Le ciel à travers les mythes

Maria Mendès, 2002


Enseigner, éduquer, former

Niveau : École élémentaire (CM1 – CM2)
Mots clés : Interdisciplinarité, Lecture, Production de textes


INTRODUCTION

I – La mythologie

1.1 Définition et intérêt de la mythologie

1.2 Pourquoi lier mythologie et astronomie ?

II - Description et analyse des activités menées en classe

2.1 Présentation du projet 

2.2 Lecture

III - Mise en place et déroulement du projet

3.1 Activités en français

3.2 Activités en histoire et en sciences

3.3 Activités appartenant à d’autres domaines

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

 

INTRODUCTION

Au cycle III, la lecture doit être privilégiée sous toutes ses formes en n’oubliant jamais qu’elle est à la fois une nécessité, un instrument de travail et une source de plaisir. Il s’agit donc de compléter les apprentissages du cycle II tout en les approfondissant. Mais comment procéder pour que les enfants qui n’aiment pas lire y prennent goût ? Suite à cette préoccupation essentielle dans notre métier d’enseignant, je me suis replongée dans mes souvenirs d’enfance puis me suis interrogée sur mes propres motivations de l’époque. Je me suis alors rappelée que j’aimais beaucoup lire les contes et tous les récits parlant de héros et de phénomènes magiques. De plus, j’ai toujours été fascinée par les mythes depuis que je les ai découverts en CM2 car je me rappelle avoir participé, avec ma classe, à un spectacle musical mettant en scène Les douze travaux d’Hercule. J’ai pu ensuite compléter ma connaissance des mythes grecs en suivant des cours de latin et une petite initiation au grec ancien fondée sur des versions et des thèmes traitant de la mythologie gréco-latine. J’ai, par la suite, continué à lire de nombreuses légendes en y puisant un réel plaisir. C’est pourquoi, il m’a semblé intéressant de travailler sur le thème de la mythologie avec les enfants, plutôt que d’aborder à nouveau les contes, avec lesquels ils sont familiarisés depuis leur plus tendre enfance.

Je pense que des lectures fondées sur les mythes peuvent provoquer un certain enthousiasme et constituer un moteur pour beaucoup d’enfants. Je souhaite que les élèves comprennent que la lecture n’est pas un simple exercice mais qu’elle peut procurer beaucoup de joie et de plaisir. De plus, l’étude des mythologies aide à mieux comprendre le passé des civilisations. Complétant les travaux des historiens et les découvertes des archéologues, les mythes donnent de précieux indices sur la pensée d’un peuple, ou encore sur l’art de vivre d’une société. Connaître tel ou tel mythe, permet de découvrir les coutumes et les valeurs du peuple dont il est issu, et d’établir des comparaisons entre différentes cultures. Les mythes permettent aux élèves de découvrir une certaine culture et d’accéder à des clefs qui les conduiront à mieux comprendre les sociétés antiques mais aussi les chefs-d’œuvre de la statuaire, de la peinture et du théâtre. Les mythologies du monde entier diffèrent souvent dans leurs détails mais il est frappant de voir combien les thèmes essentiels se ressemblent. Tous les peuples se sont posé des questions semblables à propos de l’univers, de la création des hommes et des animaux… Ils ont donc engendré des mythes pour expliquer les phénomènes qui les entouraient et qu’ils ne comprenaient pas. C’est pourquoi dans toute civilisation, il existe des légendes qui parlent de la création de la Terre et de l’homme.

Au cours de mon stage en responsabilité, j’ai choisi de travailler sur les mythes évoquant les astres et les planètes afin de susciter la curiosité des élèves sur ce sujet et d’impliquer les élèves dans un projet interdisciplinaire fédérateur. Ce thème permet de comprendre que le mythe naît du besoin instinctif qui pousse l’homme à chercher la raison des phénomènes naturels, car de tous temps, les hommes ont vécu sous le Soleil, la Lune, les étoiles et ont inventé des histoires pour expliquer leur naissance et leurs fonctions. Ce mémoire présente le travail que j’ai réalisé au cours de ce stage et s’articule en deux parties principales :

1°) Une définition de la mythologie et son influence sur l’astronomie.

2°) Une description de ma pratique pédagogique et une analyse critique de mes séquences.

