Claire Quenardel, 2003

Vivre et travailler ensemble


Enseigner, éduquer, former

Niveau : Collège (quatrième)
Mots clés : Apprentissages, Citoyenneté


Introduction

I - Des élèves qui ne s'aiment pas...

    A - Une classe agitée et indisciplinée

    B - Les relations entre élèves : des tensions à la violence

    C - De la difficulté du constat

II - En route vers le groupe classe

    A - Réagir face aux insultes

    B - Apaiser les tensions

    C - Réfléchir à l'écoute et au respect

    D - Travailler ensemble

III - Un long chemin

    A - Dans les semaines à venir

    B - Idées plurielles

    C - Retour en septembre 2002

Conclusion

Bibliographie

Introduction

En enseignant le français cette année à la classe de 4ème 4 du collège des 4 arpents à Lagny sur Marne, je me suis trouvée confrontée à un problème que je n’ignorais pas, mais dont je ne mesurais pas les conséquences. Les élèves de ma classe ne forment pas un réel groupe classe : entre eux, pas de cohésion, mais de nombreuses tensions. Je savais l’importance des relations personnelles entre les élèves. Si je me retourne sur mes propres années de collège, ce dont je me souviens en priorité, bien entendu, ce sont mes liens avec mes différents camarades. Mais, je n’imaginais pas que cela avait un tel impact sur l’ambiance en classe et, par conséquent, sur les apprentissages. En effet, ce climat de conflits permanents entre mes élèves entraîne des problèmes de gestion de classe et n’est absolument pas propice au travail.

Les premières semaines passées avec la 4ème 4 m’ont démontré qu’il est nécessaire que le groupe classe fonctionne bien, ou du moins, fonctionne tout court, pour que les élèves puissent entrer correctement en apprentissage. J’ai donc décidé dès lors d’amener les élèves à former un véritable groupe classe, c’est-à-dire les amener à se connaître les uns les autres, à s’écouter, à se respecter et à travailler ensemble. J’évoquerai ainsi tout d’abord la situation de la 4ème 4 à la rentrée scolaire et la manière dont j’ai pris conscience de l’importance de ce problème relationnel entre mes élèves. Ensuite, j’exposerai les différents moyens que j’ai mis en œuvre afin de réaliser mon projet de construction d’un groupe classe. J’aborderai enfin quelques pistes qui seront suivies ou qui auraient pu l’être pour améliorer les rapports entre les élèves de ma classe.

  I / Des élèves qui ne s’aiment pas…

Mon constat de départ est que la classe de 4ème 4 ne constitue pas ce que l’on appelle communément un groupe classe : les élèves ne sont pas unis, ils ne s’apprécient pas les uns les autres. Cette situation entraîne une atmosphère pesante dans laquelle il n’est pas aisé de faire cours. Mais ce constat a été long et difficile à faire, c’est en quelque sorte le parcours de ma prise de conscience que je retrace ici.

A – Une classe agitée et indisciplinée

1. La 4ème 4

La 4ème 4 est l’une des quatre quatrièmes du collège des 4 arpents à Lagny sur Marne, petit établissement a priori sans histoire ni problème particulier de Seine et Marne. Cette classe est composée de vingt huit élèves : dix-huit filles et dix garçons. La 4ème 4 est nettement plus chargée en effectif que les autres classes de même niveau dans le collège qui comptent en moyenne vingt trois élèves, en début d’année en tous cas. Il a notamment fallu changer plusieurs fois de salle pour enfin en trouver deux qui pouvaient contenir tous les élèves.

La classe m’est apparue, dès les premiers cours, très hétérogène, à tous niveaux. Certains élèves, dont les redoublants, sont en grande difficulté dans le maniement de la langue française, tandis que d’autres ont d’indéniables qualités littéraires. Certains élèves sont particulièrement dissipés voire agressifs, tandis que d’autres sont d’un calme quasi-olympien. Et ainsi de suite. Il est donc assez difficile de généraliser les remarques sur cette classe.

Le dernier fait notable, dans cette première approche de la 4ème 4, est que l’on ait regroupé dans cette classe un petit nombre d’élèves en attente d’une possible orientation (vers un pré-apprentissage ou en troisième d’insertion notamment). Les élèves concernés étaient dès le début d’année au courant qu’ils ne passeraient pas en troisième, et, par conséquent, très peu motivés pour travailler.

À côté des difficultés attendues dans les premières semaines pour mettre au travail une classe correspondant à ce profil, j’ai surtout rencontré des problèmes de discipline. Les élèves de le 4ème 4 se sont en effet très vite révélés être particulièrement bavards et agités.

2. Une classe “difficile”

Je viens de le préciser, la 4ème 4 est une classe hétérogène, les élèves sont très différents dans leur rapport au savoir et à l’école, ainsi que dans leur comportement. Pourtant, en début d’année, ils ont, tous ensemble, été difficiles à gérer.

En effet, les élèves plutôt calmes ont profité des problèmes de discipline posés par les élèves turbulents. Ainsi, un brouhaha généralisé et une effervescence perpétuelle ont marqué mes premières heures de cours : les élèves n’écoutaient pas, discutaient entre eux, s’agitaient. Ma tutrice notait lors de ses visites un problème de gestion de classe, tout en reconnaissant que la 4ème 4 contenait des élèves perturbateurs. Le principal du collège, quant à lui, n’a pas tardé à me reprocher un manque d’autorité et m’a fortement engagée à me montrer beaucoup plus sévère.

Je me suis donc “fait violence” en espérant régler le problème et me suis lancée dans la rédaction effrénée de remarques sur les carnets des élèves. J’ai aussi distribué quelques heures de colle et exclu certains élèves de cours. Malheureusement, je n’ai remarqué aucun véritable signe d’amélioration. J’avoue avoir alors été un peu déstabilisée. La discussion avec les autres professeurs de la classe et les semaines qui se sont écoulées ensuite m’ont apporté un peu de réconfort, même si je n’avais toujours pas de solution. Tous les membres de l’équipe pédagogique considèrent en effet la 4ème 4 comme une classe très difficile et les élèves comme particulièrement agités.

