Joane Renassia, 2001
Échanger pour construire sa pensée


Travailler l'oral
Niveau : Lycée (seconde)

Mots clés : Citoyenneté, Interactions oral-écrit, Oral


INTRODUCTION

I - Préparer le terrain

A . Comment commencer ?

B . Amorce de l’application pédagogique

II - La mise en place d'activités pour améliorer les échanges entre é lèves

A . Le choix d’une lecture active : la lecture prospective

B . Vers le débat

III - Les intérêts du travail sur les échanges

A . L'évolution de la classe

B . L'oral et le décloisonnement

Conclusion

 

 

 

INTRODUCTION

Cette année, j'ai en charge la seconde onze du lycée Camille Claudel à Pontault-Combault. Il faut avouer que l'annonce de cette première affectation m'a quelque peu rassurée, Pontault-Combault n'étant pas une ville dont les établissements scolaires sont réputés comme "difficiles".

Lorsque j'ai découvert la liste nominative de mes élèves, avant même de les avoir rencontrés, la répartition de la classe m'a tout d'abord frappée. En effet, un certain "déséquilibre" m'est apparu quand j 'ai constaté que la seconde onze se composait de vingt quatre garçons et huit filles. Etant donnée l'appréhension que je ressentais, comme tout professeur débutant à la rentrée, une première question s'est imposée : comment gérer un tel déséquilibre ?

De plus, j'ai constaté que, l'option de la majeure partie des élèves étant la technique des systèmes automatisés, complétée par l'option "sciences économiques et sociales" pour le reste de la classe, je ne serai, apparemment, pas face à des littéraires. Enfin, toujours en proie à mon imagination, j'ai pensé qu'une telle répartition risquait de faciliter la formation de groupes au sein de la classe : entre filles et garçons, entre options... Or, la réalité s'est avérée toute autre, ou presque. Dès les premiers cours, j'ai tout de suite compris que, comme je me l'étais représenté, il ne s'agissait pas là d'élèves que la littérature passionne. Mais, contrairement à ce que je pensais, ces élèves s'entendent à merveille. Ils ont tout de suite été à l'aise ensemble et ne forment qu’un seul et même groupe : la seconde onze.

L'étrange répartition de la classe ne les a absolument pas déstabilisés, et, dès le début de l'année, ils ont fait preuve d'une énergie débordante, ce qui s'est répercuté dans la participation orale. Comment qualifier cette dernière? Etait-elle bonne, car foisonnante, ou tout à fait mauvaise car désorganisée? En fait. mes élèves ont tout de suite été très actifs, voire trop. Ils prenaient donc facilement la parole sans hésiter à donner leurs avis.

Cependant, paradoxalement, si mes élèves s'entendaient très bien en dehors des cours ou pour plaisanter, quand il fallait échanger des idées, des opinions, discuter, débattre, ils devenaient, alors, complètement intolérants. chacun défendant son idée sans se soucier de l'avis de l'autre, quitte à l'insulter, pour rire... Finalement, la bonne entente entre mes élèves était très positive mais semblait leur ôter toute timidité, toute censure voire tout respect ! J'ai donc compris que mon travail devait être axé sur le développement de leurs capacités à dialoguer, à échanger des informations, des idées, des points de vue, à débattre. Il s'agissait donc, pour moi, de résoudre ce problème : comment utiliser l'échange oral en classe de français pour construire sa pensée ?

Il convient, ici, de préciser que cet objectif que je me suis fixé avec la classe s'est largement appuyé sur les nouveaux programmes de seconde qui accordent une place accrue a l'oral. En effet, nous pouvons constater, et ce déjà dans les programmes de collège, que tout un paragraphe est consacré à l'oral (IV, C-) dans lequel il est dit "En classe de seconde, le but est de permettre aux élèves de pratiquer des activités orales diversifiées et de commencer a analyser les spécificités de l'oral (variations des formes de parole et des niveaux de langage en fonction des situations, des buts et des interlocuteurs)."

Pour mettre en place ce projet, il a fallu "préparer le terrain" afin que les activités mettant l'accent sur les échanges soient efficaces, ce que nous étudierons dans une première partie. Ensuite, nous verrons la mise en place et le déroulement de ces activités. Enfin, nous tenterons de faire un bilan de ce travail en insistant sur ses principaux intérêts.

I - Préparer le terrain

A . Comment commencer ?

Lorsque la décision de faire des échanges oraux une priorité au sein de la classe fût prise, il m'a fallu fixer un certain nombre d'objectifs et surmonter quelques difficultés.

Les premiers problèmes résidaient dans la vision que les élèves avaient de l'oral et plus précisément des activités qui font travailler l'oral. En effet, bien qu'étant débutante, j'ai tout de suite compris, à la lumière de mes propres souvenirs de lycéenne et en interrogeant quelques élèves, que l'expression "travailler l'oral" était quasiment synonyme de "récréation". Il fallait donc trouver une solution pour que les activités soient prises au sérieux et que les élèves comprennent qu'il ne s'agissait pas d'une occasion pour se détendre mais bel et bien d'exercices aussi importants que l'écrit, malgré leur caractère plus ludique.

J'ai alors décidé de résoudre, ou de tenter de résoudre, ce problème grâce à une évaluation de l'oral. En effet, j'avais remarqué que les élèves semblaient toujours plus motivés et s'investissaient davantage lorsque le travail était noté, c'est pourquoi le fait d'évaluer les activités orales pouvait permettre de les stimuler. Des risques semblaient tout de même présents : bloquer certains élèves avec la crainte d'une mauvaise note ou disqualifier les plus timides.