I – La mythologie

1.1    Définition et intérêt de la mythologie

Le terme de mythe vient du grec muthos qui signifie paroles, discours. Aujourd’hui, la mythologie englobe l’ensemble des mythes propres à un peuple, hérités d’une tradition orale, ainsi que leur étude, leur analyse. Le mythe est né du besoin instinctif qui pousse l’homme à chercher la raison des phénomènes naturels qui l’entourent. Et comme nous le savons le ciel a toujours fait partie du paysage. Donc les hommes se sont posé des questions sur l’origine des astres qui rythmaient leur vie et ont créé de nombreux mythes à leur sujet.

1.2 Pourquoi lier mythologie et astronomie ?

Après avoir lu de nombreux mémoires sur la mythologie, j’ai pu constater l’impact et le plaisir évident que les enfants éprouvaient au contact des mythes. Bien entendu, la mythologie grecque est une des mythologies (avec les mythologies égyptienne et celtique) les plus connues dans notre civilisation occidentale. Elle est étroitement liée au vocabulaire astronomique et domine le domaine de la culture et des arts.

Dans les programmes de 1985, il est question qu’un élève de 6ème étudie des textes issus de l’héritage antiquecar le programme en histoire est consacré au monde antique. Les élèves découvrent alors l’Egypte, la Grèce, Rome, les débuts du christianisme, etc. C’est pourquoi, il est important de faire entrer, dès leur plus jeune âge (au cycle III), les élèves dans cette culture pour qu’ils aient les clefs qui leur permettront de comprendre la société dans laquelle ils vivent. Cela est d’autant plus important que bien souvent ce sont des élèves issus de parents de nationalité et de cultures différentes.

J’ai donc décidé de me concentrer uniquement sur la mythologie grecque en me replongeant dans des récits que j’avais, en grande partie, oubliés mais qui revenaient à ma mémoire au fil de mes lectures. Cependant, au cours de mon stage de pratique accompagnée, j’ai eu l’opportunité d’aller dans la classe de l’IMF Anne Roy, en CE1 au Bourget. Au cours de nos discussions, nous avons eu des échanges sur mon intention de travailler sur la mythologie et sur le projet qu’elle avait mené avec une classe de CE2, la cosmogonie.

J’ai donc commencé à rechercher les mythes qui traitaient de cosmogonie. J’en ai regroupé un certain nombre, puis me suis demandé comment j’allais organiser mes séances. Lors de mes recherches en bibliothèque, j’ai trouvé un livre intéressant intitulé SOLEIL, LUNE, ETOILES de Mary Hoffman et Jane Ray qui abordait le thème du ciel à travers les mythes. J’ai été immédiatement séduite par ce thème qui permettait de lier la lecture, les sciences, la géographie, l’histoire, les arts plastiques… En effet, le ciel (et en particulier le Soleil et la Lune) est le sujet de nombreux mythes. Les premiers hommes ont été frappés par l’impression d’immensité que donne le ciel. Pendant des millénaires les hommes l’ont regardé, l’ont scruté nuit et jour, et se sont aperçu que des phénomènes réguliers (l’alternance des jours et des nuits, les phases mensuelles de la Lune, le défilement annuel des saisons…) rythmaient la vie terrestre. La nuit, le ciel se peuple de dessins, de figures mystérieuses… Autant de champs ouverts à l’imagination fertile des peuples anciens.

Le Soleil, devenu la plus importante des divinités égyptiennes, portait plusieurs noms. En tant que disque solaire, il était appelé Khépri et il était alors le scarabée géant poussant devant lui le globe solaire. Parvenu au zénith, il devenait Rê. Enfin, à son coucher, il n’était plus que le vieillard Atoum. Il prenait aussi le nom du dieu Horus, dont un œil était le soleil et l’autre la lune. Les Pharaons étaient même considérés comme les descendants du dieu Soleil. Pour les grandes civilisations de l’Amérique précolombienne, le Soleil et la Lune occupaient également la première place dans la conception du monde.

L’homme a également été, de tout temps, émerveillé par la Lune. Son apparition dans le ciel a servi de repère pour certains calendriers (lunaires musulmans et israélites) et pour des fêtes. D’ailleurs certains pays possèdent même des drapeaux où la Lune est représentée (Algérie, Malaysia, Mauritanie, Pakistan, Tunisie, Turquie…). Ce sont essentiellement des pays de religion musulmane, religion dans laquelle les grandes fêtes sont fixées par l’apparition de la Lune.

