration avec le documentaliste pensent que le CDI permet d’apprendre "autrement."  La grande différence c’est qu’au CDI, on ne fait pas un cours de façon magistrale. De plus, ce qui change, c’est que, le documentaliste s’attache à transmettre des savoir-faire par un intermédiaire : le document.

Comme les autres enseignants, au CDI, nous contribuons à former des citoyens en apprenant aux élèves à développer leur regard critique face à l’information.

II - Documentation et Histoire : notre travail de collaboration

Si, pour les documentalistes, travailler en équipe est "naturel", ce n’est pas nécessairement le cas pour les enseignants de discipline. Le plus souvent, le documentaliste doit « vendre » son travail, pour exister ; alors que comme le fait remarquer une enseignante de discipline, "ce n’est pas inscrit dans notre programme. "

Mme Jacob, m’a d’ailleurs prévenue avant la première séance : "Je ne sais pas comment travailler avec un documentaliste ; Comment travaille t-on au CDI ? " Cette ignorance n’a pas été un obstacle. Travailler à deux, peut-être parce que nous sommes stagiaires, eut pour nous un effet rassurant. L’utilisation du CDI en histoire, favorise un travail davantage axé sur la recherche de documents essentiel surtout lorsqu’on se réfère à la nature même de l’épreuve d’étude de documents au baccalauréat.

A - Naissance du projet : Notre travail en amont de la séquence

Nous travaillons ensemble en ECJS. Je lui propose une séance avec une recherche sur des documents sur le sujet suivant : "A 16 ans a-t-on les droits d’un adulte ou ceux d’un enfant ? " Nous préparons des séances avec les élèves en demi-groupe afin qu’ils réalisent un dossier documentaire et qu’ils se préparent pour un débat.

Le travail est un succès. Les élèves aiment venir au CDI. Nous remarquons cependant des élèves qui ont des difficultés de lecture, de compréhension des documents. Nous décidons de réagir et de réaliser d’autres séances en histoire en axant notre travail sur la méthode d’une part et sur l’appropriation des connaissances. Le thème de recherche est la période de la Renaissance. Nos objectifs sont de leur transmettre une méthode de recherche et des méthodes ré exploitables.

1 - Préparation des séances : une fiche de séance

J’ai élaboré une fiche qui permet à deux enseignants de fixer au préalable leurs conditions de travail, leurs objectifs, la durée de la séquence… Cette fiche permet de mettre par écrit les attentes des enseignants. Cette feuille constitue pour moi la base d’un travail en commun au CDI. Elle me permet de connaître les attentes du ou des professeurs associé(s) au projet et permet également à ce(s) dernier(s) d’appréhender les différentes possibilités de travail au CDI. Cette fiche est en fait une référence de travail, une proposition, pour l’enseignant qui n’aurait pas l’habitude de travailler avec un documentaliste. Cette feuille est remplie conjointement ; puis nous photocopions cette feuille, de façon à ce que chaque intervenant ait son exemplaire.

Conserver toutes ces fiches de préparation de séance permet de visualiser l’historique du travail de l’année. Cela permet de montrer à d’autres enseignants, à des stagiaires, au proviseur ou aux inspecteurs, la variété d’activités que nous effectuons au CDI. De plus, cette fiche permet de ne rien oublier lors de la première séance. Mon expérience m’a révélé combien le travail de concertation était important et nécessaire pour organiser une séance.

2 - Rassembler les outils nécessaires à la recherche documentaire

Avant de demander aux élèves d’effectuer une recherche documentaire au CDI, le documentaliste et l’enseignant établissent une première liste de documents, tous supports confondus, susceptibles d’être utilisés. Les enseignants s’assurent ainsi à l’avance que le fonds documentaire est suffisamment fourni dans le domaine étudié. Eventuellement, le documentaliste peut se procurer des documents manquants. Les documents listés doivent être non seulement pertinents par rapport à la recherche demandée, mais aussi adaptés au public, en l’occurrence des élèves de seconde. La nature des documents doit être aussi variée que possible, afin de répondre à l’hétérogénéité de la classe par rapport aux usages.