Je me suis alors reportée aux documents d'accompagnement des programmes de seconde qui donnent quelques conseils dans la sous partie "Evaluation" de la fiche "Oral" : " Il ne saurait être question d'évaluer systématiquement les performances orales ; il est, de plus, recommandé de ne pas disqualifier les élèves timides ou réservés dont les compétences orales doivent être néanmoins développées; aussi, on indiquera toujours des critères clairs et précis sur lesquels se fondera l'évaluation, pour ne pas donner à penser qu'on juge la personne autant que l'exercice. Pour cela, il convient d'utiliser comme critères d'évaluation les contraintes imposées par le genre travaillé avec les élèves (exposé, dialogue, récitation, oralisation d'une scène de théâtre...)."

Aussi, l'important était de leur donner des critères précis en fonction des activités sans pour autant les évaluer systématiquement de façon chiffrée. Parfois notées, les activités orales donneraient également lieu à de simples appréciations sur le bulletin ou pouffaient être utilisées comme compléments d'autres notes... Ainsi, des critères pour l'évaluation orale ont été définis, selon le type d'exercice, sous forme de fiches, que nous expliquerons par la suite, ou de consignes orales. Une dernière difficulté m'est apparue, avant d'avoir commencé la mise en oeuvre de mon projet s comment intégrer les activités sur les échanges à l'oral dans une séquence?

Suivant les Instructions Officielles, l'enseignement doit être organisé en séquences articulant travail sur la langue, lectures, expression orale et écriture. Il fallait, donc, que je mette en place au moins une activité orale par séquence. Chaque séquence a donc été conçue de façon à travailler l'oral grâce à divers exercices tels que des exposés, des récitations, des lectures à haute voix, des comptes rendus de lectures. Précisons que ce mémoire n'abordera que les activités grâce auxquelles les échanges entre élèves ont été travaillés. Avant de les évoquer, il convient de préciser que c'est le débat, ultime objectif de mon travail, qui posait le plus de problèmes, à priori : pour pouvoir mettre en place cet exercice en classe au moment propice pour les élèves et pour mon projet, ce débat devait avoir lieu lors de la séquence sur le romantisme. Il est évident que pour qu'un débat "fonctionne", il faut que les élèves maîtrisent le sujet et soient motivés, or, de toute évidence, ils allaient découvrir ce mouvement littéraire et, donc, auraient des difficultés à débattre sur ce sujet.

Cette difficulté persistant, j 'ai pensé qu'une solution apparaîtrait davantage au fil de l'année, ce que nous aborderons dans la partie réservée au débat de ce mémoire.

B . Amorce de l’application pédagogique

Les activités orales sont nombreuses et peuvent être divisées en deux grands groupes : les oraux préparés, les oraux spontanés. Pour le premier groupe, les élèves s'appuient sur un référent déjà construit et font essentiellement appel à des compétences d'élocution, de diction, alors que dans le deuxième cas, l'élève improvise, doit ajuster son propos à son interlocuteur et à un objectif précis. Ces deux types d'oraux sont, à mon sens, complémentaires. En effet, il convient de faire pratiquer plusieurs formes d'oraux aux élèves pour les habituer à s'adapter aux différentes situations de communication dans lesquelles ils se trouvent et à ce que contient leur message.

Ainsi, plusieurs activités orales se présentaient à moi dés le début de l'année. Celles ci apparaissent dans les documents d'accompagnement aux programmes de seconde: lectures à haute voix, récitation, exposés, débats, travaux de groupe... Mon but étant de travailler essentiellement les échanges entre élèves, il me fallait faire un tri pour sélectionner les activités qui mettent l'accent sur ce point. J'ai donc décidé de mêler oraux préparés et oraux spontanés pour arriver à mettre en place mon projet.

L'objectif de tout cela était d'arriver à faire un débat avec les élèves, ce qui ne pouvait absolument pas avoir lieu en début d'année. Ainsi, plusieurs exercices ont été mis en place pour travailler et améliorer progressivement les échanges oraux. Il me fallait tout d'abord travailler l'écoute entre élèves, ce qui semble essentiel dans un débat, puis faire en sorte qu'ils s'entendent et communiquent sans s'agresser, ce que j'ai pensé obtenir grâce au travail en groupes. Enfin, après avoir mis en place toutes les "bases" de l'échange oral, je pensais pouvoir aborder le débat.

Il est important de dire que d'autres exercices oraux ont été pratiqués avec la classe mais ils ne seront pas évoqués, ne s'inscrivant pas directement dans le projet de ce mémoire.

Fixer les règles de l’oral spontané en classe

Après avoir analysé les besoins de la classe, il a semblé nécessaire de rendre explicites les règles de la communication orale dans la classe. En effet, il fallait que mes élèves prennent conscience de ce que représente l'acte de parole au sein d'un groupe et qu'ils aient un certain nombre de repères. Comme je l'ai dit en introduction, mes élèves participaient beaucoup dès le début de l'année mais de façon tout à fait désordonnée. Ainsi, il semblait que tous obéissaient à une règle implicite : celui qui parle le plus fort, de la façon la plus véhémente et qui use des phrases les plus péremptoires a raison !