Dans la plupart des mythologies, la Lune est simplement la compagne du Soleil, douée cependant d’une puissance égale, quoique plus passive. Son influence se fait surtout sentir la nuit et ses phases mensuelles favorisent la croissance des plantes et des animaux. Néanmoins changeante, la Lune porte à la rêverie et à l’inconstance. Elle symbolise l’imagination. La Lune occupe une place très importante dans certains pays (Éthiopie, Arabie) et elle est de sexe masculin car pour ces peuples nomades et caravaniers, c’est la nuit qui est douce, reposante, propice aux voyages… La lune est très fréquemment mentionnée dans le Coran. Elle est comme le Soleil, un des signes de la puissance d’Allah. Son cycle permet le calcul des jours et son calendrier est le régulateur des actes religieux.

Si aujourd’hui, nous savons expliquer, de manière scientifique, les merveilles de la nature, nous n’en continuons pas moins à utiliser des images traduisant de façon concrète ce que nous voyons. Par exemple, nous savons que la lune ne change jamais de taille ni de forme, mais nous parlons toujours de «pleine lune » et de «croissant ». Nous savons également que le soleil reste immobile, et que c’est la terre qui tourne autour de lui ; pourtant nous persistons à dire qu’il se lève  et se couche .

 La mythologie n’est donc pas une fausse science, mais quelque chose d’entièrement différent. Elle nous fait prendre conscience que la vérité scientifique n’est pas l’unique vérité. A travers les histoires léguées par les anciennes cultures, nous apprenons à mieux connaître l’esprit humain – et, donc, à mieux nous connaître nous-mêmes. En développant une mythologie qui lui est propre, chaque culture a défini son caractère et s’est procuré un moyen d’appréhender le monde qui l’entoure. Même si les mythes appartiennent à une culture révolue, ils continuent d’exercer une influence sur les civilisations mondiales en inspirant par leurs thèmes la littérature et les arts visuels, et en nous aidant à approfondir notre connaissance de la psychologie humaine au travers des archétypes qu’ils présentent.

Etudier la mythologie permet de nourrir l’imaginaire et de développer l’imagination. En effet, l’imaginaire est indispensable à l’école maternelle, que c’est le moteur de tout apprentissage car les activités y sont présentées à partir de scénarios fictifs : par exemple, il faut sauter dans les cerceaux pour éviter les crocodiles. En revanche, on n’aborde pas l’imaginaire de la même façon à l’école élémentaire. Pour certains, l’école est un lieu d’enseignement, d’apprentissage et l’imagination ne s’enseigne pas, ne s’apprend pas. Elle se construit et se nourrit en dehors de l’école. Cependant, l’ enrichissement de l’imaginaire figure aussi dans les programmes des cycles II et III au chapitre de l’éducation artistique. On ne peut pas se contenter de donner des techniques et laisser aux élèves la liberté d’imaginer. C’est une capacité qui se travaille. On peut apprendre à regarder, apprendre à rêver.

Les réponses philosophiques, mythologiques sont indispensables pour comprendre le monde qui nous entoure car il fait sans cesse référence à ces mythes. Cependant, ces réponses, si elles sont nécessaires , n’en sont pas moins insuffisantes. On ne peut pas se contenter d’aborder les grandes questions des phénomènes du ciel uniquement du point de vue de l’imaginaire, à partir de l’étude des mythes et des objets, peintures, sculptures qui les illustrent. Il faut aussi aider les enfants à chercher des réponses scientifiques à leur questionnement. C’est pourquoi, il m’a semblé important de lier l’étude de textes mythologiques avec des activités qui relevaient plus de la science.

J’ai eu beaucoup de chance d’avoir une classe de cycle III car c’est à partir de cet âge que les enfants sont sans doute le plus à même de faire la différence entre ce qui relève de la science, du rationnel et ce qui appartient au domaine de l’imaginaire. Un travail de recherche en sciences et en histoire a été conduit à partir du questionnement propre des élèves quant aux phénomènes du ciel. Un travail de recherche en géographie a également été mené : localisation des pays d’où viennent les mythes étudiés. Si j’avais eu plus de temps de stage, j’aurais également aimé étudier les paysages des continents et des pays d’où sont issus ces mythes.

