Christine Petit, 2000

Vers la production d’écrits fictionnels chez les élèves lecteurs et non lecteurs


Niveau : Écoles maternelle et élémentaire

Mots clés : Lecture, Oral, Production de textes


Introduction

A quoi ça sert d’écrire ?

Lecture/Ecriture/Oral

Intérêt de l’écriture ou de la dictée d’une histoire entièrement ou partiellement inventée

Conclusion


Introduction

Dans cet écrit, je m’intéresse à la production d’écrits fictionnels chez des élèves lecteurs et non lecteurs, les non lecteurs renvoyant, dans mon propos, à des élèves de cycle 1. D’emblée, j’orienterai mes recherches vers la problématique suivante : Quelles stratégies d’apprentissage de l’écriture mettre en place pour produire des récits fictionnels chez des élèves lecteurs et non lecteurs ?

Différentes hypothèses permettront de cerner la problématique soulevée :

1 – Pour mettre en place des stratégies d’apprentissage de l’écriture, il est nécessaire de donner un sens à l’écrit et à la lecture, considérés en tant que langages et modes de communication, et ce, par le plaisir d’apprendre, lors d’activités d’écoute, par exemple, au moment de séances de lecture et de production d’écrits diversifiés.

2 – Travailler la structure du récit requiert des supports diversifiés afin de développer des savoirs et des compétences spécifiques, afin de pouvoir les transposer dans le monde des écrits. Je développerai ici l’exemple de l’album de fiction. L’intérêt est de faire investir ou réinvestir les savoirs acquis en parallèle ou en différé.

3 – Je suppose qu’il faut passer par la réalisation de productions orales dictées à l’enseignante par l’enfant non lecteur, et écrites par les enfants lecteurs. Ce qui amène à se poser la question suivante : l’enfant deviendrait-il acteur dans l’écriture ?

 

A quoi ça sert d’écrire ?

Représentations d’élèves

Représentations d’élèves de Moyenne section de Maternelle :

" - Ca sert à quoi d’écrire ? 

- Ca sert pour dire quelque chose et on l’écrit.

- Les enfants, ils ont besoin d’écrire des trucs pour dire quelque chose.

- Ca sert à : on donne des choses et on l’écrit.

- On dit que quelqu’un donne un cadeau pour Noël ou pour l’anniversaire.

- Moi, je sais écrire, parce que mon papa, il m’a appris. Je sais faire que des montagnes. "

L’écrit semble être une forme de langage pour les élèves de l’école maternelle. Leurs commentaires montrent que l’écrit, souvent lié à l’affect, implique la transmission d’un message pris en charge par un émetteur, et avec un destinataire clairement identifié.

Représentations d’élèves du Cours Préparatoire sur la lecture et l’écriture :

" - Pour bien apprendre au CE2 ; pour avoir de bonnes notes. 

- Ca sert à lire d’apprendre à écrire.

- Ca sert quand la maîtresse nous dit, quand on a une punition, après, si on écrit bien, on a de bonnes notes.

Je veux écrire à ma grand-mère : ‘Bonjour mami, je t’aime bien. Quand est-ce que tu viens ? Est-ce que ta maison est refaire après le cyclone ? Au revoir, à bientôt.’ "

Pour l’élève prenant en charge le dernier commentaire, savoir écrire semble permettre de faciliter les relations avec la famille éloignée, l’écrit épistolaire assurant la communication et l’échange d’informations. Une autre des réponses formulées par les élèves met en évidence le fait que l’apprentissage de la lecture est en corrélation avec l’apprentissage de l’écriture : " Ca sert à lire d’apprendre à écrire ".

Le passage de l’oral à l’écrit semble faire sens chez certains élèves. Peut-être est-ce une première étape pour que l’acte d’écrire soit intériorisé.

Représentations d’élèves de CE2 à la question : A quoi ça sert d’écrire ?

" - Ecrire sert à communiquer, à envoyer des lettres. 

- Ca sert à savoir comment s’écrivent les mots.

- Ca sert à faire des exercices.

- Pour être bon élève, pour ne pas être bête plus tard

- Pour ne pas être clocharde, pour vendre les histoires.

- Ca sert à écrire sur le cahier violet.

- Ca sert à écrire les devoirs dans le cahier de textes.