Dans le cadre de notre séquence nous décidons de travailler uniquement sur supports imprimés : usuels manuels et documentaires, excluant d’emblée l’outil internet, au moins au CDI. Nous écartons la recherche d’informations sur internet pour plusieurs raisons. D’abord, nous voulons utiliser l’ensemble des documents du CDI avant d’aller chercher au-delà. Puis, nous avons remarqué lors des séances antérieures en E.C.J.S. que ces élèves ont des difficultés avec l’écrit et la lecture en général. En effet, ils ont du mal à donner du sens à ce qu’ils lisent. Aussi, avons-nous jugé qu’internet n’était pas un support facile à utiliser et aurait demandé davantage de temps pour initier les élèves. Nous avons donc choisi de rechercher des informations sur support papier et sur cédérom. Le cédérom, support "off line", est différent d’internet. Il possède un cadre, une limite de consultation. La consultation sur cédérom est plus aisée, même si l’usage demande une certaine connaissance de l’informatique. L’élève ne s’y perd pas ou moins, que sur internet. Or, tous ne savent pas se servir de l’outil informatique. Les usages sont très différents, certains n’utilisent jamais d’ordinateur. On peut parler, pour ces élèves là, d’ "illettrisme" face à l’écran. En conséquence, nous décidons de consacrer une prochaine séquence à la recherche sur internet, en fin d’année. Ceci étant, nous n’interdisons pas à ceux qui le souhaitent de rechercher sur internet pour compléter leur étude.

B - Notre travail pendant les séances et entre les séances

1 - Notre travail pendant les séances

Prise de parole et consignes

La difficulté majeure fut la prise de parole pendant les séances. Ne pas connaître les élèves m’empêche de m’adresser individuellement à eux. Toutefois, au fur et à mesure des séances, cette difficulté s’estompe.

Le documentaliste et l’enseignant déterminent, en concertation, qui va parler et à quel moment : le documentaliste intervient-il seul ? Avec l’enseignant ? En alternance ? Il est nécessaire de dire aux élèves ce qu’ils peuvent attendre de l’un ou de l’autre, et de préciser le rôle de chacun. Une différence est apparue quant à notre façon de travailler : j’imprime des fiches d’exercices ou des fiches de méthodologie pour les élèves alors que Mme Jacob préfère dire les consignes à l’oral et les faire écrire par les élèves.

Nous avons discuté de ces différentes manières de procéder. Est-ce plus judicieux de faire noter par les élèves les notions importantes ou bien de les lire ensemble pendant le cours ?

Interventions auprès des élèves

Nous passons d’un groupe à un autre pour le suivi de chaque groupe. Chaque enseignant insiste sur des notions précises selon ses objectifs pour la séance. Aussi, il m’est apparu que certaines séances étaient plus axées sur un contenu disciplinaire, alors que d’autres, étaient plus orientées sur les techniques documentaires. Forcément, le début du travail est davantage axé sur la recherche et le tri des documents. Les enseignants n’ont pas les mêmes attentes, ils sont complémentaires. Les besoins des élèves sont divers et notre complémentarité permet de répondre à la variété de leurs questions. Notre travail de collaboration, d’équipe, permet de diversifier nos pratiques, face aux élèves. Les interventions sont davantage individuelles et répondent à l’hétérogénéité de la classe.

Être deux, face à une classe accentue notre force. C’est en quelque sorte un cours bicéphale. La redondance des consignes et un vocabulaire différent permettent aux élèves de mieux appréhender ce qui leur est demandé. Si le plus souvent, un élève de seconde a besoin d’un temps d’adaptation pour intégrer ce qui lui est demandé, là, de part notre dualité, notre complémentarité, ce temps est réduit. L’intervention à deux demande une certaine connivence entre les deux enseignants pour éviter les désaccords. Nous observons des situations où un élève demande consécutivement à l’un, puis à l’autre, un renseignement pour voir si ce sera la même réponse. Ainsi, Fatoumata me demande : "Madame, est-ce que je peux faire comme ça ? – Non, je pense que… -Mais Madame Jacob m’a dit que…"

Les recherches des élèves

Nous décidons de garder au CDI tout ce qui a servi pendant la séance : feuilles d’exercices, brouillons, recherches, documents. Nous évitons ainsi la perte ou l’oubli des documents à la maison. Conserver tous les documents au CDI, permet à ceux qui le souhaitent de venir travailler pendant leurs heures de liberté.