II - Description et analyse des activités menées en classe

2. 1 Présentation du projet 

J’ai effectué mon stage en responsabilité, à l’école Maurice Audin, dans une classe de CE2/CM1 dans la ville du Blanc-Mesnil. Ma première visite m’a rassurée sur le niveau et la diversité de mes futurs élèves. En effet, j’ai pu constater que leur niveau de lecture était suffisamment satisfaisant pour lancer mon projet. Néanmoins, l’école était située dans une ZEP où les élèves étaient difficiles à gérer. C’est pourquoi, il m’a semblé nécessaire de construire un projet de classe dans lequel ils puissent, tous, s’impliquer.

Etablir un projet mêlant la mythologie et l’astronomie m’a semblé être un excellent moyen pour plonger les élèves dans un véritable bain culturel pour qu’ils aient envie d’acquérir des connaissances et pour les motiver. En effet, un travail en projet provoque généralement l’enthousiasme des enfants et leur donne l’occasion de travailler tous ensemble sur un thème commun autour de plusieurs disciplines. J’ ai donc décidé de choisir de regrouper deux mythes de pays dissemblables pour trois thèmes : naissance du Soleil, naissance de la Lune, le phénomènes des saisons

2.2 Lecture 

J’avais décidé de privilégier la lecture plaisir, afin que les enfants puissent s’imprégner de ces histoires et créer leur propre imaginaire, en leur lisant tous les jours Les aventures d’Ulysse, car les enfants sont généralement fascinés par les histoires de héros. Moi-même lorsque j’étais petite, j’ai adoré regarder, à la télévision, la série japonaise Ulysse 31 inspirée de la mythologie grecque. De plus, dans les mangas actuels il y a souvent des références à la mythologie. J’espérais recréer ce même engouement à travers cette lecture qui avait lieu après la cantine, en début d’après-midi. En effet, après le repas, beaucoup d’enfants ne rentrent pas chez eux, ils jouent et mangent dans le bruit et sont donc généralement fatigués et énervés quand ils rentrent en classe. C’est pourquoi, je profitais de ce moment pour leur apporter un peu de calme et leur permettre de se recentrer sur une activité. Je souhaitais que ce moment soit synonyme de plaisir et de détente, c’est pourquoi je voulais les regrouper en les asseyant par terre, comme cela se fait dans les petites classes mais la configuration de la classe, trop petite, ne le permettait pas. Je me suis donc contentée de rabattre les rideaux afin de créer une ambiance particulière. Les élèves restaient assis à leur place et je me mettais face à eux pour leur lire l’histoire. Avant chaque lecture, nous procédions à une phase de rappel de l’épisode précédent. C’était l’occasion pour certains d’exprimer leurs opinions et leurs goûts. Nous essayions également de deviner, d’anticiper ce qui allait se passer au cours de l’épisode du jour. Ensuite, il y intervenait la lecture, suivie d’une discussion pour faciliter la compréhension. Cette lecture ne se faisait pas systématiquement tous les jours, il m’arrivait de leur lire un mythe à un moment où ils étaient particulièrement agités ou pour faire une transition entre deux activités. Cela permettait généralement de les calmer car ils étaient obligés d’être attentifs au récit pour répondre aux questions que je leur posais ou qu’ils pouvaient poser eux–mêmes entre eux.

III - Mise en place et déroulement du projet 

3. 1 Activités en français : Compréhension de textes

Le premier jour de stage, j’ai demandé à mes élèves de se présenter et aussi d’écrire ce qu’ils savaient sur le Ciel, le Soleil ou la Lune ou ce qu’ils aimeraient connaître. En effet, il me semblait important de faire émerger leurs représentations mentales afin de les mettre en situation d’aborder un savoir et d’autres modèles explicatifs. Malheureusement, peu d’élèves répondirent à la consigne. Ils se sont contentés de se présenter. J’aurais sans doute dû séparer les deux consignes. Certains m’ont répondu qu’ils avaient déjà abordé ce sujet avec leur précédent maître et qu’ils ne voulaient rien savoir de plus, alors que d’autres se sont montrés plus curieux et voulaient savoir pourquoi le Soleil brille.