Je n'ai pas voulu éliminer complètement celle tendance à vouloir convaincre grâce à une certaine "posture", mais il fallait qu'elle diminue au profit d'un oral plus qualitatif que quantitatif. Ma réflexion s'est tout d'abord orientée vers l'oral "spontané", ou la participation, en classe. Le but de la séance que je voulais mettre en place était de réfléchir avec les élèves, de prendre le temps de parler de l'oral avec eux, pour qu'ils se rendent compte de l'importance de ce domaine en classe de français. Je voulais aussi les sensibiliser au fait que ce type d'oral dit "spontané" est régi par autant de codes qu'un oral préparé. Mettre en place les règles de l'oral en classe peut sembler une chose à faire davantage au collège qu'au lycée, mais la seconde onze du lycée Camille Claudel en avait réellement besoin.

La séance: créer une fiche d'évaluation orale avec les élèves

Afin de fixer les "régies du jeu", j'ai proposé aux élèves, durant une séance de module, de dresser, au brouillon, la liste des critères nécessaires à la pratique de l'oral lorsque l'on veut évaluer la participation en classe. Dix minutes plus tard, les élèves ont proposé leurs idées, à tour de rôle, qui ont été listées au tableau. Les propositions concernant à l'attitude de l'élève qui prend la parole ont été nombreuses. On peut noter la récurrence de trois éléments: lever le doigt, s'exprimer clairement, faire des phrases. Nous avons affiné les réponses et la réflexion pour en arriver à un certain nombre de critères que celui qui parle doit respecter: lever la main, attendre qu'on lui donne la parole, articuler, utiliser un langage correct, faire des phrases. Nous pouvons noter que la majeure partie de la classe avait trouvé tous ces éléments, preuve qu'ils savent bien quelle attitude adopter en classe.

Puis, le propos s'est orienté vers une réflexion sur la langue. Tous les élèves ont su affirmer qu'une réponse valable était effectuée sous forme de phrases, et non de simples mots ou interjections, ce qu'ils savaient et qu'on leur "rabâchait", pour reprendre leurs propos, depuis le collège.

Cependant, aucun élève n'avait évoqué le comportement de la personne qui ne s'exprime pas. Leur conception de l'oral en classe se limitait à celui qui parle sans se préoccuper du reste de la classe. Voilà donc le point sur lequel il fallait s'attarder: la prise en compte de l'auditoire. Je les ai amenés à réfléchir à ce que l'on pourrait appeler "l'espace de parole d'un élève". Ainsi, au fil de la discussion, ils se sont accordés pour dire que, lorsqu'un élève s'exprime, les autres doivent porter une attention particulière à ses propos, ne pas le déranger en bavardant ou l'interrompre brutalement, en un mot le respecter. Ils ont donc bien compris que quand on évoque la participation en classe, il s'agit autant de celui qui parle que de celui qui écoute. Une place importante a également été accordée au fait de ne pas rester passif même Si l'on ne prend pas la parole, mais de continuer à réfléchir pour pouvoir éventuellement réagir, "rebondir", sur les propos. Enfin, nous en avons conclu que l'écoute de l'autre on classe était la clé de toute communication et qu'un bon oral n'était pas forcément fourni par un élève qui parle beaucoup pour ne rien dire et accapare le professeur, mais qu'un oral modéré et de qualité était finalement bien meilleur. Ainsi, la classe a déclaré qu'il était préférable de prendre la parole cinq fois dans l'heure de façon à faire avancer le cours tout en permettant à tous les élèves de s'exprimer.

Après cette première étape de réflexion, nous avons élaboré une grille d'évaluation orale en nous mettant d'accord sur le fait que chaque élève la posséderait dans son classeur.

Ainsi, chaque trimestre, ils seraient évalués on fonction de critères bien déterminés au même titre qu'un devoir écrit.

Durant le dernier quart d'heure, les élèves ont dû s'auto-évaluer, puis chaque élève devait évaluer son voisin en guise d'entraînement et de vérification de l'efficacité de la grille. Il s'agissait également, pour moi, de voir s'ils pouvaient être objectifs envers eux-mêmes et s'ils avaient réellement conscience de leurs lacunes.

Chaque élève a ensuite donné sa note à haute voix et a comparé avec celle attribuée par le voisin. Lorsque, dans quelques rares cas, l'écart entre les deux notes était trop important,       nous avons tenté de comprendre quels étaient les points qui divergeaient et pourquoi. Il est important de dire que, dans tous ces cas particuliers, la différence était due à une sous-estimation de l'élève sur son attitude on classe, ce qui montre à quel point ils peuvent être sévères envers eux-mêmes.

Ce qui m'a étonnée et on même temps rassurée, a été de constater à quel point les élèves sont objectifs et aptes à se juger. Les notes obtenues ont été plus ou moins bonnes et chaque élève s'est donné pour objectif de les améliorer au fil de l'année. Le bilan de cette séance est positif dans l'ensemble. En effet, cela a permis à la classe de se "remettre on tête" les règles de la vie on classe. A plusieurs reprises j'ai constaté qu'ils connaissaient déjà un certain nombre d'éléments, mais il a tout de même été bénéfique de les rappeler et de les rendre explicites au moins une fois dans l'année. Les élèves ont, donc, une note de participation orale par trimestre . Ce qui m'a semblé important a été de leur faire prendre conscience de leurs qualités ou défauts en leur demandant de s'auto-évaluer à la fin de chaque trimestre. Ensuite, Si cela est nécessaire, je réajuste la note.