Ce système nous permettait également d’évaluer la progression des groupes. Néanmoins, il manque à mon avis, une trace écrite de leur passage au CDI. Je pense qu’il serait formateur pour eux, d’écrire comment on utilise l’encyclopédie multimédia ou la méthodologie pour l’élaboration d’un panneau d’exposition ou d’un dossier documentaire. Nous pouvons penser que certains ont gardé les feuilles polycopiées que je leur ai distribuées, mais un cahier de méthodologie pour le CDI me paraît être une aide indispensable pour leur travail personnel. Une référence à laquelle ils pourraient se reporter, en seconde, comme en première et en terminale. Car c’est un ensemble de méthodes qu’ils retrouveront et réutiliseront dans plusieurs disciplines au lycée, dans la perspective du baccalauréat. Je pense entre autres, à la méthodologie pour rédiger une problématique, pour élaborer un plan, etc.

2 - Transmettre des méthodes

La documentation doit permettre aux élèves d’avoir une vision systémique de leur travail, des disciplines enseignées. La documentation peut donner une vision d’ensemble des enseignements, de ce que chaque enseignant attend d’eux. Cependant, les élèves doivent comprendre qu’il faut établir des liens entre les disciplines ; beaucoup de choses se recoupent. D’une discipline à l’autre, l’élève doit établir des passerelles. Les méthodes font partie de ces savoirs exploitables dans différentes disciplines. On parle de savoirs transversaux. J’ai relevé tout au long des séances tous les savoirs transversaux utilisés. Je vous les présente donc de manière chronologique. Ces savoirs, je les ai transmis en tant que méthodes utilisables dans toutes les disciplines. A chaque séance, je me fixe comme objectif de mettre en œuvre plusieurs savoirs transversaux. Nous remarquons que cette progression dans le travail correspond aux étapes de la recherche documentaire.

Je veux indiquer ici que ces méthodes mises en œuvre par les élèves durant sept séances sont des pratiques dont ils doivent s’imprégner dans l’objectif du baccalauréat et même après dans leurs études. Ces méthodes sont des clés pour leur réussite. Bien sûr, elles ne se suffisent pas en elles même, mais elles permettent une meilleure organisation, une rigueur, une autonomie de l’élève dans son travail. Je sais bien que chaque discipline a ses propres méthodes ; mais je parle ici de méthodes communes à toutes les disciplines, des méthodes à caractère transversal.

Beaucoup d’élèves ont saisi qu’il y avait un cheminement. De séance en séance, ils perçoivent une continuité, une logique qui les incite à être plus rigoureux. La prise de conscience des méthodes a profité à plusieurs élèves, au fur et à mesure des séances, ils comprennent l’intérêt des méthodes ; le plus souvent, elles sont perçues comme des pratiques pour aller plus vite et être plus efficace.

Les élèves sont demandeurs de ces méthodes, de ces clés pour travailler, bien qu’ils ne sachent pas trop comment les utiliser. Ils n’ont pas l’habitude que l’enseignant s’attache aux méthodes. Aussi se concentrent-ils sur le résultat de la recherche et non sur le moyen pour y parvenir. Il faut donc leur expliquer, avant de commencer, que nous tenons compte dans l’évaluation, à la fois du contenu disciplinaire acquis et de leur méthode de travail.

Je constate à travers leurs questions qu’ils n’ont pas l’habitude de travailler au CDI, et qu’ils n’ont pas, pour la plupart, le réflexe d’utiliser une méthode précise de travail.

3 - Notre travail d’analyse à la fin de chaque séance

A chaque fin de séance, nous faisons systématiquement le point. Nous soulignons ce qui ne va pas et ce qui a été réalisé avec succès. La séance avec le premier groupe permet d’éviter des erreurs avec le second groupe. Nous visualisons ainsi la progression générale de la classe ; nous ajustons l’emploi du temps de la séquence. C’est ainsi que pour mener à bien cette séquence, il nous faut ajouter une ou deux séances. De ce fait, les 23 et 30 janvier 2003, nous prévoyons de reprendre les élèves pour finir la séquence. Ainsi, la sortie au musée de la Renaissance, prévue depuis le début, survient juste à la fin de la séquence et juste avant le contrôle de connaissances.