En fait, la 4ème 4 s’est vite révélée être une classe particulière au sein de l’établissement. C’est la seule classe qui fasse sans cesse parler d’elle, et ce, depuis la première semaine de cours : les rapports disciplinaires concernant les élèves de cette classe s’accumulent dans la salle des professeurs, les exclusions, le plus souvent internes, sont régulières, treize avertissements ont été “distribués lors du premier conseil de classe (quatre élèves en ont deux : conduite et travail), plusieurs réunions de l’équipe pédagogique ont été organisées sans beaucoup de résultat, des commissions éducatives ont été réunies, certains élèves ont été placés “sous contrat”, quelques uns sont “interdits” de CDI, etc. L’établissement a en conséquence établi spécialement pour eux une politique de “tolérance zéro” : la moindre incartade doit être ainsi sanctionnée selon une échelle très précise.

Je me suis beaucoup interrogée sur l’origine des difficultés rencontrées en enseignant à cette classe, et, en fait, il m’a fallu plusieurs semaines pour comprendre d’où venait le problème, ou du moins une partie importante du problème.

B – Les relations entre élèves : des tensions à la violence

1. Groupe classe et groupes au sein de la classe

J’ai signalé que les élèves font parfois bloc, pour bavarder, s’agiter, ainsi d’ailleurs que pour se plaindre du trop de travail. Il sont aussi unanimes pour “dénoncer” le traitement particulier qui leur est réservé au sein de l’établissement, comme l’ont démontré les lettres qu’ils ont écrites à la classe de 4ème G du collège La Rochefoucauld de la Ferté sous Jouarre avec laquelle nous avons entamé une correspondance et dans lesquelles ils ont évoqué majoritairement cette question. Mais cette cohésion du groupe n’est en fait que faux semblant.

En effet, la 4ème 4 est dominée par de très nombreuses tensions. Ce qui est le plus frappant quand on observe la classe, ce sont les inimitiés entre les élèves. Il est possible de noter ainsi un certain nombre de clivages : les filles s’opposent aux garçons, les bons élèves aux moins bons, les calmes aux agités, … Il ne faut pas oublier non plus les tensions particulières entre individualités qui ne s’entendent pas sans que l’on sache vraiment pourquoi.

Les élèves évoquaient déjà ce problème de mésentente, voire d’incompatibilité entre eux dans leurs fiches de début d’année. Certains élèves discrets parlaient avec amertume d’élèves bruyants qui, eux, se plaignaient d’être dans une classe d’“intellos” ; d’autres disaient simplement ne pas se sentir bien dans cette classe. Quelques semaines plus tard, fin novembre, les mêmes remarques persistaient dans les lettres écrites à la 4ème G, même si l’on trouvait aussi des textes plus positifs.

Malheureusement, certains de ces clivages sont entretenus au sein même de l’établissement, où l’on n’hésite pas à rappeler, comme lors du conseil de classe, aux “meilleurs” élèves que les “mauvais” ne seront bientôt plus là… Il en résulte notamment, ainsi que j’ai pu le remarquer en discutant avec l’un des délégués, que la tête de classe devient quasiment aussi vindicative envers les élèves plus difficiles que ces derniers envers les premiers. En fait, les élèves de la 4ème 4 sont constamment tendus, sous pression. Ils semblent par moments prêts à “exploser”, tant les tensions entre eux sont fortes.

2. Le “coup de tête”

Un grave incident survenu à la sortie de l’un de mes cours, un vendredi après-midi, le 18 octobre, après deux heures plutôt mouvementées, montre l’importance du problème relationnel entre les élèves de la 4ème 4, problème qui est passé ce jour-là de simples tensions à une réelle violence allant jusqu’aux coups.

Le cours venait de finir, les élèves sortaient de la salle tandis que je discutais à mon bureau avec un élève, quand l’un de mes élèves, Youssef, a frappé une autre de mes élèves, Laura, en lui donnant un “coup de boule”. Je me suis immédiatement interposée entre les deux élèves qui étaient bien décidés à ne pas en rester là. J’ai fait sortir l’agresseur et ai essayé de calmer l’agressée qui était particulièrement énervée (tout son corps était pris de tremblements) et qui proférait de terribles menaces. Plusieurs filles de la classe sont alors revenues et, comme j’insistais pour comprendre, elles m’ont appris qu’elles subissaient des pressions constantes de la part de certains garçons. Elles ont accepté d’aller en parler à la CPE, si je les accompagnais. Ensemble, nous sommes donc allées faire un rapport des événements à la vie scolaire. Des policiers sont immédiatement venus au collège “discuter” avec Youssef qui a été exclu de l’établissement plusieurs jours, tandis que Laura était emmenée aux urgences de l’hôpital par les pompiers (elle aussi a été exclue une journée…).

J’ai bien compris que les difficultés relationnelles entre les élèves n’avaient rien d’anodin, qu’il y avait un problème important de violence. Pourtant, j’avoue que sur le coup, ce qui m’a le plus marquée et le plus préoccupée, c’est mon entrevue le soir-même avec le principal qui a clairement mis cet incident sur le compte de mon incapacité à “tenir” mes élèves. J’étais fortement déboussolée, malgré le réconfort des différents professeurs présents ce soir-là qui m’ont tous soutenue.

Les jours qui ont suivi, j’ai plus travaillé sur la manière d’asseoir mon autorité que sur ce problème entre mes élèves.

C – De la difficulté du constat

1. Doutes et malaises

Le constat a pris du temps, essentiellement je crois, parce que j’étais dans les premières semaines de cours centrée sur moi et ma pratique. J’avais pris conscience au cours des semaines écoulées que les relations entre mes élèves étaient problématiques, mais cela n’allait pas plus loin.