J’ai ensuite préparé dans le fond de la classe un coin mythologie et un coin astronomie. Les élèves avaient le droit d’emprunter les livres pour les emporter chez eux, ou de les lire dès qu’un travail était terminé mais je n’ai malheureusement pas institué de quantitatif de lecture car je n’ai pu regrouper suffisamment de récits. J’ai constaté que certains élèves empruntaient et lisaient ces livres dès qu’ils avaient un peu de temps libre alors que d’autres ne s’y intéressaient pas du tout. J’aurais certainement dû mettre en valeur ce coin en leur lançant des défis de lecture mais le manque de motivation des CM1 m’en a dissuadée. Je pense qu’ils auraient pris cette incitation pour une activité scolaire de plus et ne s’y seraient investis que dans l’espoir d’avoir une bonne note ce qui ne correspondait pas à mes objectifs.

J’avais prévu de faire l’étude d’un certain nombre de textes mais nous n’avons étudié profondément que quatre textes : Apollon et Phaéton, Les apprentis soleils, Les 10 soleils, L’hiver de Déméter. J’ai commencé par le dieu qui symbolise le soleil chez les Romains, Apollon. La mythologie n’est pas une science exacte, car au départ, elle est constituée de légendes, transmises à l’oral, qui varient en fonction du narrateur. Il existe donc différentes versions d’une même histoire. Pour commencer, j’ai donc choisi de distribuer le texte Apollon et Phaéton à l’ensemble de la classe. Nous l’avons tous lu et en avons fait une première analyse collective à l’oral. Je cherchais ainsi à leur faire découvrir la structure narrative du texte en insistant sur les caractéristiques des personnages.

Ensuite, j’ai distribué un questionnaire approfondi aux CE2 pour une analyse plus fine, et j’ai distribué un second texte aux CM1 qui narrait la version grecque. Ils devaient également répondre à des questions portant sur les différents moments du mythe. L’objectif de cette séance était d’initier les élèves de CM1 à l’intertextualité. Je souhaitais par conséquent privilégier la lecture compréhension et les pousser à croiser deux lectures afin de les mettre en réseau. J’ai donc demandé, au bout d’une quinzaine de minutes, aux CM1 de présenter la nouvelle version en relevant les traits communs de leur texte avec le mythe que tout le monde avait sous les yeux et avaient lu. Les élèves ont alors constaté qu’il y avait de grandes similitudes entre les deux histoires. Ce fut, pour moi, l’occasion d’expliquer que les mythes étaient issus d’une longue tradition orale et qu’il existait de nombreuses versions d’une même histoire.

Les apprentis soleils, mythe canadien, fut le deuxième texte étudié. Le texte étant long, ce fut surtout une analyse orale. J’ai choisi de l’étudier car il abordait le thème de la création du soleil et de la lune et mettait en scène des animaux que les élèves connaissent et apprécient : le corbeau, le faucon, le coyote. Il comporte également quelques apparences des contes des origines, type de récit très apprécié des enfants, puisqu’il apporte une explication à la couleur rousse des coyotes. De plus, le monde des Indiens est familier aux enfants même s’ils ne connaissent pas leurs coutumes. Il permettait également d’aborder la complémentarité du Soleil et de la Lune.

Pour finir, j’ai choisi de présenter le mythe L’hiver de Déméter et d’aborder, en sciences, le phénomène des saisons. Les saisons ont joué un grand rôle au fil du temps puisque ce sont elles qui ont, pendant très longtemps, rythmé la vie des hommes en leur offrant un calendrier naturel. Après une lecture fine du texte, j’ai demandé aux élèves pourquoi, d’après eux, il y avait des saisons. Beaucoup d’enfants m’ont aussitôt répondu que c’était dû à Déméter (réponse que j’attendais, bien entendu). Mais ils ne savaient pas l’expliquer de manière plus scientifique. Je leur ai alors diffusé l’émission de télévision C’est pas sorcier qui expliquait le phénomène des saisons. Nous en avons parlé puis, les enfants purent expérimenter ce qu’ils avaient retenu en utilisant un globe terrestre et une lampe de poche. Ils devaient choisir un pays, y coller une gommette puis illuminer cette partie du globe avec la lampe de poche. En tournant le globe, les élèves s’apercevaient que cette partie n’était pas toujours illuminée et que le phénomène des saisons était également provoqué par l’inclinaison du globe. Le fait d’étudier le mythe de Déméter m’a permis d’établir le lien avec l’activité scientifique. J’ai choisi de procéder de cette manière afin que les enfants se rendent compte que la société dans laquelle nous vivons actuellement nous permet de connaître maintenant les réponses aux questions que se posaient nos ancêtres.