A partir des objectifs définis en début de séance, nous analysons dans quelle mesure ils ont été atteints selon les groupes. Nous rebondissons à la séance suivante sur ce qui a été mal compris pour éviter de sauter des étapes. Nous nous attachons à garder un suivi des groupes et nous faisons attention à ce qu’il n’y ait pas trop de décalage entre les groupes.

En fin de séquence, nous remarquons que deux groupes sont nettement plus avancés que les autres. Nous leur signalons qu’ils peuvent profiter de ce temps d’avance pour approfondir leur recherche, peaufiner, travailler la technique du panneau d’exposition, la présentation… mais nous observons que notre remarque n’a fait que ralentir leur travail et accélérer celui des plus en retard !

Rebondir sur ce qui a été fait lors de la dernière séance permet de lire de façon linéaire la méthode. Bien que les objectifs des séances soient fixés depuis le début de la séquence, nous adaptons chacune des séances en fonction du travail des élèves. Nous nous appuyons largement sur ce qui a été compris pour avancer. La progression de l’élève en est d’autant plus solide.

A chaque fin de séance, nous évaluons les élèves. Nous avons cherché à évaluer la méthode utilisée par les élèves. Notre principal souci tient en une question : Comment se sont-ils approprié des savoirs ?

C - Évaluation des élèves

Cette évaluation conçue comme processus d’accompagnement de l’élève dans ses apprentissages est couramment présentée sous le terme d’évaluation formative.

1 - Évaluation des élèves par les enseignants

Notre évaluation consiste à prendre en compte le travail des élèves, leur progression tout au long des semaines. Evaluer à chaque séance est aussi un moyen de faire face au fort taux d’absentéisme. Nous avons défini des objectifs clairs et précis au préalable. Ainsi, nous attribuons une lettre : A, B ou C, à chaque élève, en fonction du travail fourni pendant la séance. Nous vérifions donc si les objectifs sont atteints. Il est bien précisé que la lettre est individuelle et non destinée à l’ensemble du groupe, pour éviter que certains élèves ne se cachent derrière un camarade qui a travaillé.

Cette lettre, nous la leur donnons en début de séance pour qu’ils sachent où ils en sont et dans quel sens ils doivent poursuivre leur travail pour cette nouvelle heure.

Ces lettres sont des encouragements au travail. Nous les attribuons en commun avec Mme Jacob et nous sommes toujours d’accord sur le travail des élèves. Mme Jacob centre son évaluation sur les connaissances apprises sur leur sujet et, de mon côté, j’évalue la méthode utilisée. L’évaluation porte donc sur les savoirs, mais aussi sur les savoir-faire.

Pour évaluer les élèves, nous nous sommes interrogées sur les compétences de l’élève, sous la forme suivante : "L’élève sait-il ?" Nous avons rédigé un ensemble de critères qui reprennent les objectifs fixés pour la séquence. L’élève doit comprendre l’intérêt de maîtriser une méthode de travail. Le plus souvent les élèves ne comprennent que plus tard, en université ou dans leur vie professionnelle l’intérêt de structurer sa pensée, son travail.

Les élèves ont rencontré beaucoup de difficultés au moment de la restitution de leur recherche. Certains groupes avaient tous les éléments de réponse mais ils n’ont pas su synthétiser leurs idées. En fait, les connaissances sur leur sujet étaient souvent décontextualisées. Ils avaient des savoirs sur la Renaissance mais n’arrivaient pas à les exploiter, à les relier, à les communiquer à l’ensemble de la classe.

A l’intérieur du groupe « Education à la Renaissance », les élèves se sont réparti le travail et ne sont pas parvenus à mettre en commun leurs informations. Il leur manquait une vision d’ensemble de leur travail.

Le travail en groupe se révèle profitable pour de nombreuses raisons. Pour sortir d’un blocage, le groupe est une source de stimulation, le fait de s’attaquer avec d’autres à une même tâche permet de prendre du recul par rapport à ses problèmes et incite à se remettre au travail.

Quand Aurélie demande "Qu’est ce que c’est, un mécène ? " Elle écoute les membres du groupe qui lui expliquent. Elle ose poser des questions aux autres élèves ; des questions non soulevées en classe mais qui voient le jour dans le travail de groupe.