Je pensais, et il y avait du vrai, que j’étais LA responsable des problèmes de bavardage, d’agitation et de mauvaise ambiance, du fait de mon manque d’autorité. Les autres professeurs de la classe avaient beau me dire que les élèves de la 4ème 4 étaient très difficiles, qu’eux aussi avaient du mal à leur faire cours, leurs récits me semblaient sans commune mesure avec ce qui se passait durant mes heures de cours. Il me semblait donc que pour améliorer l’ambiance en cours et ainsi favoriser les conditions d’apprentissage des élèves, je devais travailler sur ma façon de mener la classe et pas sur la question des problèmes relationnels entre mes élèves. Cela étant, je n’étais pas du tout à l’aise avec ce rôle de répression que je m’imposais face à la classe.

De plus, comme le souligne Éric DEBARDIEUX dans La Violence dans la classe, “pour l’enseignant, la violence est toujours dirigée vers lui” (DEBARDIEUX Éric, La Violence dans la classe, ESF éditeur, Paris, 1990, collection sciences de l’éducation), et en effet, j’avais l’impression que toute cette tension était dirigée contre moi, que j’en étais la cible. Je me sentais attaquée sans savoir pourquoi, j’étais donc moi aussi tendue, et ignorais comment réagir. Mon attitude n’arrangeait certainement pas les choses. Nous étions, les élèves et moi, dans une position inconfortable.

2. Prise de conscience

Ce sont mes élèves qui m’ont amenée à revoir mon jugement et ma position. J’ai en effet réellement pris conscience que tout ne dépendait pas uniquement de moi en discutant avec eux. Les semaines passant, certains cours continuaient à être difficiles à gérer du fait de l’agitation constante, pourtant, en dehors des heures de cours, j’arrivais à engager la conversation avec mes élèves, notamment avec les élèves difficiles, comme Youssef ou Laura ; ils n’avaient donc pas de problème relationnel particulier avec moi. Les élèves venaient librement discuter, et c’est ainsi que j’ai appris à quel point ils se sentaient mal dans la classe. J’ai dès lors cessé d’être “aveugle à la réalité de la vie quotidienne de l’école (PERRENOUD Philippe, Métier d’élève et sens du travail scolaire, ESF éditeur, Paris, 1994, collection pédagogies). Plus tard, alors que j’avais déjà commencé à m’attaquer à cette question, les réunions parents-professeurs du mois de décembre m’ont conforté dans l’opinion qu’il y avait là matière à travailler. En effet, élèves comme parents se sont en priorité plaints de l’ambiance de la classe, des tensions quotidiennes.

J’ai ainsi compris petit à petit qu’il était nécessaire de travailler à l’amélioration des relations entre les élèves de ma classe, d’être attentive à ce qui se passait entre eux pour mieux les comprendre et mieux réagir. À partir du moment où j’ai tenu compte de ce problème relationnel entre mes élèves, beaucoup de choses se sont arrangées presque d’elles-mêmes, notamment la plupart des problèmes de gestion de classe. Je reconnais avec Maria Teresa ESTRELA que “les phénomènes relationnels en effervescence” dans la vie de la classe ont un rôle dans “la discipline ou l’indiscipline en cours” (ESTRELA Maria Teresa, Autorité et discipline à l’école, ESF éditeur, Paris, 1994, collection pédagogies). Cette amélioration de l’ambiance n’est sans doute pas due à une meilleure entente instantanée entre les élèves, mais, me semble-t-il, à une attitude différente de ma part, et à une autre manière de gérer les difficultés. D’une part, ne me sentant plus agressée, j’ai sûrement moi-même été moins agressive. D’autre part, les élèves ont compris et apprécié que je m’intéresse à eux en tant que personne.

II / En route vers le groupe classe

Une fois mis en évidence le problème relationnel entre mes élèves, et le fait que ce climat de tension permanente était préjudiciable à leur apprentissage, j’ai décidé de travailler à l’amélioration de l’ambiance de la classe. Je suis partie de l’idée que si mes élèves apprenaient à vivre ensemble, se respectaient, ou du moins arrêtaient d’être constamment en conflit, l’atmosphère serait plus détendue, et par conséquent plus propice au travail. J’ai ainsi choisi de mettre en œuvre une sorte d’“éthique de la gestion de la classe” (JOYEUX Yannick, L’Éducation face à la violence, ESF éditeur, 1996, collection pédagogies) pour reprendre l’expression de Yannick JOYEUX, de faire de mes élèves un groupe classe. Les différents volets de cette action que je développe ici ne retracent pas fidèlement la chronologie des événements, mais correspondent plutôt à l’ordre dans lequel j’ai classé ces priorités.

A – Réagir face aux insultes

Même si elles ne sont pas fréquentes, les insultes fusent régulièrement dans la classe, suite à l’intervention d’un élève durant le cours ou suite à des échanges “privés” entre les élèves. Ainsi, en début d’année, quand Sébastien, sans aucun doute le meilleur élève de la classe, répondait à l’une de mes questions, il lui arrivait d’être chahuté voire insulté. De même, si j’interrogeais un élève qui a des difficultés en français, certains se moquaient de lui et étaient parfois très blessants. Je sais que de nombreux jeunes ont un vocabulaire particulièrement imagé, ressenti par les adultes comme injurieux, même si pour ces jeunes les mots qu’ils utilisent sont des mots du quotidien, dont le sens est quelque peu amoindri. Mais ce n’est pas tout à fait le cas dans la classe, les élèves qui lancent ces insultes, s’ils ne connaissent pas forcément le sens exact de leurs propos, le font dans le but de blesser celui ou celle qu’ils injurient.

Je ne supporte pas ces insultes qui traduisent les mésententes ainsi qu’une certaine violence dans les rapports entre les élèves, ces “petits faits, anodins en apparence mais qui empoisonnent le climat scolaire et créent quotidiennement des tensions” ainsi que le souligne Bernard SEUX (SEUX Bernard, “Les incivilités, vues par les élèves”, in Les Cahiers pédagogiques n°375, juin 1999, dossier “Face à la violence”). J’ai donc décidé de réagir fermement face à ce type de comportement.

1. “Morale” et parole

Ayant décidé de ne pas laisser passer les insultes, quand il m’arrivait d’en surprendre une, j’ai commencé par faire des sortes de leçon de morale sur la vie en groupe et le respect de chacun. Cela n’avait bien entendu que peu de répercussions sur les élèves et le nombre des insultes.