Autres activités en français 

Lors de la deuxième semaine de stage, j'ai choisi de présenter aux élèves un dialogue entre le Soleil et la Lune (tiré du site Internet de La Main à la pâte) afin de les impliquer dans le projet. En effet, j’espérais que le fait de «jouer » une scène les motiverait et qu’ils en créeraient une eux-mêmes et la joueraient devant leurs camarades. Cependant, je n’avais pas prévu que beaucoup d’entre eux ne maîtriseraient pas le système du dialogue et j’ai été très surprise par leur manque d’imagination. La consigne était : Continuer le dialogue ou imaginer ce que le Soleil et la Lune diraient s’ils se rencontraient. C’était un travail en binôme et j’ai essayé de regrouper les CE2 avec les CM1 afin de pallier les difficultés (au niveau orthographique ou de la structure du dialogue…) que pourraient rencontrer les CE2 ou les élèves les plus faibles. Pourtant, ils ont eu beaucoup de mal à se détacher du texte initial et peu d’élèves ont fait preuve d’une grande originalité. Par la suite, j’ai essayé de leur donner des repères pour écrire des dialogues en leur proposant des outils méthodologiques et pédagogiques adaptés (extraits du manuel A portée de mots – CE2). Pour finir, je leur ai demandé de récrire leur texte en tenant compte de ce qu’ils avaient appris. Parmi les outils pédagogiques, je leur ai proposé un texte, extrait des Métamorphoses d’Ovide (du manuel A portée de mots – CM1) qui raconte comment Lycaon essaya de tromper Zeus en lui servant son fils à dîner. Il y avait deux textes : un récit et un dialogue que les élèves devaient compléter. En production écrite, j’ai demandé aux élèves, au cours de la dernière semaine, de produire un mythe, à l’aide d’une recette. La consigne que je leur avais donnée était : Crée un mythe en imaginant comment le Soleil ou la Lune sont nés. Ils ont alors produit un premier jet, puis vérifié, à l’aide d’une grille de relecture, si tous les ingrédients étaient réunis pour produire un mythe.

3.2 Activités menées en histoire et en sciences

En histoire, j’ai choisi d’aborder le thème des grandes découvertes afin d’expliquer que c’est grâce aux nouvelles connaissances sur le ciel (utilisation de la boussole, l’établissement de cartes du ciel, l’observation de l’étoile Polaire qui indique toujours la direction du nord…) que les hommes ont découvert de nouvelles terres et de nouvelles richesses. De plus, je liais les sciences à l’Histoire car nous avions fabriqué une boussole en utilisant une aiguille aimantée.

Cela nous a également permis de voir que depuis l’Antiquité, les Grecs, les Babyloniens, les Egyptiens, les Aztèques… s’étaient déjà aperçu de l’influence du Soleil et de la Lune sur les phénomènes de saisons qui ont donné naissance aux calendriers… et que les découvertes de Copernic, Kepler et Galilée ont déclenché de nombreux progrès. En effet, les anciens croyaient que la Terre était le centre de l’univers et que le Soleil et les étoiles tournaient autour de la Terre. Il a donc fallu attendre les travaux de ces savants pour être persuadé du contraire : la Terre tourne autour d’elle-même, mais elle tourne aussi autour du Soleil. Cette découverte, associée à l’invention de la boussole, a permis aux marins de partir vers le nouveau monde.

Nous avons donc étudié des textes sur Copernic, le fondateur de l’astronomie moderne. Après de très longues observations, il suppose que le Soleil est fixe au centre de l’univers et que la Terre et les autres planètes tournent autour de lui. Cette théorie (qui n’est en fait qu’une hypothèse) est condamnée par l’Église, car elle est en contradiction avec la Bible. La Terre n’est alors qu’une planète parmi les autres, elle ne joue pas un rôle privilégié et l’homme n’est plus au centre de l’univers. Il me semblait important que les élèves comprennent ainsi que la science a permis de vaincre beaucoup de préjugés que nos ancêtres avaient sur les hommes et leur planète.