Nous observons que le groupe permet une meilleure mémorisation. Le contact avec autrui produit une implication affective ; la mémoire garde une trace de cette expérience et enregistre plus aisément les reformulations effectuées par chacun dans son propre langage.

Enfin, je constate que le travail en groupe est un bon entraînement à la communication. Les échanges permettent à chacun de se préparer pour l’exposé oral devant la classe et de prévoir les questions à venir.

2 - Évaluation des élèves par les élèves eux-mêmes

Nous choisissons de faire évaluer les exposés des élèves par les élèves. Je tiens à indiquer ici que la classe de 2nde 1 constitue un groupe dans lequel règne en général, une bonne ambiance de travail. Précisons tout de même que le groupe qui vient le matin de 8h30 à 9h30 est chaque fois plus concentré que celui qui vient de 16h à 17h. (Les groupes viennent une semaine sur deux le matin)

Un groupe évalue le panneau et l’exposé réalisé par un autre groupe, selon des critères que nous avons fixés au préalable. Nous ne leur avons pas soumis la grille d’évaluation avant leur passage à l’oral, mais ils savent ce qui est évalué puisque nous leur avons répété sous forme de consignes orales et écrites à chaque séance, essentiellement lors de la dernière séance consacrée à la réalisation du panneau.

III - Une collaboration à renouveler et à améliorer

A - Un bilan positif pour les élèves

1 - Prise de conscience de l’utilité des méthodes

Les élèves cherchent à comprendre l’utilité d’un travail préalable de recherche. Ils s’interrogent tant sur la méthode de recherche documentaire que sur les méthodes de travail en général.

"Madame, à quoi ça sert la recherche documentaire ? Ça sert à quoi de savoir rechercher ?"

Il faut quotidiennement expliquer aux élèves que rechercher c’est chercher à connaître ce qui est peu ou mal connu. Leur expliquer que la recherche documentaire est comparable à l’ensemble des activités, des travaux scientifiques, auxquels se livrent les chercheurs. Ainsi, tels des chercheurs, les élèves doivent fouiller, tâtonner, pour saisir des informations sur leur sujet et vérifier si ces informations sont valides et justes.

Savoir rechercher et communiquer des informations sert à réaliser un exposé, rédiger un rapport de stage, un mémoire, à monter une exposition, élaborer un dossier documentaire. C’est un savoir-faire auquel on fait appel tout au long de la vie.

L’élève doit s’approprier l’information, la sortir d’un contexte sans la modifier puis l’introduire dans un autre contexte : son travail. Cette information vient alimenter, vérifier son message. Pour cela, les données doivent être récoltées au préalable et retravaillées pour apparaître ni déformées de la réalité, ni copiées, ni plagiées, ni amplifiées…

- "A quoi ça sert des méthodes ? " hasarde Frédéric.

Tout d’abord ça sert dans toutes les disciplines ! Et puis, ça sert à s’organiser, à gagner du temps en regroupant des tâches, en les hiérarchisant. C’est gagner en efficacité, en se fixant des priorités. Enfin, avoir des méthodes ça permet de développer son esprit de synthèse. L’habitude d’utiliser des méthodes, de s’organiser dans son travail, structure l’esprit.

L’élève apprend à organiser ses idées

Après la sélection des documents sur un sujet, la difficulté majeure pour les élèves consiste à organiser, trier les informations sélectionnées. Geneviève Lefort explique dans son ouvrage Savoir se documenter, que la méthode de travail qu’utilise un élève pour acquérir des connaissances, "est l’un des facteurs de sa réussite. " Elle constate que les opérations, de reformulation ou de résumé assurent un apprentissage plus satisfaisant.

Et c’est cette difficulté qu’ont rencontrée les élèves. Ils ont eu beaucoup de mal à organiser, structurer leur pensée. Ils attendent de la part des enseignants, une aide précieuse dans ce domaine. Je remarque que faire noter leurs idées leur permet de visualiser une première ébauche de plan.