J’ai ensuite pris systématiquement la défense de l’élève insulté, mettant en avant ses qualités, l’importance de faire des erreurs, ou autre selon les cas. Les insultes n’ont pas vraiment cessé, mais la prise de parole s’en est trouvée améliorée. La plupart des élèves, en effet, même s’ils craignaient toujours les remarques des autres, n’hésitaient plus à prendre la parole, ce qui est tout à fait positif dans leur rapport à l’apprentissage. De plus, en permettant à un plus grand nombre d’élèves de s’exprimer, le regard des élèves sur certains de leurs camarades a évolué, le mien aussi. Cela a été plutôt bénéfique à la classe.

2. Punition ou discussion ?

Les insultes ne cessant pas pour autant, j’ai décidé de punir. J’ai donc mis quelques rares mots dans les carnets des élèves à ce sujet. Je suis même allée à deux reprises jusqu’à l’exclusion de cours : la première fois parce qu’une élève continuait à insulter son voisin, avec encore plus de violence peut-être, alors que je lui avais déjà pris son carnet ; la seconde fois, parce qu’un élève a été jusqu’à proférer de graves menaces à l’encontre de l’une de ses camarades après que je lui ai demandé d’arrêter ses injures. En fait, dans les deux cas, j’ai mal réagi et je n’ai fait qu’envenimer les choses. Je pense que ce n’est véritablement pas une bonne solution car cela stigmatise les deux camps : tout le monde est au courant que l’élève X s’est fait insulté ce qui peut le mettre mal à l’aise, et l’agresseur sort en quelque sorte grandi de l’heure de cours, il a bravé un interdit et a tenu bon.

J’ai alors choisi de ne plus interrompre le cours de la sorte, tout en faisant remarquer aux élèves que j’avais entendu ce qui s’était dit et en informant les deux parties que je désirais les voir à la fin du cours. J’espérais pouvoir entamer une discussion avec les élèves concernés pour enfin essayer de régler ce problème. Mais, en fait, il n’y a pas eu de réactions réellement positives, le plus souvent les élèves sont gênés ou nient tout simplement qu’il y ait eu insulte.

Je n’ai toujours pas trouvé de réelle solution à ce problème de violence entre les élèves qui me préoccupe, bien que ces insultes, je le répète, ne soient pas extrêmement fréquentes. Pour le moment, j’ai choisi de réagir différemment : je suis moins vive et moins agressive, en fait je reprends les élèves sur un mode plus frivole, ce qui fait en général rougir celui qui insulte et rire la classe. Cela se passe plutôt bien, mais ne me satisfait pas pleinement.

B – Apaiser les tensions

Pour améliorer l’ambiance de la classe et notamment faire cesser les insultes, ma priorité a en fait été de tenter d’apaiser les nombreuses tensions entre mes élèves.

1. Le lieu classe

J’ai choisi très tôt de placer moi-même les élèves dans la classe, ou plutôt dans les classes, puisque je fais cours dans deux salles très différentes au niveau de leur disposition. J’ai mûrement réfléchi ce placement des élèves afin de “casser” les groupes existants sans pour autant faire naître de nouvelles tensions. Cela a donc consisté globalement à mettre les leaders des différentes tendances à côté d’élèves appartenant à une autre tendance, mais relativement neutres, et avec, autant que possible, des points communs pour qu’ils puissent s’entendre (les fiches de début d’année, ainsi que les discussions de fin de cours m’ont beaucoup aidée). J’ai par la suite procédé à quelques réajustements, et je n’hésite pas, quand des tensions entre les élèves s’installent à revoir ponctuellement ce placement.

Le bilan en est plutôt positif sur l’ambiance dans la classe, même si je me reproche par moment la trop grande adéquation de certains, d’où de nouveaux problèmes de bavardages. Toutefois, quelques éléments restent problématiques. Tout d’abord, les salles sont petites, les élèves nombreux et il est difficile dans ces conditions de changer régulièrement les élèves de place comme je le voudrais, afin de faire progresser les échanges entre eux. De plus, souvent, le rapprochement entre certains élèves est parfois limité au cours de français, ce qui me semble dommage.

2. Valorisation des élèves

Les problèmes de mauvaise ambiance dans la classe étant pour certains dus au clivage entre bons et moins bons élèves, je m’attache aussi à valoriser tous les élèves.

Je mets ainsi en avant les qualités de chacun, dans le travail comme dans l’attitude. C’est dans cette optique notamment que je prépare les remises de copies et les commentaires qui les accompagnent. À l’écrit, je rédige de longues remarques sur les devoirs rendus par les élèves en essayant de préciser les points forts comme les points faibles. Les élèves, étonnés au début, en redemandent aujourd’hui en me laissant parfois tout le recto de leur feuille libre… À l’oral, sans oublier les bons élèves, je reconnais devant la classe que tel élève en difficulté ou agité a fait du bon travail.

De plus, de manière générale, j’essaye de donner la parole à tous. Au début, je répétais, à chaque fois que j’interrogeais un élève, que j’espérais des erreurs afin de préciser les pièges à éviter. Ainsi, je tente autant que possible de valoriser les erreurs, mais ce n’est pas toujours facile, et les élèves ne semblent pas tous avoir compris qu’il était essentiel de se tromper pour réussir.

Parallèlement à la mise en avant des bons côtés de chacun, je pointe aussi les mauvais côtés de tous les élèves, ainsi je n’hésite pas à faire remarquer que tel bon élève est particulièrement dissipé et à le punir si besoin est. En fait, j’essaye d’être le plus juste possible, je ne réussis pas toujours, mais les élèves le savent et l’apprécient.

Au niveau de la classe entière, j’ai encore beaucoup de mal à faire en sorte qu’ils aient une image positive du groupe qu’ils forment. Ils sont marqués par leur étiquette de classe “terrible” au sein de l’établissement et cela ne semble pas vraiment évoluer. Je pense pourtant que ce serait bénéfique pour tous car il me paraît évident, comme le notent Christian PHILIBERT et Gérard WIEL, que “le rôle de l’image du groupe-classe est central dans la dynamique des groupes” (PHILIBERT Christian et WIEL Gérard, Faire de la classe un lieu de vie, Socialisation – Apprentissage - Accompagnement, Chronique Sociale, Lyon, 1997).