Le reproche que l'on peut faire à ce type de tableau est qu'il donne lieu à une note chiffrée et l'on en vient à se demander Si les élèves ont bien assimilé les règles ou s'ils les respectent uniquement en cours de français pour obtenir cette fameuse "bonne note qui compte dans la moyenne". Dans tous les cas, cela a permis à mes élèves de se calmer et la participation en classe s'est nettement améliorée. Il fallait, alors, aller plus loin et commencer les échanges non plus entre le professeur et les élèves, mais d'élève à élève.

II - La mise en place d'activités pour améliorer les échanges entre élèves

A . Le choix d’une lecture active : la lecture prospective

Une dimension essentielle de l'oral

Dès le début de l'année, il m'a semblé essentiel de mettre l'accent sur l'écoute de l'autre. En effet, comment échanger des idées sans prendre en compte la parole d'autrui ? Comment faire avancer un débat, préciser sa pensée ou exprimer un point de vue pertinent sans développer efficacement l'écoute et confronter sa pensée à celle des autres ? Il ne s'agit pas de dire, ici, que les élèves étaient complètements sourds et "hermétiques" aux propos de leurs camarades, mais ils fallait qu'ils apprennent à écouter plus qu'à entendre.

Toutes les Instructions Officielles concernant le collège mettent l'accent sur l'écoute en classe. Mes élèves avaient donc déjà dû travailler dans ce sens et c'est ce qui devait être approfondi. Précisons que les documents d'accompagnement des programmes de la classe de troisième sont tout à fait intéressants car ils expliquent de façon précise en quoi l'écoute est le fondement de toute activité orale en ces termes "En 3°, le développement des capacités d'écoute peut répondre à des objectifs spécifiques, concernant à la fois la relation entre les interlocuteurs, les genres de l'oral, la maîtrise de l'échange.". Ces objectifs sont, certes, ceux de la classe de troisième, mais semblent encore adaptés en seconde, bien qu'à approfondir. Il convient de rappeler que mon travail sur les échanges oraux devait aboutir à un débat en classe et, donc, toutes les activités devaient converger dans ce sens.

Le travail en groupe : la leçon de l'échec

Voulant améliorer les échanges entre élèves, j 'ai mis en place une activité qui met l'accent sur la communication: le travail en groupes. Mon objectif était de réunir les élèves en petits groupes afin de les faire discuter et échanger des idées pour arriver à une conclusion commune. La première tentative fut un échec pour plusieurs raisons qui ne m'ont pas semblé évidentes dans un premier temps.

L'exercice proposé était simple mes élèves ayant, en début d'année, de grandes difficultés à argumenter, ils devaient, dans le cadre de la séquence sur l'argumentation avec comme thème "l'Autre", trouver par groupes de trois ou quatre des arguments grâce auxquels un étranger critiquerait la société française. Ensuite, chaque groupe devait désigner un rapporteur qui exposerait à l'ensemble de la classe les arguments trouvés.

Les problèmes ont essentiellement résidé dans la gestion de la classe. En effet, l'activité ayant lieu en classe entière, les élèves étaient beaucoup trop nombreux et le niveau sonore était trop élevé. De plus, je n'avais pas donné assez de consignes précises sur la conduite à adopter; respect de l'autre, échanger des idées uniquement au sein de son groupe, ne pas parler trop fort... Enfin, j'avais pris le parti de laisser les élèves constituer les groupes ce qui s'est avéré totalement inefficace car ils ont mis un temps fou à s'organiser et se sont réunis en fonction des affinités, ce qui les a rendus encore plus enclins aux bavardages. Je passe sur le cas d'Elise dont personne ne voulait dans son groupe ! Bref, la séance s'est terminée par un retour "à la normale", les élèves travaillant individuellement et face au professeur. Ne voulant pas rester sur un échec, j'ai pris conscience de tous ces problèmes et j'ai fait quelques réglages pour mettre à nouveau en place cette activité.

Nouvelle tentative

J'ai donc décidé de tenter à nouveau ce type d'activité lors de la séquence sur le romantisme. Pour commencer, le travail en groupes a eu lieu en module pour permettre aux élèves de discuter sans que cela se transforme en un véritable brouhaha. De plus, cela me permettait de gérer plus facilement la classe et d'être plus disponible pour chaque groupe. Ensuite, j'ai constitué moi-même les groupes en veillant à une certaine hétérogénéité en fonction du niveau des élèves ou des différents caractères et personnalités. J'ai également pris soin de préciser clairement les objectifs de cet exercice : le comportement adéquat et le caractère "non gratuit" de ce travail.

La séance a porté sur l'étude de l'image ; ce thème pouvant sembler moins scolaire aux élèves, j'ai pensé qu'il les motiverait. Chaque groupe avait en sa possession un tableau romantique de Delacroix ou Géricault. Une feuille composée de trois questions, identiques pour tous les groupes, avait été distribuée. Les consignes étaient les suivantes :

Trouvez des mots ou expressions pour qualifier les sentiments que vous ressentez à la vision de ce tableau. Donnez les raisons de votre choix.

Décrivez ce tableau précisément, quelles difficultés rencontrez-vous?

Après avoir attentivement regardé le tableau et pris connaissance de son titre, imaginez en quelques lignes l'histoire qu'il évoque. Quels sont les indices qui vous ont permis d'imaginer un récit?

