Virginie Tocut, 2000

Aimer ou ne pas aimer un album...
Comment mettre en place l’ébauche d’un jugement critique chez de très jeunes enfants


Former des lecteurs

Niveau : École maternelle (PS et TPS)
Mots clés : Album, Argumentation, Citoyenneté, Oral


Introduction

I - Réflexions théoriques

    1.1 - L’enfant et les livres

   1.2 - Justification du projet : élire un livre préféré

    1.3 -  Les moments d’échanges oraux autour des livres

II -  Le projet initial

    2.1 - Aménagement du projet initial

   2.2 -  Mise en pratique

Conclusion


Introduction

L’intérêt pour la littérature de jeunesse est une préoccupation récente du système scolaire. Il aura fallu attendre les dernières décennies pour que les livres destinés à l’enfance (et pas seulement les manuels scolaires) entrent de plein droit à l’école. Une politique de la lecture à l’école nécessite la proximité permanente avec des livres. Les activités de médiation mises en place par l’adulte jouent un rôle essentiel.

Je pense qu’une stratégie de réussite scolaire commence par la construction d’attitudes positives à l’égard des faits de culture, des savoirs. Il s’agit de faire de l’école un centre de vie et de pratiques culturelles et de ne jamais faire travailler les enfants en dessous de leurs possibilités. La littérature de jeunesse semble être un support idéal pour aller dans ce sens.

1. Réflexions théoriques

1.1 L’enfant et les livres

En tant que professeur stagiaire, j’ai décidé de réfléchir à la question suivante : Comment aider les enfants à avoir une distance critique par rapport à leurs lectures ?

J’ai fait l’hypothèse que l’élection d’un " prix littéraire " pouvait " déscolariser " la lecture et que le fait de proposer aux enfants une activité habituellement réservée aux adultes, les motiverait. D’autre part, ce projet me semblait intéressant du fait de la totale liberté accordée aux enfants face aux ouvrages proposés. Comme a pu l’écrire Daniel Pennac dans Comme un roman, tout lecteur a le droit d’aimer ou de ne pas aimer un livre et de le dire. Ainsi, les enfants pourraient exprimer et partager leurs sentiments avec leurs camarades. Ce type d’activité permet d’encourager les lectures individuelles et collectives, de susciter le plaisir de lire, de découvrir des textes de qualité, de se forger un jugement sur un livre et pour cela de développer une argumentation et donc de se préparer à devenir citoyen. La lecture m’apparaît essentielle pour l’acquisition de la liberté de penser et d’agir. Le livre est un moteur qui fait bouger les gens, les amène à se rencontrer. Il peut servir d’appui pour agir à l’école mais aussi dans la vie.

            1.2 Justification du projet : élire un livre préféré

      Je pense qu’aujourd’hui il existe un risque sérieux de tomber dans l’excès, dans une sorte d’ " acharnement pédagogique " autour d’un livre. Scolarisé à outrance, le livre devient simple prétexte à divers apprentissages. Il faut reconnaître qu’il est difficile de trouver un équilibre entre la présence nécessaire du livre à l’école et les effets pervers de sa scolarisation, tueuse du désir de lire.

      C’est donc du plaisir de lire qu’il va s’agir. Les enfants liront dans un but précis. La nécessité de donner leur avis va développer chez eux de véritables comportements de lecteur. Ils pourront se valoriser et éprouver du plaisir à travers la reconnaissance officielle de leur rôle de " juré " .Les faibles lecteurs devraient eux aussi être motivés par la finalité sociale de ce prix et s’investir.

      Ce projet va aussi permettre aux enfants de découvrir le sens du travail en groupe, du respect de la parole de l’autre, d’entrer dans le débat démocratique.

      En résumé, à travers ce travail en classe, il y aura découverte de la vie en société, des valeurs qui la fondent et de leurs propres responsabilités 

        1.3 Les moments d’échanges oraux autour des livres

Pour Vigotsky, le développement du langage et de l’activité intellectuelle ^rend racine dans le dialogue avec l’autre. Dans cette conception interactive du développement de l’enfant la communication joue un rôle essentiel. Cette approche insiste sir les conditions sociales de l’apprentissage.

Dans ces conditions médiation et connivence me semblent être les maîtres mots de ces moments d’échanges oraux mis en place avec les enfants. Il est frappant de constater qu’alors la relation entre l’enseignant et l’enseigné de se fait plus sur la base de la transmission de connaissances. L’enseignant devient celui qui conduit l’apprenant à dégager lui-même les meilleurs moyens d’accéder aux savoirs.

Un regard positif et bienveillant me semble essentiel ; les enfants ont besoin d’une ambiance rassurante, sécurisante pour mobiliser et épanouir leurs possibilités. L’émotion précède l’action..

Aussi le coin-réunion est-il un lieu essentiel où va se créer une convivialité entre les participants. On doit s’y sentir bien. On communiquera sérieusement. On y rira aussi. La communication doit y être facilitée aussi bien la prise de parole que l’écoute : savoir parler, c’est aussi savoir écouter.

2  Le projet initial

2.1 Aménagement du projet initial

Les objectifs visés :

Conclusion

Je pensais qu’il faudrait, dans un premier temps accepter les productions orales imparfaites. Je rechercherais avant tout la participation de chacun. Mon principal objectif étant d’impliquer tous les enfants de la classe dans le processus de choix de façon à donner à tous une motivation à lire tous les albums confiés par la bibliothèque.

J’espérais que, se sentant responsabilisés, les enfants ne se contenteraient pas d’élire un lauréat mais qu’ils se passionneraient et auraient à cœur d’argumenter pour défendre leur choix.. Le fait de communiquer le résultat à toute l’école, aux parents et à la bibliothèque valoriserait cette activité.

J’avais aussi prévu d’enregistrer les réactions des enfants à la lecture des albums et d’utiliser cet enregistrement pour faire rebondir la discussion.

Chaque album serait lu deux fois car, connaissant l’histoire, ils pourraient davantage prêter attention aux illustrations, ils pourraient également découvrir l’invariabilité de l’écriture en constatant que les mots d’un texte sont toujours les mêmes. Il s’agissait pour moi de bien préparer ma lecture, de façon à la rendre expressive (souffle, débit, profondeur de la voix, etc.)

Je pensais que travailler sur un groupe d’albums autour d’un thème aiderait les enfants dans la constitution d’un débit de culture littéraire. J’avais choisi le thème de l’amitié. J’envisageai mon rôle essentiellement comme celui d’une accompagnatrice, d’une animatrice ne cherchant pas à imposer ses propres choix mais à fournir des armes critiques permettant à chacun de tracer sa route.

Or, j’appris, le Vendredi 10 décembre 1999 que j’effectuerais mon stage de responsabilité dans une classe de petite et très petite section, (enfants de deux à trois ans) ce qui a bouleversé mon projet de départ.


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