2 - L’intérêt d’un cours " bicéphale"

Une équipe est un groupe de personnes qui possèdent des compétences complémentaires et qui partagent des objectifs communs, et une même façon d’aborder une situation, pour lesquels elles se sentent mutuellement responsables et interdépendantes. Les membres de l’équipes vont mettre en œuvre des méthodes et des pratiques pour parvenir à leur but commun. L’équipe que nous formons Mme Jacob et moi est une équipe temporaire qui est dissoute à la fin de notre mandat. Nous avons décidé de travailler ensemble pour une durée de six semaines avec les élèves de 2de1. Par la suite, l’équipe que nous formons n’existera plus, à moins de mener un autre projet en commun. Cependant, nous avons choisi de prolonger ce temps de collaboration en menant ce projet de mémoire commun.

Travailler au CDI, assister à un cours « à deux têtes », pour les élèves, c’est sortir de la routine. C’est leur donner une cohérence dans le discours des enseignants. C’est également leur offrir une chance d’être acteur de leur apprentissage. Etre deux devant une classe, donne une dynamique au cours. Travailler en équipe n’est pas une obligation, c’est un choix. Former une équipe c’est pour réaliser un projet c’est que nous avons un but à atteindre. Avec Mme Jacob, nous formons une équipe avec l’objectif de répondre aux besoins d’une classe. Ce sont des besoins de méthodes. Il me semble que les élèves ont la sensation qu’on se soucie d’eux, et qu’ils travaillent d’autant. Notre collaboration est une guidance. Nous leur « mâchons » le travail, mais c’est pour qu’ils comprennent comment, par la suite, ils doivent travailler seul.

Mme Jacob et moi avons partagé notre présence auprès des élèves : nous sommes complémentaires et profitons de notre spécificité pour encadrer et guider au mieux les élèves dans leur recherche. Mme Jacob vérifie le contenu et moi j’évalue la démarche pour trouver des informations et leur ré-exploitation pour la travail final de communication à l’ensemble de la classe.

Mon rôle de documentaliste consiste également à établir des ponts entre les disciplines, à créer des liens entre les savoirs. Nous connaissons les programmes des différentes disciplines et savons ce qu’ont abordé les enseignants. Le thème de la Renaissance étudié ici dans le cadre de l’histoire est également étudié en cours de français. J’ai donc essayé de faire appel à des connaissances d’une autre discipline que l’histoire. C’est essayer de ne pas enfermer les connaissances dans une discipline mais d’ouvrir et de pousser les élèves à vouloir en savoir davantage sur le sujet. Les intéresser au-delà des disciplines.

3 - L’appréhension d’une culture

La visite du musée doit faire écho aux connaissances apprises durant cette séquence. Chaque thème étudié est rapidement explicité à la conférencière. Elle met l’accent durant la visite, sur tous ces thèmes. Cette visite procure aux élèves un développement de leurs facultés intellectuelles, de leurs représentations mentales, c’est pour eux un véritable enrichissement personnel.

B - Difficultés rencontrées pendant la séquence

1 - Spécificités d’un travail au CDI

Particularismes d’un travail au CDI

Un cahier élève pour le CDI

J’ai pensé qu’il aurait fallu un cahier propre à cette séquence pour y faire noter par les élèves des méthodes, des notions. Ce cahier personnel, comme le carnet de bord dans le cadre des T.P.E. leur auraient permis par exemple, de noter des titres de livres ou de revues, entendus à la radio ou vus à la télévision ou encore des adresses de sites web consultés chez eux.

Gestion du temps

Les élèves sont lents, ils ont des difficultés dans la compréhension des documents. Ils ont du mal à dégager les idées essentielles d’un texte. Pour eux, prendre des notes consiste à recopier tout ou partie d’un texte. Notons aussi que l’absentéisme de certains élèves a provoqué un déséquilibre entre les groupes.

La gestion du temps devient difficile lorsque les élèves se noient dans les documents. S’ils ont trop de documents, qu’ils n’arrivent pas à trier les informations, alors ils perdent beaucoup de temps.

L’élève qui ne veut pas travailler en groupe

Il faut fournir un travail à cette élève qui n’aime pas les sujets qui lui sont proposés. Elle veut travailler seule ou ne pas travailler du tout. Elle refuse tout en bloc. Afin de ne pas l’exclure du travail nous finissons par lui proposer un thème à travailler seule. Ce qu’elle fera finalement, sérieusement même ! Mais nous la pénaliserons pour ne pas avoir respecté les consignes de travail en groupe.