Ces trois questions étaient extrêmement simples mais également ouvertes pour que les élèves ne perdent pas de temps à comprendre les consignes et qu'ils aient un maximum d'idées.

Les élèves devaient d'abord mettre en commun leurs idées, puis rédiger leurs réponses sur feuille. Afin que tous se sentent concernés et s'investissent, j'ai précisé qu'à la fin de l'heure, un élève serait désigné au hasard dans chaque groupe pour faire le bilan des idées de son équipe.

Il est vrai qu'il a fallu, à quelques reprises, rappeler certains élèves à l'ordre mais la séance s'est bien déroulée. De plus, contrairement à la séance précédente, les élèves avaient un travail concret à me rendre ce qui leur a permis, encore une fois, de mesurer l'importance de prendre celle activité au sérieux.

Quant à moi, mon rôle a été de veiller au respect des consignes de comportement, dc passer dans les groupes pour donner des conseils et aider à gérer le temps ou encore pour régler quelques litiges.

Il faut noter que je n'ai guère été débordée comme la première fois même Si, il faut l'admettre, le professeur ne peut certainement pas, dans ce genre de situation, remarquer tous les moments de flottement au sein des groupes. Ce travail s'est avéré très efficace car stimulant pour les élèves et permettant de travailler sur la maîtrise des échanges.          

B . Vers le débat

Un exercice difficile à mettre en place

Pour qu'un débat puisse fonctionner, il semble évident que le thème doit intéresser les élèves. Cette première condition n'est, cependant, guère suffisante. Il faut également que le thème ne soit pas trop complexe pour que les élèves puissent trouver des idées et que ces derniers se sentent impliqués dans la discussion.

J'avais prévu de faire ce débat durant la séquence sur le romantisme, et plus le temps passait, plus je manquais d'inspiration. C'est alors qu'après avoir étudié le théâtre romantique, quelques élèves m'ont reproché de ne pas les avoir encore emmenés au théâtre, alors que d'autres classes de seconde y étaient déjà allées.

Sachant que je prévoyais une sortie en fin d'année, j'ai saisi l'occasion pour les amener a argumenter sur ce sujet. Ce thème n'était pas directement lié à ma séquence, mais il pouvait être l'occasion d'un vrai débat avec les élèves car il correspondait à un enjeu réel pour eux. J'avais donc trouvé un thème pour le débat mais d'autres problèmes se présentaient comme celui des "préjugés". En effet, lorsque j 'ai parlé d'un débat aux élèves ils ont tout de suite semblé ravis et ont fait référence à des débats télévisés. C'est alors que j'ai compris que leur vision du débat divergeait de la mienne. Les élèves ont comme référence les débats qu'ils voient dans des émissions télévisées telles que "C'est mon choix" ou "Ciel mon mardi!" : des participants déchaînés entourés d'une foule survoltée qui n'hésite pas à applaudir ou conspuer à outrance les individus qui débattent.

Au cours suivant, j'ai donc pris soin de leur expliquer ce que j'attendais de cette activité : des échanges d'opinions opposées fondés sur le respect et l'écoute de l'autre. Je leur ai également distribué une sorte de "fiche contrat" sur laquelle était mis en évidence le comportement à adopter au cours d'un débat.

Le déroulement

Il s'agissait donc de faire débattre les élèves sur le thème suivant: doit-on se déplacer pour assister à un spectacle (théâtre, concert, événement culturel ou sportif,...)?

Plusieurs consignes ont été données avant le débat : respecter autrui en l'écoutant, en s'interdisant toute forme de violence, en prenant la parole lorsque le meneur la donne, en évitant les apartés. Il a été également précisé qu'il était interdit d'applaudir ou de huer ses camarades, pour éviter tout débordement et par respect pour les classes environnantes !

Les élèves ont été un peu déçus à l'annonce de toutes ces règles mais ont tout de même accepté de jouer le jeu. Pour que l'exercice soit efficace, il fallait qu'une analyse du débat soit faite par la suite, c'est pour cela que j 'ai décidé de diviser la classe en deux les intervenants et les observateurs. Chaque élève qui participait au débat avait un observateur qui, en S'appuyant sur la fiche contrat, devait rendre compte du comportement de l'élève, de son investissement dans le débat ...

Il est évident qu'en une heure nous ne pouvions faire qu'un seul débat suivi de la reprise et des commentaires, c'est pourquoi, afin que tous les élèves puissent participer au moins une fois, un deuxième débat sera mis en place dans l'année. La séance a débuté par une modification de la position des tables qui ont été placées en "U" pour faciliter les échanges entre les élèves.

Le groupe des élèves débattant a lui-même été divisé en deux un côté "pour" et l'autre "contre". Ce débat revêtait, alors, un aspect artificiel évident mais nécessaire étant donnés le thème proposé et l'enjeu final qui risquaient d'amener tous les élèves à être "pour". De plus. les exercices traditionnels d'argumentation en français revêtent eux aussi un caractère artificiel la plupart du temps lorsqu'il est demandé à l'élève de défendre et de s'opposer à une idée ou de la discuter.

Pendant dix minutes chaque élève, y compris les observateurs qui étaient libres de choisir leurs "camps", devait trouver au moins trois arguments au brouillon et en silence. Je ne leur avais pas proposé de travailler le thème chez eux de façon à obtenir un réel travail d'improvisation.