Tous les cours ne se passent pas encore dans des conditions optimales, mais les tensions sont moins fortes, ou du moins, moins perceptibles, les sous-groupes étant éclatés par le placement des élèves et tous ayant une fonction dans la classe. Enfin, je me permets, à chaque fois que cela est possible, d’introduire une petite dose d’humour en cours, les élèves y sont sensibles et l’atmosphère est souvent plus détendue.

C – Réfléchir à l’autre et au respect

Une fois les tensions non pas effacées mais écartées du cours de français, il m’a semblé nécessaire d’amener les élèves à prendre conscience de l’autre, de tous les autres. La classe est un groupe, les élèves doivent apprendre à vivre ensemble, dans la classe et, plus largement, dans la société. Je me suis donc attachée à faire vivre tous mes élèves ensemble.

1. Améliorer l’écoute

Écouter ce que dit l’autre, c’est lui reconnaître une place, une existence et c’est un premier pas vers le respect. C’est pourquoi il me paraissait primordial de travailler à l’amélioration de l’écoute des élèves entre eux.

J’ai ainsi, entre autres, lors de ma deuxième séquence portant sur la poésie, organisé des récitations à plusieurs voix de poèmes afin de favoriser l’écoute entre élèves. J’avais ainsi donné, suite à un cours particulièrement désagréable, en devoir supplémentaire “Le Dormeur du val” de Rimbaud à apprendre par cœur. Le cours suivant, alors que les élèves étaient particulièrement calmes et attentifs, comme souvent le jeudi à huit heures trente, je leur ai demandé de réciter chacun une strophe du sonnet qui a ainsi été récité par six groupes de quatre élèves (les quatre élèves restants ne connaissaient que la première strophe du poème). À la fin des récitations, j’ai laissé les élèves libres de faire des remarques sur ce moment de la séance, et ils ont noté, eux-mêmes, la qualité du résultat en évoquant l’importance de s’écouter les uns les autres. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, que je cite car cette séance a été un très joli moment, d’autres fois cela était moins réussi.

De manière plus générale, j’essaye d’organiser la parole des élèves afin qu’ils se répondent les uns les autres, qu’ils apprennent grâce aux autres en écoutant les bonnes réponses ou remarques de certains ainsi que les erreurs des autres qui permettent de revenir sur un point particulier du cours.

En tous cas, même si les élèves ont encore tendance à ne pas toujours s’écouter, qu’ils continuent notamment à poser plusieurs fois la même question car ils n’ont pas entendu leur camarade la poser et le professeur y répondre, ils ont aussi pris conscience que quand ils s’écoutaient tout se passait mieux.

2. Le thème du double et l’identité

Afin de pouvoir continuer à travailler sur la notion de l’autre, j’ai fait le choix d’une œuvre intégrale particulière en construisant ma troisième séquence liée au théâtre. Les élèves de la 4ème 4 ont ainsi étudié Amphitryon de Molière. Cette pièce m’intéressait (outre l’approche d’un auteur que les élèves disaient ne pas aimer par le biais d’une œuvre très différente de celles qu’ils avaient déjà étudiées) surtout pour le thème du double qui y est central. L’étude de cette pièce nous a réellement permis de réfléchir au problème de la place de l’autre, de sa reconnaissance en tant que personne.

Ainsi, lorsque j’ai proposé aux élèves, après avoir expliqué la scène, de lire de façon expressive le monologue de Sosie (I, 1), ils ont décidé, contrairement au texte original, de lire à plusieurs ce monologue, faisant donc ressortir son côté “dialogue” (Sosie y joue plusieurs rôles). Ce choix des élèves nous a amené à réfléchir ensemble autour de l’idée d’une identité multiple et d’une identité collective. Les élèves étaient très intéressés, et ont évoqué d’eux-mêmes les problèmes identitaires d’un individu qui peut parfois “être” plusieurs personnes, et d’un groupe qui peut à l’inverse ne faire qu’un. Bien sûr, ils ne font pas forcément le lien avec ce qui se passe dans la classe, et j’aurais peut-être dû insister sur ce point, mais il me semble déjà important que ces questions soient soulevées, même si ce n’est que partiellement.

En choisissant Amphitryon de Molière, l’un de mes objectifs était de faire jouer différentes scènes de face à face des doubles. J’ai donc organisé des moments de jeux théâtraux, j’ai moi-même choisi les duos d’acteurs, en procédant à quelques confrontations inattendues, surtout au niveau du rapport de force. Nous n’avons pas eu le temps de nous appesantir sur ces exercices, mais les réactions de la classe, et les félicitations à l’intérieur de certains “couples” étaient vraiment positives. De nouvelles relations ont vu le jour et les élèves en gardent un très bon souvenir. Je pense qu’il aurait fallu développer cette idée et je regrette de ne pas l’avoir fait.

En fait, j’ai l’impression de me contenter d’évoquer toutes ces questions sans prendre le temps de les approfondir. Mais je ne sais pas dans quelle mesure cela serait possible. J’ai bien conscience que s’intéresser au problème de l’autre et du respect est important. Cela était essentiel pour mettre la 4ème 4 dans de bonnes conditions d’apprentissage, et cela entre dans le cadre de la mission de l’enseignant qui se doit d’éduquer les élèves à la citoyenneté. Pour autant, je ne sais pas exactement comment faire pour développer cette question dans mes cours. Je reste peut-être trop centrée sur les programmes, sur tout ce qui doit être fait, et je crains de trop m’en éloigner.

D – Travailler ensemble

Faire travailler les élèves ensemble était une idée centrale dans mon projet de départ pour que la 4ème 4 devienne un réel groupe classe. Mais, pour que cela puisse se mettre en place, il était nécessaire que les élèves aient commencé à apprendre à vivre ensemble sans tomber dans la violence.