Le système solaire a également été évoqué car avec les progrès de la recherche spatiale et la prolifération des dessins animés et des films de science-fiction, il est nécessaire de présenter aux élèves de cycle III le système solaire sous ses véritables traits. J’ai introduit ce thème à partir des lectures magistrales extraites du livre Histoire d’étoiles. Nous avons donc parlé des planètes composant notre système : Mercure, Vénus (qui a été nommée ainsi à cause de son caractère bouillonnant et passionné), Terre, Mars (à cause de sa couleur rouge sang), Jupiter (car c’est la plus grosse planète du système solaire), Saturne, Uranus, Neptune et Pluton. Cela nous a également permis de lier cette activité à la mythologie grecque et aux mathématiques (étude des grands nombres – voir page 26). Nous aurions pu également construire une maquette du système solaire mais il aurait fallu simplifier les distances. Cela aurait été un prétexte à d’autres activités mathématiques mais, une fois de plus, nous avons manqué de temps.

En sciences, les élèves ont visionné une cassette vidéo (E=M6), qui expliquait les mouvements du Soleil, de la Lune et de la Terre. J’ai choisi d’utiliser les sciences pour lier cette activité à la lecture de mythes et apporter des réponses aux questions. En effet, depuis des millénaires, les hommes se sont interrogés sur la manière de se situer dans le temps, c’est-à-dire de connaître l’heure et la date pour entreprendre leurs activités agricoles, par exemple. C’est pourquoi ils se sont servi des mouvements apparents du Soleil autour de la Terre et de la Lune et ont construit des calendriers (égyptien, grégorien…). Nos ancêtres admettaient d’emblée que les astres avaient été créés pour des fins précises : les éclairer et rythmer leur existence terrestre.

J’ai proposé aux élèves l’expérience de la boussole car depuis longtemps l’homme, pour se situer dans l’espace, s’est servi du mouvement apparent du Soleil. Il a convenu que le Soleil se levait à l’est, se couchait à l’ouest et qu’au milieu de sa course, il était au sud. C’est pourquoi, le Soleil (et parfois même la Lune) est souvent représenté sur un char (Grèce) ou sur une barque (Égypte). Il m’a alors semblé intéressant d’étudier la manière dont les hommes s’orientaient auparavant (ce qui a permis de faire un lien avec les grandes découvertes en Histoire) grâce à la boussole.

Pour savoir si les élèves connaissaient l’importance de la boussole dans l’orientation, je leur ai alors demandé quel objet leur serait très utile s’ils se perdaient dans une forêt ou sur la mer. Beaucoup m’ont répondu la boussole car ils l’avaient utilisée l’année précédente au cours d’une sortie en forêt sur le thème de l’orientation. J’ai ensuite désigné un élève pour venir la dessiner au tableau pendant que les autres essayaient de décrire par écrit une boussole. Ensuite nous avons fait une comparaison entre les différentes représentations.

Puis, nous avons essayé de (re)connaître les différents ingrédients » qui composent une boussole afin d’en construire une nous-mêmes. Nous avons déduit qu’il fallait une aiguille mais les élèves eurent du mal à deviner le reste et je me suis aperçu que j’avais été trop ambitieuse. Je leur ai donc indiqué la démarche à suivre. Nous avons pris une aiguille à coudre, que nous avons frotté avec un aimant et nous l’avons fixée sur un morceau de polystyrène. Celui-ci a été déposé sur l’eau d’un récipient et devait normalement indiquer le nord. Nous avons ensuite vérifié l’exactitude de notre expérience à l’aide d’une véritable boussole. L’objectif était que les enfants se rendent compte que la boussole est un aimant, qu’elle s’oriente sous l’action du champ magnétique terrestre et qu’il n’est pas possible de placer l’aiguille de la boussole dans la position que l’on veut : celle-ci indique toujours la direction nord-sud.

Les élèves ont dû, par la suite, schématiser individuellement l’expérience réalisée. Comme je tenais à laisser une trace de cette expérience dans la classe, même s’ils en avaient tous une dans leur cahier, je leur ai demandé, lors de la séance suivante, de réaliser par groupe de deux, sur une feuille grand format ce schéma. J’aurais aimé poursuivre ce travail sur l’orientation en leur demandant de quelle manière nous pouvons nous orienter en l’absence de boussole (en utilisant le mouvement apparent du Soleil c’est-à-dire en étudiant les variations de la longueur de l’ombre d’un poteau ou d’une personne, ou en utilisant l’étoile polaire qui indique toujours le nord, pendant la nuit… et la carte bien entendu !). La courte durée du stage ne m’en a pas laissé le temps.