Problèmes liés au CDI

Écrire au tableau

L’utilisation d’un tableau nous aurait certainement aidées à clarifier nos explications. De plus, écrire les idées essentielles au tableau, aurait permis de donner un cadre à notre propos auquel les élèves sont habitués et un support auquel ils auraient pu se référer.

Manque de documents sur le sujet

Nous avons dû nous contenter des documents trouvés sur les manuels scolaires et sur l’encyclopédie multimédia. Le fonds n’étant pas suffisant, nous avons eu recours à notre bibliothèque personnelle voire aux bibliothèques de la ville de Paris. J’aurais aimé acheter pour l’occasion quelques ouvrages pour le CDI mais le budget ne nous l’a pas permis. J’ai donc laissé les suggestions sur la prochaine commande d’ouvrages, en prévision d’une autre séance sur la Renaissance ; ou tout simplement pour les curieux ou les passionnés de cette période.

2 - Le documentaliste, un enseignant pas comme les autres

Difficulté d’évaluer en documentation

Rappelons que le documentaliste n’a pas de classe comme les autres enseignants. Le documentaliste n’a pas non plus de programme à transmettre. Cependant, en pratique, les documentalistes donnent des cours de techniques documentaires, ils enseignent la documentation : comment utiliser un dictionnaire, une encyclopédie ; expliquent comment trouver une information parmi une multitude d’informations. Ainsi, pendant mon stage de pratique accompagnée, au collège Diderot à Aubervilliers, j’ai assisté à des cours au CDI. Les documentalistes, enseignent une entrée dans le document et un accès au document.

Généralement, le documentaliste ne note pas les élèves comme les autres enseignants. Sur le bulletin scolaire, il n’y a pas une ligne spécifique pour le CDI. Alors, doit-on noter les élèves ? Je me suis posé la question, et il m’apparaît clairement que dans un travail en équipe, l’évaluation de l’enseignant ne porte pas sur les mêmes critères que ceux du documentaliste. Il me semble qu’il faut prendre en compte les critères d’évaluation du documentaliste. Notre métier évolue, et le documentaliste, même s’il ne transmet pas un cours de documentation, joue un rôle important dans la transmission d’une méthode de recherche documentaire et de méthodes transversales. Il faut souligner son rôle notamment dans les nouveaux dispositifs pédagogiques mis en place en lycée en E.C.J.S. et dans le cadre des T.P.E. et en collège concernant le B2i et les I.D.D..

Le documentaliste intervient devant une classe

Si c’était à refaire, je me demande s’il n’aurait pas fallu faire des séances pendant lesquelles j’aurais été seule avec la classe pour insister sur certaines notions documentaires. Bien sûr, nous n’avons pas de programme d’enseignement, comme je l’ai déjà souligné, et les élèves n’ont pas d’heure prévue pour étudier la méthodologie documentaire dans leur emploi du temps. Cependant, il m’aurait parut intéressant à différents moments de la séquence d’insister sur des notions peu claires et pourtant essentielles. Je pense notamment à la rédaction de la problématique ou à la validité de l’information tirée d’internet ou encore à des notions sur les droits d’auteurs. Ces notions ont été évoquées à l’oral mais jamais discutées avec les élèves, de manière à ce qu’ils en saisissent le sens réel.

Documentaliste, qui es-tu ?

Quand un documentaliste accueille une classe au CDI, le plus souvent, le CDI est fermé pour les autres élèves. Or, ce n’était pas le cas et il est arrivé que des élèves viennent m’interrompre dans ma séance pour me demander un renseignement, une aide ponctuelle ou pour un prêt. Ils ne comprennent pas que je suis avec une classe et que je ne peux pas répondre à leur besoin dans l’immédiat.

Je suis pendant un temps, la documentaliste qui répond à des questions ponctuelles, disponible en quelque sorte pour n’importe quelle demande et puis d’une heure à l’autre je suis enseignante pour une classe et seulement pour cette classe.

« Vous êtes prof ? Mais, prof de quoi ? »

Je suis « prof du CDI. » J’apprends à rechercher une information dans une montagne d’informations.