1. Travailler à plusieurs

Je tiens à préciser d’emblée que je n’ai pas encore réussi à organiser de réelles activités de travail en groupes en classe, ce que je regrette. La raison essentielle est que je suis confrontée à un véritable problème matériel : je ne dispose pas d’heures en demi-groupe, mes salles sont très petites, je l’ai déjà dit, et difficilement aménageables. J’ai bien une possibilité réduite dans la salle de l’après-midi (possibilité que je vais utiliser dans le travail d’écriture collectif que je mets en place, mais la salle est contiguë au bureau de la vie scolaire…Malgré tout, j’ai fait travailler mes élèves en groupes, mais en dehors de la classe. J’ai ainsi organisé des exposés au mois de décembre en ouverture de la séquence sur le théâtre. J’avais laissé les élèves libres de former eux-mêmes leurs groupes de travail, tout en donnant des consignes de taille : pour chacun des exposés, il y en avait quatre, il fallait un groupe de trois et un groupe de quatre élèves. Pour remplir ces conditions, certains ont dû accueillir dans leur groupe d’autres élèves que ceux de leur cercle habituel. Chaque groupe devait me rendre un compte-rendu écrit, pour lequel ils auraient une note commune, et passer à l’oral, noté individuellement selon la prestation de chacun. Cela s’est plutôt bien passé malgré quelques petits dérapages : deux élèves appartenant à deux groupes différents (constitués chacun de trois élèves agités et la plupart du temps peu disposés à travailler, trois filles et trois garçons) m’ont finalement demandé de faire seul leur exposé. J’ai accepté. Ces six élèves n’ont malheureusement pas tiré bénéfice du travail en groupes, mais deux d’entre eux ont fait le choix de s’opposer à leurs amis pour réussir à travailler. Ce n’était pas le but recherché, mais ce n’est pas complètement négatif. Pour les autres, notamment pour les groupes où différents élèves étaient mélangés, cela a été une expérience enrichissante. Les exposés oraux ont globalement été bien menés, même si je déplore que l’écoute n’ait pas été de grande qualité. Je pense à nouveau tenter l’expérience, en formant moi-même les groupes et en donnant une tâche à accomplir plus précise aux auditeurs ; là, ils ne devaient que prendre des notes.

2. Travailler tous ensemble

Je pratique plus fréquemment le travail collectif, impliquant la classe entière. J’essaye alors véritablement de donner la parole à tous, pas seulement à ceux qui participent de manière spontanée.

Ainsi, les élèves votent régulièrement. Par exemple, à chaque fin de séquence, les élèves doivent choisir le titre de la séquence qui se termine. Tous les élèves réfléchissent à un titre possible, ensuite je note les différents titres (beaucoup se ressemblent) au tableau, souvent les élèves en proposent à nouveau d’autres en mélangeant différentes idées, puis les élèves votent pour celui qu’ils préfèrent. Démocratiquement, la majorité l’emporte. D’autres votes sont aussi organisés pour le choix de thèmes ou autres. Ces instants sont appréciables, même si parfois des disputes éclatent ou que certains font pression sur d’autres pour qu’ils se rangent à leur avis ; les élèves les plébiscitent. Dans ces moments, je laisse la parole aux élèves et il me semble qu’ils construisent vraiment quelque chose ensemble, bien que cela reste un peu anecdotique.

Les élèves travaillent aussi collectivement quand nous étudions un texte pour comprendre son sens. J’essaye dans la mesure du possible de donner la parole au plus grand nombre pour qu’ils confrontent leurs points de vue et qu’ils dégagent, dans la discussion, le sens du texte. Cela me semble porteur dans le sens où lors de ces activités, les élèves sont à la fois dans l’échange (et donc dans l’écoute de l’autre) et dans la construction collective de leur savoir. Mais je n’arrive pas toujours à mettre ce dispositif en place, par manque de temps le plus souvent.

Les élèves de la 4ème 4 apprennent aujourd’hui à travailler ensemble et généralement ils apprécient ces phases d’échanges et de partage. C’est pourquoi j’ai décidé de mettre en œuvre un projet commun à tous élèves, celui de l’écriture collective d’une nouvelle fantastique. Malheureusement à l’heure actuelle, il est juste en train de se mettre en place : les élèves ont voté pour choisir le thème de leurs nouvelles et ont commencé individuellement à élaborer un scénario ; les six groupes d’écriture ont été formés. Il reste donc l’essentiel à mettre en place, l’écriture collective en tant que telle.

 

III / Un long chemin

L’ambiance de la classe pendant les cours de français est sans aucun doute meilleure qu’en début d’année. Les différents volets de mon projet, à savoir : faire de la 4ème 4 un groupe classe vivant et travaillant ensemble, ont apporté un certain mieux-être en classe, comme le démontre les séances actuelles et les témoignages des élèves. Toutefois, les tensions persistent, elles sont simplement moins exacerbées pendant mes heures de cours qu’à d’autres moments, notamment à l’extérieur. Pour faire évoluer les relations des élèves plus en profondeur, la route est encore longue et pourtant la fin de l’année se rapproche à grands pas.

A – Dans les semaines à venir

Beaucoup de choses s’organisent pour les séquences et séances à mener. Je ne ferai ici qu’évoquer les points que je souhaite principalement aborder avec ma classe dans les semaines à venir, pour continuer à agir sur l’amélioration de l’ambiance de la classe, des relations entre élèves.

1. L’écriture collective

J’ai déjà parlé du projet de l’écriture collective de nouvelles fantastiques, qui n’en est pour le moment qu’à ses débuts, mais je voudrais revenir sur sa mise en œuvre proprement dite et mes objectifs quant aux rapports entre les élèves.