Enfin, le débat a pu commencer. Il faut dire que le début a été difficile car les élèves n'osaient pas prendre la parole, comme si, une fois qu'on la leur donnait, ils se sentaient bloqués. Mais, peu à peu, tout a bien fonctionné.

Quant à mon rôle, il a été de gérer les interventions, de donner la parole, tel un meneur de débat. J'aurais pu attribuer ce rôle à un élève mais, pour un premier débat, je préférais le faire pour que tout se passe bien. J'ai tout de même ajouté une petite menace supplémentaire en gardant mon carnet d'appréciations dans les mains sur lequel je notais les différents comportements des élèves et grâce auquel j 'ai pu faire un bilan de la séance.

Ce qui m'a frappée a été le fait que certains élèves habituellement réservés ont bien participé et se sont investis telle Nada, une élève très effacée à cause de sa difficulté à s'exprimer en français, qui a pris la parole de façon très pertinente à plusieurs reprises. Les arguments donnés par les élèves ont été aussi bons d'un côté que de l'autre, mais il est vrai que le côté "pour" a su, grâce à la force de persuasion de quelques élèves, mettre davantage en évidence ses arguments et, donc, être plus efficace.

Les élèves ont, dans l'ensemble, montré beaucoup de bonne volonté durant cette activité et ont semblé si satisfaits de la séance qu'ils voulaient recommencer la fois suivante ! Je ne pouvais pas immédiatement renouveler cette expérience faute de temps, mais je prévois de faire un autre débat à partir de l'oeuvre Frankenstein de Mary Schelley que les élèves ont eu à lire en lecture cursive.

III - Les intérêts du travail sur les échanges

A . L'évolution de la classe

Des changements dans les comportements

Toutes les activités mises en place dans le but d'améliorer les échanges entre les élèves de la classe ont produit des résultats plutôt bénéfiques dans l'ensemble. Ces répercussions sont essentiellement visibles en cours lorsque les élèves participent. Alors qu'en début d'année leurs interventions étaient totalement désorganisées, les élèves arrivent à présent à mieux gérer leur participation orale. Toujours aussi active, la grande majorité de la classe respecte les règles de prise de parole et surtout d'écoute d'autrui. Pour ce qui est du reste de la classe, c'est à dire environ quatre élèves, il s'agit d'individus complètement différents les uns des autres.

D'un côté, il y a deux très bons élèves qui participent toujours beaucoup et pour qui l'oral est un moyen de se mettre en valeur dans la classe. Ces élèves sont très actifs mais n'ont pas encore assimilé toutes les règles de l'oral ils prennent souvent spontanément la parole sans attendre d'autorisation ou n'hésitent pas à couper la parole à leurs camarades. De l'autre côté, se trouvent des élèves qui sont en échec scolaire et refusent volontairement de ne pas respecter les règles. Cette attitude provocatrice ne concerne que très peu d'élèves et n'a pas empêché la classe d'adopter un comportement de plus en plus positif au fil des mois. On peut toujours évoquer le caractère plus ou moins artificiel de ce changement qui est la plupart du temps subordonné à une évaluation ... Cependant, les élèves semblent tout à fait satisfaits de ce travail sur l'oral et demandent régulièrement à renouveler ces exercices.

Il faut préciser que ce travail instaure un autre type de relations entre le professeur et les élèves d'avantage fondées sur la confiance. Lors des activités comme le débat ou le travail en groupes, les élèves se sentent responsabilisés et le professeur se met "en danger" en abandonnant son statut traditionnel. Je pense que les élèves ont ressenti cela et ont, alors, montré de la bonne volonté. Ainsi, la seconde onze, réputée comme étant une classe difficile et immature, est devenue peu à peu, en cours de français, une classe qui a su utiliser son dynamisme à bon escient et non comme obstacle au déroulement du cours. Le travail sur les échanges a donc été bénéfique mais a tout de même fait naître un problème qu'il me faut à présent gérer. Etant habitués à dialoguer, les élèves savent s'écouter mais ont de plus en plus tendance à se répondre en plein cours.

Alors qu'en début d'année ils accordaient peu d'importance aux propos de leurs camarades, ils en accordent à présent beaucoup et n'hésitent pas à s'interpeller en classe pour réagir à ce qui a été dit, pour corriger des erreurs... Lorsque je les reprends, je m'entends souvent répondre :

"Mais Madame, on parle du cours ! ".

Et, effectivement, c'est bien du cours dont ils parlent mais il faut que je leur fasse comprendre que cette attitude peut s'avérer positive Si elle est, elle aussi, subordonnée aux règles de l'oral. Pour finir au sujet de l'évolution de la classe, je dois dire que les changements se sont faits progressivement et sans que les élèves s'en rendent compte. En effet, les élèves n'ont pas semblé sensibles à leur propre évolution.

J'ai demandé à quelques élèves, en aide individualisée, ce qu'ils pensaient des activités faisant travailler l'oral effectuées au cours de l'année, ceux-ci m'ont répondu qu'ils les appréciaient et que cela leur semblait évident en cours de français. Il faut dire que les élèves ont normalement du effectuer ce type d'activités dès le collège, ce qui explique qu'ils n'ont guère été surpris. Les changements ont donc été implicites mais bien réels. Il reste encore quelques "réglages" à effectuer, mais dans l'ensemble les résultats obtenus correspondent à ce que j'attendais.