3. 3 Activités appartenant à différents domaines

En technologie, j’ai proposé la construction d’un cherche-étoiles qui permet de connaître la position des étoiles et des constellations dans le ciel à n’importe quel moment de l’année et de la journée.

En mathématiques, nous avons travaillé sur les grands nombres et les élèves ont eu pour tâche de classer par ordre croissant les distances des planètes par rapport au Soleil et de les placer ensuite sur un croquis dans le bon ordre. J’aurais aimé approfondir ce travail en leur faisant réaliser une maquette du système solaire afin que les enfants qui ont des difficultés à évaluer les distances aient une idée (même très modeste) de l’immensité de notre galaxie. Malheureusement, je n’en ai pas eu le temps.

En éducation musicale, j’ai découvert à la bibliothèque La Mythologie en musique (Edition Gallimard Jeunesse Musique) qui illustre musicalement vingt récits de la mythologie grecque et romaine. Ce petit livret était intéressant car il présentait un petit résumé du mythe qu’il traitait et une illustration qui pouvait être une peinture, une photo ou un dessin. J’ai donc fait écouter la musique se référant aux mythes étudiés : Phaéton, avec une musique de Lully, Apollon, avec une musique de Britten, Hercule, avec une musique de Cavalli. C’était une manière de lier la musique aux mythes et de montrer que les mythes ont inspiré des artistes de différents horizons. Les enfants, même les plus agités, ont apprécié ces moments de détente. Je leur passais ces morceaux de musique lorsque je voulais passer d’une activité à une autre et que les élèves n’étaient pas trop «disponibles ». Cela les apaisait et permettait un retour au calme. La mise en scène » du récit incite et favorise l’écoute des élèves.

Ce qui pourrait être réalisé avec un peu plus de temps

La visite de musées tels que le Palais de la Découverte (surtout son planétarium), la Cité des Sciences et de l’Industrie, le musée de l’Homme, sans oublier le Musée du Louvre, serait une excellente occasion pour permettre aux enfants de se familiariser avec l’astronomie, la culture, les expressions artistiques et les nouvelles techniques de certains pays. Je pense également qu’il serait intéressant d’organiser une exposition dans l’école ou dans une salle communale pour valoriser le travail réalisé par les élèves et apporter une finalité au projet. Je pense que cela faciliterait une plus grande implication des élèves car leurs productions serait vues par des personnes extérieures à la classe.

En sciences, les activités autour de ce projet sont très nombreuses. J’aurais aimé travailler sur l’origine de l’arc-en-ciel (que l’on pourrait lier à la déesse grecque Iris…), sur les fuseaux horaires, sur les éclipses solaires et lunaires, sur l’influence de la Lune sur les marées, sur l’origine des calendriers et leur importance…

CONCLUSION

L’astronomie est considérée comme la plus ancienne des sciences. En effet, dès l’aube de la civilisation, l’homme a été frappé par l’aspect changeant du ciel : l’alternance des jours et des nuits, les phases de la lune, les constellations variables suivant les saisons, le lever et le coucher des astres, la présence ou l’absence de l’étoile du berger… Il a alors essayé de comprendre la succession de ces phénomènes et de les expliquer à travers les mythes. C’est une des nombreuses raisons qui m’a poussée à aborder ce thème avec mes élèves, au cours de mon stage. En effet, il est indispensable d’avoir un projet interdisciplinaire qui puissent fédérer l’enthousiasme des élèves.

Malheureusement, arriver dans une classe sans connaître les élèves et leur soumettre un projet qui n’a pas été construit avec eux m’a posé quelques problèmes de gestion de classe. En effet, les CE2 se sont beaucoup intéressés à tout ce que je leur proposait tandis que les CM1 manifestaient ouvertement leur désapprobation. Néanmoins, après des débuts difficiles, ils se sont laissés prendre au jeu et ont participé activement au projet. C’est cela la magie de la mythologie.


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BIBLIOGRAPHIE

Edith Hamilton, La mythologie, Marabout Histoire, 1978.

Sciences et technologie CM, Bordas, 1986.

La Grèce antique, Edition de l’Olympe, 1989.

Sophia Souli, Mythologie grecque, Toubi’s, 1995.

Les civilisations du soleil pour les faire connaître aux enfants, Fleurus, 2001.


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