- Quand on sera grand, on saura bien écrire comme notre papa et notre maman.

- Savoir écrire, c’est après écrire des histoires, des poèmes, des livres et des phrases.

- Ca sert à nous inventer des histoires et peut-être à devenir auteur ou écrivain. "

Au cycle 3, l’apprentissage de l’écrit, s’il est perçu comme un moyen de communication, est surtout appréhendé comme le vecteur de la réussite scolaire et sociale.

Lecture/Ecriture/Oral

Travail sur l’album de fiction

La lecture, l’écriture et le langage oral passent par le plaisir de l’écoute. L’album, par l’interaction entre texte et image fournit un support d’apprentissage très motivant et très formateur :

" L’école maternelle doit permettre à tous les enfants d’explorer l’univers des albums pour qu’ils en saisissent l’extrême diversité, en retirent des satisfactions culturelles quotidiennes et y construisent en même temps des références irremplaçables. Seule, cependant, la mise en œuvre de pratiques de productions associe dans le même mouvement, des apprentissages méthodologiques complexes et des appropriations de communication et de techniques de réalisation tout aussi complexes. " (B. Devannes, Lire et écrire : des apprentissages culturels, tome 2).

L’album inclut le texte et l’image, tantôt liés, tantôt dissociés, mais toujours en complémentarité. Aussi s’agit-il de comprendre le sens de ces deux éléments au cours de la lecture : le texte est-il toujours validé par l’illustration ? Le repérage des convergences et des divergences entre ces deux modes d’expression de la narration permet de mieux déterminer les enjeux du livre et de l’acte d’apprentissage de la lecture, explicite et implicite. La fabrication d’un album avec les enfants de l’école maternelle permet d’entrer dans le processus de création. Ainsi :

" On initie les enfants au code propre de l’image, on les intéresse aux techniques variées engagées dans le travail d’illustration (peinture, gouache, crayon, trait, aquarelle, cadrage dans la page pliage, collage, photographie, couleurs, noir et blanc), on repère avec eux ce qui caractérise par exemple l’œuvre d’un illustrateur dans ses continuités et dans ses ruptures, on constitue des ensembles (v une collection, un auteur), on s’interroge […] sur les significations proposées. " (B. Devannes, Lire et écrire : des apprentissages culturels, tome 2).

Il est aussi intéressant d’observer les détails typographiques : taille des lettres, importance du texte, place de l’image par rapport au texte. On peut aussi entrer dans un album par la première ou /et la quatrième de couverture. Nous nous intéressons au livre objet : sa forme, les matériaux utilisés pour le réaliser matériellement, son format seront étudiés.

Phases de langage oral en maternelle

A partir d’un album de référence, L’Invitation, ont été identifiées certaines des caractéristiques de l’album : utilité et rôle des illustrations dans la découverte de l’album. Les illustrations sont le support de séances de langage avec émission d’hypothèses sur l’histoire. Elles donnent des indices sur les personnages, le lieu de l’histoire, tant chez un lecteur qu’un non lecteur. L’observation est une phase riche car elle entraîne des moments d’échange de paroles, mettre en évidence des contradictions et se résoudre par des accords.

Lors des phases de confrontation des différents avis émis, certains élèves argumentent avec un métalangage pertinent " je ne suis pas d’accord ". Ils emploient la terminologie adaptée à l’album. Ils se sont approprié le vocabulaire spécifique et le réemploient à bon escient.

Dans la seconde phase du travail, les élèves, répartis en petits groupes gérés par u rapporteur, présentent aux autres leur album, après avoir étayé leur interprétation sur une recherche d’indices. Ainsi, l’analyse de l’illustration permet d’introduire la lecture, d’anticiper sur le récit. Le lien entre texte et image est établi, le langage est constamment sollicité et il tend à l’appropriation du langage écrit.

La lecture d’albums permet de questionner l’auditeur et futur lecteur, de l’amener à un comportement de lecteur et de producteur d’écrit, de développer des conduites discursives et d’aider à les organiser.