Conclusion

 Travaillons autrement pour l’élève : car l’élève est au cœur de notre activité. Sans lui, notre métier perd son sens. A quoi bon penser un travail qui ne prendrait pas l’élève en considération ? Ce mémoire a tenté de montrer une façon de travailler autrement, en collaboration et dans quelle mesure ce fonctionnement peut être favorable à l’élève. C’est l’élève qui récolte les fruits de ce partenariat. Les enseignants sont plus disponibles et plus à leur écoute. Comme ils sont mieux encadrés, les élèves sont davantage attentifs. Par ailleurs, la collaboration peut apporter aux élèves des méthodes, de la rigueur : paramètres essentiels dans la progression vers un idéal de travail en autonomie.

Travailler autrement, travailler avec l’autre, en collègues, cela permet à l’enseignant de diversifier ses pratiques, de confronter ses méthodes de travail, de partager des idées, de dynamiser un cours, de l’ouvrir vers l’extérieur, au sens propre et au figuré, de donner une nouvelle approche à sa discipline, d’avoir un autre regard sur ses élèves.

Travailler autrement, c’est aussi travailler avec d’autres supports : des images, des photographies, des graphiques, des cartes pour comprendre et illustrer un cours. C’est aussi travailler à un autre rythme ; ainsi on peut aller chercher la définition d’un mot dans un dictionnaire, ou l’illustration d’un concept.

Le CDI est un lieu qui permet de comprendre l’usage des différents types de documents, d’avoir un regard critique face aux différentes informations. Le documentaliste forme, comme les autres enseignants, de futurs citoyens.

Enfin, travailler en collaboration avec d’autres enseignants est un moyen de défaire les représentations que les élèves et quelques collègues ont du documentaliste. Etre face à une classe permet de revaloriser notre image. Par rapport aux élèves, c’est le fait de les noter qui pourra faire de nous de « vrai(e)s » enseignant(e)s. Mais à l’évidence, mener des séances, change le regard de notre entourage, enseignants ou élèves, sur le documentaliste que nous sommes.

Le documentaliste fait partie intégrante de l’équipe enseignante. Cela permet d’offrir aux élèves une autre manière de travailler, une autre façon d’accéder au savoir. Le documentaliste encourage la collaboration entre enseignants, il développe avec ses collègues une ouverture des disciplines vers l’extérieur, plutôt que de les laisser s’enfermer dans un contenu stricto sensu disciplinaire. Participons activement au croisement des disciplines !

Bibliographie

Accart, J.P. / Réthy, M.P. Le métier de documentaliste. Editions du Cercle de la Librairie, 1999.

Bayard-Pierlot, Clés pour le CDI. Hachette, 1994.

Bayard-Pierlot, J. / Birglin, M. Le CDI au cœur du projet pédagogique. Hachette Education, Pédagogies pour demain, 1991.

Chevalier, B. / Colin, M. Exploiter l’information au CDI. Rencontres pédagogiques, 1991, n°29.

Chevalier, B. Méthodologie d’utilisation d’un centre de documentation. Hachette, 1990. (Pédagogies pour notre temps)

Cousinet, R. Une méthode de travail libre par groupes. Le Cerf, 1949.

Houssaye, J. coord. Questions pédagogiques. Hachette éducation, 1999.

Lefort, G. Savoir se documenter. Edition d’organisation, 1990.

Mahieu, P. Travaillez en équipe. Hachette Education. Pédagogies pour demain, 1992.

Monthus, M. Apprendre l’autonomie au CDI. Hachette Education. Pédagogies pour demain, 1997.

Webographie

http://www.cafepedagogique.net/

Site de l’actualité pédagogique sur internet réalisé par un collectif d’enseignants indépendants. On y trouve des dossiers d’actualité concernant aussi bien l’enseignement primaire que le secondaire.

Site ressource et liens utiles pour les disciplines.

http://www.ccr.jussieu.fr/urfist/cerise/index.htm

C.E.R.I.S.E. : Conseils aux Etudiants pour une Recherche d’Information Spécialisée Efficace. Site : guide de formation à la maîtrise de l’information.

http://www.cndp.fr/accueil.htm

Site du C.N.D.P. (Centre National de Documentation Pédagofique) rebaptisé S.C.E.R.E.N. : Services Culture Editions Ressources pour l’Education Nationale.

http://www.education.gouv.fr.index.php

Site du ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche.


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