Les compétences acquises grâce à l'oral

Le travail sur l'oral et les échanges entre élèves a permis de développer un certain nombre de Compétences non négligeables. La première des compétences, que je voulais absolument qu'ils acquièrent, est celle de pouvoir remettre en question leurs opinions. En effet, mes élèves avaient, en début d'année, beaucoup de mal à revenir sur leurs positions. De plus, presque tous avaient tendance à dénigrer ceux qui étaient en désaccord avec eux sans penser à se remettre en question.

Grâce au travail en groupes, la capacité à modaliser son propos a pu être mise en place. A plusieurs reprises, certains élèves se sont trouvés en désaccord, il a donc fallu chercher un terrain d'entente pour que le travail puisse avancer. Ainsi, les élèves étaient contraints d'adopter le point de vue d'autrui, de modifier leurs propos pour s'accorder. Ceci a également été perceptible lors du débat.

Certains élèves ont été si persuasifs que d'autres, qui ne faisaient pas partie de leur "camp", ont finalement adopté leur point de vue. Il ne s'agissait pas de dire aux élèves qu'il faut nécessairement changer d'avis mais de leur montrer que la discussion permet d'apprendre des choses et de faire passer ses idées plus facilement. La capacité à discuter a également été acquise progressivement par les élèves. Ils ont compris que, pour faire passer une idée ou une opinion, il faut accepter la discussion et non imposer son discours. Il a fallu qu'ils soient également capables de convaincre grâce aux mots. Un travail sur le vocabulaire et l'expression a donc eu lieu durant les activités.

A l'oral, les élèves ont pu plus facilement déceler les problèmes de construction des phrases, de répétitions, de conjugaison... Ceci est dû à l'aspect "concret" de l'oral, par rapport à l'écrit. En effet, les élèves se rendent plus aisément compte des erreurs quand elles sont prononcées à haute voix que lorsqu'ils sont devant leurs feuilles. Ainsi, plusieurs compétences ont été acquises grâce à ce travail sur les échanges oraux. Celles ci peuvent avoir des répercussions dans d'autres domaines.

B . L'oral et le décloisonnement

Interaction oral / écrit

Les activités orales, nous avons eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, parce qu'elles revêtent un caractère plus ludique, semblent plus faciles pour les élèves. Ainsi, beaucoup de compétences et de notions peuvent être transmises par le biais de ces exercices. Prenons le cas de l'exercice de reformulation à partir des Exercices de style de Raymond Queneau, dont il a été question dans la deuxième partie de ce mémoire: l'activité orale a été suivie d'un devoir écrit. Ce devoir proposait aux élèves de réécrire un fait divers de quatre manières différentes: une réécriture hyperbolique, une autre métaphorique, une troisième subjective et une dernière réécriture "libre".

Le passage, au préalable, par l'oral s'est avéré efficace car il a non seulement permis de travailler différentes compétences liées à l'oral, comme l'écoute, mais en plus, les notions de "style" et de "registre" ont été transmises plus facilement. Les élèves se sont donc sentis à l'aise lors du passage à l'écrit et leurs productions ont été satisfaisantes dans l'ensemble. Il est évident que l'on ne peut faire précéder chaque devoir écrit d'un travail oral préparatoire, mais il semble intéressant et utile de faire suivre chaque exercice oral d'un travail écrit. Il faut tout de même dire qu'un risque peut apparaître dans cette situation; celui que les élèves croient que le travail écrit demandé après l'oral n'est qu'une répétition. En effet, il faut que les élèves comprennent que chaque domaine possède et obéit à des codes bien différents qui lui sont propres.

On ne peut et on ne doit pas s'exprimer de la même façon à l'oral et à l'écrit. Même Si ,lorsque les élèves s'expriment en classe, une langue soutenue leur est imposée, certains éléments propres à l'oral ne peuvent demeurer à l'écrit telles que les simplifications syntaxiques comme "je sais pas". Ces simplifications sont bien sûr à éviter et le professeur doit reprendre l'élève mais on sait pertinemment que beaucoup d'entre elles sont tolérées oralement. De plus, toute la dimension "gestuelle" disparaît lors du passage à l'écrit. Alors que les élèves peuvent user de plusieurs éléments persuasifs à l'oral, ils doivent, à l'écrit, en trouver d'autres pour être aussi efficaces.

Il ne s'agit donc pas d'utiliser l'oral pour faire le travail et demander aux élèves de recommencer la même chose à l'écrit, mais il faut partir du travail oral pour l'utiliser à l'écrit. C'est une façon de débloquer certains élèves et de les motiver.

Oral et citoyenneté.

Travailler l'oral, et en particulier les échanges, c'est implicitement faire acquérir aux élèves des comportements essentiels dans la société. Les nouveaux programmes de français pour la classe de seconde, comme nous l'avons dit en introduction, accordent une grande place à l'oral et proposent trois finalités de l'enseignement du français au lycée dont deux peuvent être directement liées à mon projet concernant les échanges oraux:

Il favorise la formation personnelle des élèves en donnant à chacun une meilleure maîtrise de la langue et en l'amenant à mieux structurer sa pensée et ses facultés de jugement et d'imagination. Il doit leur permettre, au terme de cette formation, de savoir organiser leur pensée et de présenter, par oral et par écrit, des exposées construits abordant les questions traitées selon plusieurs perspectives coordonnées. Il apporte la formation du citoyen, avec la connaissance de l'héritage culturel, la réflexion sur les opinions et la capacité d'argurmenter. Ainsi, ces deux finalités qui montrent à quel point l'oral est important et lié à la notion de citoyenneté correspondaient tout à fait à mon objectif.