Découverte d’un album en CE2

Après un début de séance proposant la question : " Qu’est-ce qu’un album pour vous ", et après avoir inscrit au tableau les représentations des élèves, j’ai introduit plusieurs activités autour des albums de fiction, avec des phases de manipulation, d’observation de lecture. Nous avons étudié la première ce couverture, le contenu des albums ; puis des élèves sont allés lire ces albums à leurs camarades du Cours Préparatoire.

La lecture et l’écoute de lecture tendent vers l’appropriation de la culture écrite et une meilleure compréhension de l’écrit. Se faire lire des histoire relève du plaisir chez les enfants. Aussi le jeune enfant demande-t-il des relectures du même livre, comme s’il voulait s’en imprégner. De plus, les élèves de CE2 ont éprouvé autant de plaisir que les petits à l’écoute d’albums.

Intérêt de l’écriture ou de la dictée d’une histoire entièrement ou partiellement inventée

Stratégies d’écriture observées chez des enfants non lecteurs

Les images séquentielles

Le travail demandé aux élèves de Moyenne Section de Maternelle consiste à replacer dans l’ordre chronologique trois images séquentielles, puis de leur affecter une légende en dictant sa ou ses phrases à l’enseignante.

Lors de la phase de description des images, quelques élèves en restent à ce qui est strictement perceptible visuellement ; d’autres traduisent l’expression des sentiments des personnages. Certains emploient le discours direct pour faire parler ces personnages et le traduisent à l’oral en prenant une voix différente, selon que le personnage qu’ils font parler appartient au sexe masculin ou féminin.

Lors du regroupement, les élèves ont confronté leurs idées et choisi des phrases relatives aux trois scènes présentées. Ils n’ont pas remarqué tous les indices des images qui auraient permis une restitution chronologique rigoureuse, mais la mise en commun des informations permet d’aboutir au bon résultat après argumentation.

La photographie

A partir d’un support photographique (extrait d’un album) donnant lieu à une description, en Moyenne Section de Maternelle, l’objectif est de produire un récit qui tend vers la fiction. La consigne est donnée : " Décrivez la photographie, puis imaginez la suite ".

Je précise le vocabulaire attendu pour la description et les éléments de la photographie à prendre en compte : " La photographie représente une scène : il y a un personnage, un lieu, une action ".

Les élèves se remémorent les éléments propres à la description. Chacun demande la parole et se sent concerné par cette phase de langage. Une discussion animée s’engage à propos du personnage (mot méconnu, un synonyme est donné pour expliquer le sens : une personne) : les élèves tentent de se mettre d’accord sur le personnage, soit un papi. Je leur demande de rechercher les indices qui peuvent permettre de l’affirmer. Ils observent d’abord la coiffure. Une élève repère une barrette et va convaincre ses camarades du fait qu’un grand-père ne porte ni barrette, ni chignon. Ces indices contredisent leur hypothèse première, et le sexe du personnage est choisi : c’est une mami. Pour préciser que le personnage est vieux, un élève note des " plis " sur son visage, un autre compare avec son grand-père, soit "le père de mon père".

Cette séance a amené l’usage de deux types de discours : descriptif et argumentatif, formes de discours qui permettent de travailler sur le récit.

Conclusion

Cette recherche m’a amenée à travailler sur les écrits fictionnels où lecture et écriture étaient liés, me référant par choix pédagogique à l’album de fiction. Dans cette perspective, iul s’agit de donner un sens à l’écriture et à la lecture, en passant par le plaisir dans le faire, de montrer aux élèves qu’il faut appréhender la structure des écrits et travailler le fond afin de pouvoir se faire lire. Il importe également de travailler sur des supports diversifiés afin de développer des compétences qui pourront être réinvesties dans le monde de l’écrit. Enfin, le plaisir de l’acte de lire et d’écrire, dans sa dimension pragmatique, ne peut être évacué. Dès la maternelle, l’implication dans le langage oral, qui conduit au langage écrit par la dictée à l’adulte, est indispensable et peut donner envie par la suite, de travailler sur la structuration de ses écrits et / ou sur des récits inventés.

L’écoute d’histoire lues constitue également une manière de s’approprier l’écrit et de conduire au plaisir. La trace écrite, qu’elle soit réalisée par la dictée à l’adulte ou par l’élève lui-même, est irremplaçable. Elle place l’élève en situation d’apprenant et l’encourage à progresser dans sa démarche d’apprentissage.


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