Les vingt huit élèves de 4ème 4 sont divisés en quatre groupes de cinq élèves et deux groupes de quatre élèves. J’avais au départ formé ces groupes en prenant soin de mixer les compétences et les affinités et en évitant de créer de nouvelles tensions. J’ai dû revoir la formation de ces groupes à la suite d’un vote des élèves sur les choix d’énonciation pour l’écriture de leurs nouvelles, une moitié de la classe souhaitant écrire au passé, l’autre au présent. Je suis moins satisfaite des nouveaux groupes, mais j’espère qu’ils fonctionneront bien malgré cela. Peut-être serait-il mieux de les laisser choisir avec qui ils désirent écrire, mais il n’y aurait sans doute pas de brassage entre les divers sous-groupes et je crains de plus de trop grands écarts entre les différents groupes ainsi formés.

Tout est encore à faire, mais j’espère que ce projet sera porteur et bénéfique aux relations entre les élèves. Je souhaite qu’ils s’écoutent, qu’ils travaillent vraiment ensemble et qu’ils se rendent compte de la richesse que peut apporter l’hétérogénéité. En effet, si leurs différences sont souvent source de tensions dans la classe, il me semble que grâce à ce type d’activité, ils peuvent prendre conscience qu’elle est aussi “le moteur de la progression du groupe et la source de sa créativité” (ANZIEU Didier et MARTIN Jacques-Yves, La Dynamique des groupes restreints, PUF, Paris, 1979).

2. Le respect et la tolérance

Je souhaite revenir sur la notion de respect ainsi qu’aborder la question de la tolérance et de l’intolérance. Ces thèmes me paraissent être au centre des problèmes que j’ai rencontrés en enseignant à la 4ème 4. En effet, les élèves ont du mal à se respecter les uns les autres, et ils sont surtout difficilement capables d’accepter leurs différences, ce qui est réellement problématique. Je pense utiliser la future séquence autour du pôle “satire et critique sociale du XVIIIème siècle”, mais je ne sais pas encore dans quelle mesure cela se fera effectivement. Comme avec Amphitryon et la réflexion menée alors sur l’autre, je me demande jusqu’où je peux aller dans l’étude de ces notions ou, plus exactement, comment je peux, à partir des textes expliqués, faire le lien avec la vie de la classe. C’est un problème que je n’ai pas résolu.

Faire travailler les élèves ensemble autour de thèmes choisis en fonction des difficultés relationnelles rencontrées dans la classe me paraît nécessaire afin d’apporter des changements, aussi minimes soient-ils, dans le comportement des élèves entre eux.

B – Idées plurielles

En réfléchissant à ce qui pourrait être fait afin de réduire les tensions entre élèves et que se forme un groupe classe, quelques pistes me sont venues à l’esprit, que je ne fais qu’évoquer ici.

1. Heure de vie de classe et parole des élèves

Au collège des 4 arpents, il n’y a pas d’heure de vie classe. Pour moi, c’est vraiment dommage. Je pense en effet sincèrement qu’un tel dispositif aurait aidé les élèves de la 4ème 4 à vivre ensemble au quotidien, que cela aurait au moins désamorcé une partie des tensions. Il n’est qu’à voir la réussite de ces heures de vie de classe dans des établissements difficiles (PAIN Jacques, GRANDIN-DEGOIS Marie-Pierre, et LE GOFF Claude, Banlieues : les défis d’un collège citoyen, ESF éditeur, Paris, 1998, collection pédagogies / outils) où elles permettent d’aider le groupe classe à gérer différents types de problèmes relationnels (avec les adultes, entre élèves,…), même si, bien entendu, tout n’est pas réglé.

Il me semble qu’il est important de laisser la parole aux élèves, durant ces heures spécifiques où ils débattent des problèmes qu’ils rencontrent, comme régulièrement en classe. C’est en tous cas, je pense l’avoir montré, ce que je m’efforce de faire, avec plus ou moins de réussite. Je me range à l’avis de Colette CRÉMIEUX pour qui la “libération de la parole” est une “condition indispensable à une éducation à la citoyenneté” (CRÉMIEUX, La Citoyenneté à l’école, Syros, Paris, 1998.). Comment en effet demander aux élèves de respecter l’autre et sa parole si la leur n’est pas prise en compte ?

Après mon expérience avec la 4ème 4, j’espère ne plus oublier qu’il est indispensable d’être à l’écoute des élèves, pour adapter les cours à leurs besoins, bien sûr, mais aussi pour se faire une idée de cette vie dans la classe à laquelle nous participons en tant qu’enseignants, mais qui nous est souvent inconnue alors qu’elle a un véritable rôle dans les apprentissages de nos élèves.

2. Autres idées en vrac

Je ne tente pas ici de lister des idées que je pourrais ou non mettre en place au gré des années futures, mais je souhaite revenir un court instant sur certains aspects de la vie scolaire de la 4ème 4 cette année, notamment les voyages scolaires. Dans les semaines à venir, tous mes élèves vont partir en voyage, malheureusement, pas ensemble. Certains partent en Auvergne, d’autres en Italie, et d’autres encore en Espagne. Cela aurait pourtant pu, à mon avis, être une bonne occasion de confronter les élèves au “vivre ensemble”, dans d’autres conditions que celles de la classe au quotidien. De même pour les sorties, mes élèves en sont “privés” car l’on redoute de possibles dérapages alors même qu’organiser une sortie serait un moment privilégié pour réfléchir ensemble sur le groupe classe et ses règles de comportement.

 

En fait, je pense qu’il serait nécessaire de travailler à l’amélioration de l’image que l’on a des élèves de la 4ème 4 dans l’établissement (éviter notamment les préjugés dès le début de l’année scolaire…), pour qu’ils puissent eux-mêmes avoir une image positive de leur classe et se sentir bien ensemble.

C – Retour en septembre 2002

S’il était possible aujourd’hui de tout reprendre, je n’agirais peut-être pas tellement différemment, mais plus vite, plus tôt, et pas seule.

1. Un projet commun plus tôt dans l’année

Les améliorations qui sont visibles dans l’ambiance de la classe durant mes cours auraient sans doute pu être plus significatives si j’avais tenu compte de ce problème plus tôt.