L'oral est donc lié à la citoyenneté en ce qu'il contribue à mettre l'accent sur l'écoute, le respect de l'autre et de ses opinions. Comme nous l'avons déjà dit, le travail sur les échanges oraux a appris aux élèves à discuter et à accepter les opinions d'autrui.

Le travail effectué avec les élèves leur a permis d'être plus tolérants les uns envers les autres, ce qui s'avère essentiel pour être citoyen. De plus, les activités en groupe ont obligé les élèves à s'organiser pour "vivre ensemble", à s'adapter aux différents individus et à se responsabiliser en fonction des différentes tâches à accomplir. Bref, ils ont mis en place des règles de vie qui sont celles que l'on doit respecter dans la société. Cette notion de citoyenneté s'étend bien au-delà du cours de français et se rapproche de 1' E.C.J.S enseignée par le professeur d'Histoire.

Le décloisonnement est ici tout à fait visible. Ainsi, en classe de français les élèves ont appris à faire un débat, ce qui sera prochainement réutilisé par le professeur d'histoire géographie lors d'un débat sur le sida avec des professionnels. Enfin, le travail sur la langue et l'expression peut aussi contribuer à la formation du citoyen. Pour chaque exercice mis en place, la qualité de l'expression était imposée aux élèves c'est à dire une langue soutenue, un débit correct, des phrases construites, un ton adapté... Au fil des exercices, les élèves ont pu améliorer leur façon de s'exprimer et de construire leurs discours. Tous ces éléments pourront, au-delà des situations "scolaires", être utiles aux élèves dans leur vie professionnelle ou autre. On peut donc déclarer que le travail mis en place durant ce projet aura des répercussions bien au-delà de la classe.

 

CONCLUSION

Travailler sur les échanges entre élèves s'est avéré tout à fait intéressant et formateur, surtout dans une classe dite "difficile" comme la seconde onze. Ces activités ont eu un impact important sur "l'ambiance" de la classe. En effet, les élèves devenant plus tolérants et ouverts, dans l'ensemble, la participation s'est nettement améliorée, les élèves se sont disciplinés et les plus timides se sont "réveillés". De plus, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, les élèves ont apprécié cette confiance qui leur a été accordée lors des activités orales. Ainsi, ils ont eu le sentiment d'être mis en valeur et d'être véritablement acteurs. Il est évident que les élèves sont également très actifs pendant un cours "traditionnel", mais ils s'en rendent davantage compte lors des activités faisant travailler les échanges oraux.

Il convient de préciser que le projet va s'étendre jusqu'à la fin de l'année. En effet, un deuxième débat, dont le déroulement sera identique au premier, aura prochainement lieu. Je projette également de mettre en place un troisième débat durant lequel aucun "camp" ne sera imposé aux élèves. Ils seront, alors, libres de défendre leurs convictions au sujet d'un thème un peu plus complexe qui aura fait l'objet de recherches ultérieures. Les activités sur l'écoute et les activités en groupes continuent également jusqu'à la fin de l'année car les compétences qu'elles font acquérir doivent sans cesse être approfondies. Les élèves de seconde onze n'ont certes pas un comportement parfait, mais il faut considérer le chemin déjà parcouru et les progrès à venir.

Toutes les améliorations obtenues sont donc dues au choix de mettre l'accent sur l'oral et plus précisément les échanges entre élèves. Il faut préciser que la situation était telle en début d'année que le choix s'est imposé de lui-même, mais il a également été motivé par un autre élément: le fait de savoir qu'un mémoire professionnel devait être effectué cette année.

Ainsi, le mémoire a été un "moteur" dans la prise de conscience des difficultés de la classe et de ses besoins. De plus, mettre "à plat" cette expérience pédagogique a contribué à structurer mon travail mais également à me faire prendre du recul sur mes pratiques. Enfin, cela m'a permis de m'interroger sur les différentes manières de procéder et d'analyser mes échecs et mes réussites.


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BIBLIOGRAPHIE

OUVRAGES

DOLZ Joachim, SCHNEUWLY Bernard, Pour un enseignement de l'oral, Initiation aux genres formels à i 'école, CHATEAU - GONTIER - FRANCE, ESF éditeur, 2000.

FERNANDEZ Daniel, MEYER Bernard, Enseigner le français au collège, PARiS, Armand Colin Editeur, 1995.

ICLEIN Catherine, ALBOU Nathalie, BILLAULT Claudine, FDIDA Moïse, Littérature et Langages, Français seconde, TURIN, HACHETTE Education, 2000.

INSTRUCTIONS OFFICIELLES

MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE, Enseigner au collège, FRANÇAIS; Programmes et Accompagnement, TOURS, CNDP, 1999.

MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA RECHERCHE ET DE LA TECHNOLOGIE, "Programmes des enseignements de la classe de seconde générale et technologique.", Bulletin Officiel HS n°6 du 3l août 2000.

SITES INTERNET

Site de l'Académie de Caen: www.ac-caen.fr, "L'oral au lycée" par V. PERROT, "Evaluer l'oral en français au lycée", R. GILLET.

Site de l'Education Nationale : www.education.gouv.fr.

 


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