Mais il m’a fallu du temps pour identifier la nature du problème, trop de temps peut-être. D’après PHILIBERT et WIEL, “une activité qui vise à améliorer l’ambiance de la classe [est] d’autant plus efficace qu’elle [est] préventive et non curative” (PHILIBERT Christian et WIEL Gérard, Faire de la classe un lieu de vie, Socialisation – Apprentissage - Accompagnement,). Sans aller jusque-là, il me semble évident qu’il aurait été profitable à la classe de mettre en œuvre différents moyens pour tenter de régler le problème dès le début d’année. Cela aurait permis entre autres d’élaborer un véritable projet sur l’année entière. Cette notion de projet est à mon avis centrale, de manière générale, et encore plus face à une classe comme la 4ème 4, c’est-à-dire une classe où fait défaut le sentiment d’appartenance au groupe. En effet, il paraît incontestable que “la réalisation d’un projet commun facilite la naissance d’un groupe” (idem). Quand je vois à quel point mes élèves sont impatients de commencer l’écriture collective, je regrette vraiment de ne pas avoir construit un tel projet plus tôt.

Je pense ainsi que si j’avais mis en place un réel projet commun dès les premières heures de cours, les relations entre les élèves auraient évolué de manière encore plus positive, que cela aurait sans doute pu renforcer la cohésion du groupe.

2. Un travail d’équipe

Je n’ai pas véritablement eu l’occasion de travailler en équipe cette année, pourtant il me semble que cela aurait été bénéfique à la classe. Nous avions pourtant pensé à un projet, le professeur de musique et moi, lors de la séquence sur la poésie, mais il n’a pas pu aboutir à cause du comportement des élèves en cours de musique à ce moment précis de l’année. Aujourd’hui, nous avons à nouveau le projet de travailler ensemble, elle et moi, dans le cadre de séances décrochées, mais ce n’est encore qu’un projet.

Avec le reste de l’équipe pédagogique, nous nous sommes réunis plusieurs fois pour discuter des élèves les plus difficiles. Nous avons même, à un moment donné de l’année, décidé d’une politique commune face à la classe et à ses débordements. Mais cette politique a vite été abandonnée devant son peu de résultats positifs. Il me semble pourtant toujours essentiel de travailler tous ensemble à la résolution des problèmes posés par la 4ème 4 et son manque de cohésion. Je suis confortée dans cette opinion par les événements des dernières semaines. En effet, depuis quelque temps la majorité des professeurs de la 4ème 4 sont d’accords pour reconnaître que les problèmes relationnels entre les élèves sont, en grande partie, à l’origine de la mauvaise ambiance de la classe. Nous avons ainsi pu tenir un discours commun lors du conseil de classe du deuxième trimestre.

Cela me semble déjà bien, même s’il resterait à véritablement travailler ensemble pour améliorer la situation. Les élèves commencent à s’apercevoir que l’on se préoccupe réellement d’eux et de la classe, cela ne peut être que positif.

Je pense sincèrement qu’élaborer un véritable projet, si possible en équipe, aurait aidé la classe de 4ème 4 à former un réel groupe classe et à améliorer ses résultats. Il aurait fallu une plus rapide prise de conscience du problème et que l’équipe pédagogique dans son ensemble s’engage dans un projet d’action.

Conclusion

Entre le mois de septembre et ce mois de mars, l’ambiance dans la classe de 4ème 4 a beaucoup évolué. Je rencontre nettement moins de problèmes de discipline, l’atmosphère générale est plus agréable, les cours fonctionnent mieux. Mais cette amélioration ne signifie pas pour autant que les tensions ont disparu. Elles sont pour la plupart toujours présentes.

Je voudrais conclure sur ce que m’a apporté la rédaction de ce mémoire.

Tout d’abord, lors de sa conception, j’ai pu prendre du recul sur ma pratique, faire le point sur ce qui avait fonctionné et ce qui était à revoir, réfléchir concrètement au chemin qu’il restait à parcourir. Ensuite, la phase de recherche documentaire m’a permis de me rendre compte que ce que je supposais, à savoir que les problèmes entre mes élèves étaient la source des difficultés que je rencontrais, n’avait rien d’étonnant ni d’étrange, bien au contraire. J’ai aussi appris de nombreuse autres choses sur le groupe classe et les problèmes de violence notamment. Enfin, le passage par l’écrit a été important, il m’a amené à éclaircir et formaliser mes idées ainsi qu’à aller plus loin dans mon analyse de la situation. De plus, pour compléter ce mémoire, j’ai cherché à savoir quel était le regard de mes élèves sur les différentes actions que j’ai menées. Je leur ai posé la question et leurs réponses me prouvent que même si tous les problèmes sont loin d’être réglés, ils sont sensibles à mes efforts pour améliorer l’ambiance de la classe. C’est encourageant.


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Bibliographie

ANZIEU Didier et MARTIN Jacques-Yves, La Dynamique des groupes restreints, PUF, Paris, 1979 (3ème édition),

AUGER Marie-Thérèse, BOUCHARLAT Christiane, Élèves “difficiles”, profs en difficulté, Chronique Sociale, Lyon, 2001 (4ème édition),

CRÉMIEUX Colette, La Citoyenneté à l’école, Syros, Paris, 1998,

DEBARDIEUX Éric, La Violence dans la classe, ESF éditeur, Paris, 1990, collection sciences de l’éducation,

ESTRELA Maria Teresa, Autorité et discipline à l’école, ESF éditeur, Paris, 1994, collection pédagogies,

JOYEUX Yannick, L’Éducation face à la violence, ESF éditeur, 1996, collection pédagogies,

PAIN Jacques, GRANDIN-DEGOIS Marie-Pierre, et LE GOFF Claude, Banlieues : les défis d’un collège citoyen, ESF éditeur, Paris, 1998, collection pédagogies / outils,

PERRENOUD Philippe, Métier d’élève et sens du travail scolaire, ESF éditeur, Paris, 1994, collection pédagogies,

PHILIBERT Christian et WIEL Gérard, Faire de la classe un lieu de vie, Socialisation – Apprentissage – Accompagnement, Chronique Sociale, Lyon, 1997.

SEUX Bernard, “Les incivilités, vues par les élèves”, in Les Cahiers pédagogiques n°375, juin 1999, dossier “Face à la violence”.


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